liberté égalité fraternité

Liberté, égalité, fraternité ! Noble devise, mais voeu pieux, pourrait-on dire ! Car liberté peut être laissez-faire, la doctrine commerciale, laissez-aller ou laissez-passer et elle a fait dire par Marie Jeanne    Philippon, femme de Jean-Marie  Roland, guillotinée sur l’échafaud le 8 novembre 1793, « liberté, que de crimes on commet en ton nom ! ». Egalité peut faire songer à nivellement social, absence de perspectives et fraternité s’inscrit plus dans les valeurs chrétiennes comme la charité et on pourrait lui préférer le terme solidarité. La devise, fruit de la décennie révolutionnaire, on la trouve partout en France au fronton des édifices publics, sur les pièces de monnaie, sur les timbres, elle brille au firmament des idéaux républicains  comme le « ordem e progresso » brésilien inspiré du positivisme d’Auguste Comte, voire le « In God we trust » étatsunien.

Une devise c’est comme un hymne, un blason. Elle donne corps, elle accorde substance à une vision, un horizon, une perspective idéale. On peut être pour ou contre ces armoiries et autres emblèmes de peuples qui nous entourent mais les devises font partie de l’inconscient collectif de chaque peuple. Il s’agit d’un héritage, d’un patrimoine qu’on ne discute pas !  Mais voila justement je souhaiterais en discuter !  Je sais que dans la déclaration des droits américains la vision est toute autre et bien plus réaliste. On y reconnaît le droit de tout homme à la poursuite du bonheur c’est à dire à sa recherche. La quête du bonheur est affichée comme un préalable. The pursuit of happiness !  La devise haïtienne est « l’union fait la force » mais aussi « liberté, égalité, fraternité » et elle l’est même avant  1804 car paradoxalement la révolution haïtienne c’est la fille de la révolution française, elle même fille du siècle des lumières.      Dessalines bien avant Fidel Castro définit un droit des peuples à l’autodétermination et malgré ce droit il adopte la  Marseillaise comme hymne d’Haïti et conserve la devise liberté égalité fraternité.  Il serait bon de faire un retour en arrière et considérer la devise dans son intégralité originale pour comprendre les développements futurs des révolutions haïtiennes et cubaines. En 1793 la devise des révolutionnaires français est « unité et indivisibilité de la république, liberté égalité fraternité ou la mort ! » On voit ici les éléments constitutifs du paradigme de la liberté, la Liberté ou la Terreur !  De la même façon que catholicisme, chrétienté et  Inquisition n’ont fait qu’un, ce sont les deux faces tranchantes d’une même lame d’un couteau ! On a jeté un voile pudique sur la mort dans la devise mais elle reste toujours profondément ancrée chez les libérateurs. Notons que la liberté est déifiée, sanctifiée et est vêtue d’un l majuscule. On ne parlait pas en ces temps-là de démocratie mais de république !   Dans le drapeau bleu blanc rouge à l’origine le blanc était le roi et le bleu et le rouge les couleurs du peuple de Paris. C’est ce drapeau-là qui flottait avant 1804 sur l’île d’Hispaniola, colonie française florissante !