dissident, résistant, maquisard, rebelle, insurgé, aventurier, partisan, exilé, opposant, marron, français libre parmi 50379

Mon père était un dissident, un dissidencié,  de cette « Guadeloupe coquette et propre » voulue par Sorin et est donc un français libre parmi 50379 ! Il a été décoré de la médaille militai ! Il n’est pas mort pour la France « terre de la liberté, patrie de   Schoelcher et de l’Abbé Grégoire » comme son demi-frère Alexandre Louiserre décédé à Marseille le 14 mai 1941 et inhumé à     Aix-en-Provence ! Cet ex-boulanger qui ne se voyait pas finir mécanicien, orphelin de mère et au père absent, vivant chez sa demi-sœur et son beau-frère plus âgé militaire, a sans doute par goût du risque ou de l’aventure, voire la crainte d’un retour à une société encore plus archaïque patriarcale et esclavagiste, fuir les sentiers battus de l’Ordre  nouveau du Travail, Famille, Patrie que lui réservait selon toute probabilité la Guadeloupe de Constant Sorin et sa Révolution nationale qui interdisait le carnaval, les bals, le rhum et le travail des femmes !   On peut aussi prendre en compte la situation de pénurie, de disette, de rationnement, et chômage et l’absence de perspective pour la jeunesse qui ne songeait qu’à s’évader vers une île nommée Dissidence, belle et charmante comme Désirade !  Mon père a fait partie des 5000 dissidenciés qui se sont évadés de leur île dans la mer des Caraïbes pour es raisons plus ou moins nobles plus ou moins prosaïques entre 1941 et 1944. On a beaucoup glosé sur la dissidence antillaise, ces héros du BMA, bataillon de marche antillais, opposants tropicaux au maréchal Pétain et à la France de Vichy,  qui sont partis  suite à l’appel du général Micro sauver la patrie menacée ! Je pense qu’il faut re-signifier cet engagement comme tout engagement militaire !  Mon père m’a ainsi avoué à la fin de sa vie avoir tenté tout d’abord de rejoindre l’armée légaliste de l’amiral Robert qui était stationnée en Guadeloupe, à  Pointe-à-Pitre sur le croiseur Jeanne d’Arc, la Jeanne, qui par coïncidence est le prénom de sa mère décédée quand il avait dix ans ! Ceux-ci l’ayant envoyé paître il a décidé  de changer de bord. Ce serait à bord d’un canot, au risque de se faire prendre par la patrouille, au risque de l’embastillement en fond de cale de la Jeanne ou au Fort Napoléon aux Saintes, au risque du bannissement, au péril de sa vie, qu’il traverserait à la misaine le canal de 40 km qui relie la Guadeloupe à la Dominique. Il fallut trouver l’argent pour payer le passeur, Delannay, prendre congé de ceux qui lui étaient chers, et rejoindre l’île anglaise de la Dominique à partir de Trois Rivières en juin 1943 à l’âge de 20 ans. Ce n’est pas faire insulte à sa mémoire que de raconter cela !  et puis j’ai plaisir à penser qu’en partant en dissidence mon père renouait ainsi d’une certaine façon avec une tradition bien ancrée en Guadeloupe, celle du marronnage.

Dans ses états de service répertoriés dans son livret militaire on voit son engagement dans le bureau de recrutement des FFL de Roseau en juin 1943 où il fait son instruction militaire après une visite médicale, où il est déclaré BSA (bon pour le service armé), son incorporation dans le BMA 5 puis son départ par bateau sur le SS Oregon le 12 mars 1944 pour l’Afrique du Nord, direction Casablanca pour rejoindre les FFL Forces Françaises Libres. Après Casablanca, la troupe continue sur Evercif, El Hajeb, Alger, Oran !Enfin  arrivée à Marseille le 15 septembre 1944 et combats  sur les champs de bataille européens sous les ordres du lieutenant-colonel  Tourtet. Le BMA 5 participe à la campagne de France au sein de la division gironde, sous les ordres du général d’Anselme, sous groupement Fauconnier. On sait que le  BMA  5 s’est illustré plus particulièrement au mont Farron près de Toulon,  à Royan et Saint Georges de Didonne. Puis à la Libération on le voit partir pour l’Indochine d’où il revient blessé et dans le coma, passe quelques mois en France  pour enfin revenir au pays natal en 1951. Ce seront donc au total 11 ans d’errance sur laquelle mon père n’a jamais été très prolixe. Il a fini caporal chef avant de devenir ancien combattant !

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