le mystère du mot wolfok

 

Le Dictionnaire  Etymologique des Créoles  Français d’Amérique (DECA) fait suite au Dictionnaire  Etymologique des Créoles Français de l’Océan  Indien (DECOI).; tous deux sont des projets hébergés par l’Université Otto-Friedrich de  Bamberg en Allemagne et de son département d’études romanes !

Son existence m’a été révélée suite à ma recherche sur une expression antillaise qu’utilise souvent ma mère quand elle dit qu’elle va me tomber sur le dengon !

deng n. ‘derrière’
haï. deng, dengonn, degonn, dengwenn ‘ass, butt, buttocks’ (HCED) ; gua. dengon
‘derrière, cul, reins, dos’ (LMPT) ; ‘direction, poursuite, trousses’ (ABa 96) ;
► gua. andengon ‘aux trousses’ (LMPT) ; haï. ti nandeng, ti landeng ‘tenacious person ;
pain in the neck, nuisance, pest ; firebrand ; potato weevil’ (HCED).
◄ Orig. inc. Peut-être de l’esp. amér. dengue ‘contoneo’ (DRAE).
Le gua. dengon ‘direction, poursuite’ pourrait être rapproché du verbe fr. dinguer, → FEW
3, 81b : mfr. dinguer ‘vaguer’ R 33, 345, arg. envoyer dinguer ‘envoyer promener’, renn.
id., Canc. ‘remettre à sa place, réfuter violemment’, Mayenne, ang. Lyon ‘envoyer
promener’, ang. envoyer dinder ; ard. dinguer ‘projeter violemment’ Brun Mskr.

Par contre je n’ai une fois de plus rien trouvé sur  wolfok, une autre expression que mon père et ma mère fois utilisaient pour dire, très loin, au bout du monde ! Jis wolfok,  ça voulait dire jusqu’à très loin ! Toute ma vie j’ai pensé que tout antillais comprenait ce que voulait dire wolfok puisque mon père, ma mère l’utilisaient à tout bout de champs. A Gallard, à Saint Phy, à Choisy, à Morne à Vaches, au Premier Plateau, au Deuxième Plateau, à Papaye,  à Belfond, à   Matouba, au Bourg, à Fond Vaillant, à  Mazure,  à Morne Houel,  et surtout à Morin on disait dans les moindres interstices de Saint-Claude « jis wolfok« , on montrait presque wolfok du doigt, probablement un lieu au-dela de la Soufrière, en amont ou en aval, ou au centre, wolfok c’était une contrée palpable quoi qu’invisible ! On pouvait ainsi dire: le taxi m’a emmené jusqu’à wolfok

Jusqu’à ce que je consulte un beau jour le Dictionnaire créole martiniquais-français de Raphael Confiant, paru aux editions Ibis Rouge en 2007. Un travail monumental : plus de vingt mille entrées, mille quatre cent soixante-dix pages en deux volumes, quinze mille citations !  et pas un quart de ligne sur le fameux wolfok ! Par contre je retrouvai avec jubilation bwareng, razié et tjenbwa mais pas de trace au bataillon de mon wolfok  qui je commençai à le pressentir était un régionalisme saint-claudien !

Mais qu’à cela ne tienne, créole martiniquais, créole guadeloupéen, on sait qu’il y a des régionalismes ! je ne m’avouai pas vaincu  si facilement : je décidai alors de consulter le  Dictionnaire pratique du créole de Guadeloupe, de Henri Tourneux et  Maurice Barbotin, paru aux editions Karthala en 1990, consacré lui plus particulièrement au créole de Marie-Galante. Cela faisait sens, le père de mon père étant marie-galantais ! eh bien là encore je fis chou blanc car stupeur, wolfok n’y figurait pas !

De guerre lasse je m’en fus invoquer le  créole de Sainte-Lucie  grâce au  Kweyol Dictionary , publié en 2001 par Sil International sous la direction de David Frank. Mais jusqu’à présent wolfok ka couri enko !

Je courus derrière le Dictionnaire étymologique du créole réunionnais. Mots d’origine asiatique, de Pascal   Marion, 2009, aux Editions Carré de sucre, espérant y trouver quelques pistes dravidiennes

J’inspectai avec attention le  Dictionnaire étymologique des créoles portugais d’Afrique de Jean-Louis Rougé aux Editions Khartala. Não deu em nada !

