Manger, prier, aimer

Eat, Pray, Love, le livre d’Elisabeth Gilbert publié en 2006 a eu un retentissement énorme et le film éponyme avec Julia Roberts  a touché plus d’un chacun.  Il s’agit d’un road movie dans la grande tradition américaine de Jack Kérouac (On the Road) à Thelma and Louise de Ridley Scott (1991). L’envol vers l’autre  est une solution pour tenter de résoudre l’angoisse causée par un divorce conflictuel suivi d’une rupture sentimentale et comme tous les road movie il parle d’un processus  qui traduit une crise existentielle. L’héroïne dans le film est jouée par Julia Roberts.

Ce qui me frappe dans la plupart des films de ce type c’est que l’héroïne a des amis mais pas de famille. Ni père, ni mère, ni grand-mère, ni tante, ni oncle, ni neveu. C’est une new-yorkaise bon teint, wasp et yuppie, qui après avoir raté son mariage vient de rater sa dernière entreprise amoureuse et qui va se donner un an – une gap year en fait – pour se ressourcer. Elle le peut, c’est une écrivaine à succès, multi millionnaire ! Il y a une triple quête dans cette odyssée. La première, la quête hédoniste du plaisir, plaisir gastronomique s’entend, se situe à Rome en Italie. Une fois cette quête assouvie de glace, de spaghettis et de pizza, et quelques kilos ne plus, on se dirige vers Bombay en Inde où, dans le cadre d’un ashram, la quête devient celle de la paix intérieure à travers le bouddhisme, le silence, le questionnement, l’ascétisme, la méditation. Finalement Bali en Indonésie symbolise l’amour et la libido retrouvée. Ce film ainsi que le livre représente trois archétypes qui doivent être maîtrisés par l’être humain afin d’acquérir un équilibre. On a l’impression à la lecture du livre ou en visionnant le film que la quête est linéaire ! On a aussi parfois l’impression que cette quête de l’autre est d’abord une quête de son soi profond ! La quête, un tant soit peu narcissique, est matérialisée en fait par la lettre I majuscule, qui en anglais signifie Je. C’est le i initial d’ Italie, celui d’Inde et celui d’Indonésie ! Ni Irak, ni Israël, ni Irlande, ni Islande !

On a l’impression que dans cette linéarité ce qui est acquis un jour l’est pour toujours ! Il semblerait qu’une fois qu’on a mangé on puisse prier et qu’après avoir prié on puisse aimer ! Moi je suis pour un périple pentadimensionnel où l’on puisse en même temps manger, prier et aimer et mourir et naître, je veux naître en mourant en Papouasie Nouvelle Guinée, mourir en mangeant au Sri Lanka, manger en priant au Swaziland, prier en  aimant à la Désirade, aimer en naissant partout et ailleurs, naître en mangeant, tout, tout de suite et ainsi de suite pour les siècles des siècles! Moi je crois aux aller-retours, aux hésitations, aux doutes, aux envies soudaines, aux volte-faces, aux courts-circuits. Je ne crois pas à la permanence, à l’immanence, à l’irréversibilité des parcours. Il n’y a qu’une chose qui est irréversible c’est la mort, la destination finale ! Pour le reste que le zig-zag soit un art de vivre ne me pose pas de problème car ce n’est pas la destination qui compte mais le voyage !

Dans la vraie vie Elisabeth  Gilbert a accompli ce périple et s’est mariée avec un homme d’affaires brésilien, un certain José Nunes, joué dans le film par l’espagnol Javier Bardem dans le rôle de Felipe. Mais je viens d’apprendre qu’ils sont divorcés depuis 2016 et que Liz a choisi d’aimé autrement puisqu’elle a pris pour amante son amie d’une dizaine d’années, une coiffeuse syrio-américaine répondant au nom de  Rayya Elias, qui serait atteinte d’un cancer du pancréas et du foie ! J’imagine que la prochaine phase du périple manger, prier, aimer, sera mourir.  Je retiens néanmoins e ce film sa morale finale :

“I’ve come to believe that there exists in the universe something I call « The Physics of The Quest » — a force of nature governed by laws as real as the laws of gravity or momentum. And the rule of Quest Physics maybe goes like this: « If you are brave enough to leave behind everything familiar and comforting (which can be anything from your house to your bitter old resentments) and set out on a truth-seeking journey (either externally or internally), and if you are truly willing to regard everything that happens to you on that journey as a clue, and if you accept everyone you meet along the way as a teacher, and if you are prepared – most of all – to face (and forgive) some very difficult realities about yourself… then truth will not be withheld from you. » Or so I’ve come to believe.”

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