Je feuilletai  les  Mots d’origine amérindienne du français régional des  Antilles dans un corpus de littérature contemporaine, de Theodor-Florin Zanoaga, paru dans la revue Cédille, 6, 2010

J’essayai alors en désespoir de cause d’en faire moi-même l’étymologie critique et arrivai à un world’s fork, une fourche du monde, et je m’en serais satisfait probablement jusqu’à aujourd’hui si mon frère cadet,  Jean-Claude, féru d’Afrique, ne m’avait pas  à son tour suggéré wollof  au détour d’une conversation sur le sujet ! Cela m’a semblé dans l’ordre des choses pendant longtemps ! Mais le doute subsistait au fond de ma mémoire!

J’ai alors essayé inlassablement de faire une cartographie étymologique de ce wolfok. J’en ai parcouru les territoires du possible ! J’ai convoqué tous les étymons de tous les atlas: le tamoul, l’arawak, le galibi, le caraïbe, l’espagnol, le portugais, le néerlandais, le suédois, le danois, le syrien, le chinois, le français, l’arabe, le normand, le poitevin, le picard, le latin, l’hébreu et l’annamite, l’indo-portugais.

Je suis reparti sur la piste de Saint-Claude me souvenant que mon père jouait parfois tout petit à une sorte de guerre de cerfs-volants et que les cerfs-volants désarçonnés par le coupant de la poudre de verre se perdaient en tourbiillonnant dans le ciel de Saint-Louis ! Wolfok c’était alors Saint-Louis ! Mais j’eus beau  chercher dans les broussailles de la géographie locale, de l’histoire et de la linguistique, pas de Wolfok à la ronde. Ni à Bouillante !

Puis j’ai imaginé qu’un parent pêcheur ait pu l’initier à la pêche au large sur son gommier du côté de Bouillante mais jamais je ne vis Wolfok sur les cartes marines ! Je regardai même du côté de Marie-Galante et de Grand-Bourg, berceau de son père. Peine perdue !

Puis j’eus l’idée de fouiller dans le parcours de dissidence de mon père entre Trois-Rivières et Roseau en 1943. Roseau, capitale de l’île anglaise de la Dominique ! Je l’ai suivi entre Fort-de-France et Casablanca, j’ai pensé que wolfok pouvait être le nom d’un bateau, le SS Wolfok, j’ai cherché à Marseille, Alger, Oran, Royan. Aucun vestige du passage de wolfok ne se fit jour !

J’allai jusqu’en Indochine où mon père fut blessé et resta quelques jours ans le coma et je décidai alors unilatéralement jusqu’à preuve du contraire que   wolfok c’était le pays de ses ancêtres qu’il avait cru retrouver lors de cette expérience de la mort que l’on nomme coma.

Les années ont passé et je reste maintenant comme un grand couillon, un gran tèbè, avec ce wolfok, dérébénale, né de parents inconnus, désormais sur mes bras car jamais du vivant de mon père ne m’était venu à l’idée de lui demander l’étymologie du mot ! D’ailleurs quand il écorchait un mot, il riait et disait : « en pa papay » ! Il me disait que j’aimais trop fouiller dans le boudin des fourmis rouges dès que je lui posais trop de questions.

Ma thèse, elle vaut ce qu’elle vaut, c’est que ce Wolfok pourrait provenir du nom d’un marchand d’esclaves de Baltimore justement, Austin Woolfolk, qui au début du 19eme siecle ominait le marché d’esclaves entre la ville de Baltimore et celle de New Orleans ! Il a été au centre d’une révolte d’esclaves sur le Decatur le 20 avril 1826 à Baltimore !

3 réflexions sur “le mystère du mot wolfok

    • ce que j’aimerais comprendre c’est si les gens disaient norfolk ou wolfok ? ou mon père a fait sa lecture à sa sauce diglossique mais ma mère disait wolfok aussi; donc en tout état de cause que ce soit norfolk ou wolfok, l’un des deux devrait figurer dans un dictionnaire créole guadeloupéen pour rendre compte d’une expression qui veut dire loin; par ailleurs si tu dis « je l’ai entendu gamin » ça veut dire que c’est une expression qui se perd, donc qu’il faut revitaliser !

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