My name is Kunta Kinté

 

A partir du 4 janvier une mini série sortie aux Etats-Unis en mai dernier,  Roots avec un casting prestigieux composé de Malachi Kirby (Kunta Kinté), Forest Whitaker (Fiddler), Laurence Fishburne (Alex Haley), Jonathan Rhys-Meyers (Tom Lea), Anna Paquin (Nancy),  Erica Tazel (Matilda), Anika Noni Rose (Kizzy), Rège-Jean Page (Chicken George) et Emayatzy Corincaldi (Belle) sera présentée au public français sur le canal 23 ! J’ai eu le privilège (de l’âge) de voir en 1978 la mythique série Roots tirée du roman d’Alex Haley (Prix Pulitzer 1977) Roots, the saga of an american family et je dois dire que pour la première fois l’esclavage m’est apparue dans toute sa crudité ! On s’était habitué à La case de l’oncle Tom et à  Autant en emporte le vent et leur fatalisme doudouiste ! Cela a été une révélation ! ! J’avais 26 ans presque. La série à remporté à l’époque 9  Emmy Awards sur 37 nominations et détient à ce jour l’un des trois meilleurs taux d’écoute aux USA pour une série. Les jours où Racines passait, il n’y avait personne dehors pour taper dans le ballon ! Tous mes copains étaient devant leur télé ! On s’appelait pour se taquiner   Kunta Kinté ! A cette époque-là Binta (Cecely Tyson) c’était ma mère, et Nyo Boto (Maya Angelou) c’était ma grand-mère !  J’étais  Kunta Kinté petit  (Levar Burton) puis je fus Kunta  Kinté grand (John Amos), j’étais Belle ( Madge Sinclair), Chicken George (Ben Vereen),  Tom  Harvey (Georg Stanford Brown), Kizzy (Leslie Uggams) !  C’était ma mifa !  Et Fiddler ( Louis Gosset jr) c’était mon ami ! OJ Simpson que je ne connaissais pas à l’époque et je ne sais même pas quel rôle il jouait dans le film était de la partie ! J’ai su plus tard qu’il apparaissait dans le premier épisode dans le rôle de Kadi Touré  ! Ah comme j’ai aimé ça quand, au crépuscule de leur vie, Kizzy et Missy Anne Reynolds, la fille du propriétaire d’esclaves  – William Reynolds dans le film et William Haller dans le livre – (jouée par Tracey Gold, puis Sandy Duncan) se retrouvent quand Kizzy crache dans le verre d’eau de son ancienne camarade de jeux après qu’elle lui ait juré ne jamais avoir connu une négresse nommée Kizzy !! J’aurais aimé à l’époque que la variole et le choléra l’emportent ! J’étais mandingue et j’habitais Djouffoumé ! Je m’en moquais éperdument de savoir si  l’auteur avait pris ses licences avec l’histoire, la généalogie , la géographie et la vérité ! C’était mon histoire et j’y croyais ! Je sais depuis que j’ai fait de la généalogie que beaucoup de choses ne collent pas dans la généalogie de  Alex Haley ! Disons que c’est une généalogie de l’esprit ! J’essaie quant à moi de m’en tenir aux faits. Il est possible d’extrapoler, c’est vrai, mais les faits ont la vie dure ! Je m’y tiens quitte à être bloqué en 1789 à Bouillante  ! Je garde quand même le sourire puisque l’ile James où   Kunta Kinté aurait séjourné avant son départ pour l’Amérique sur le Lord Ligonier en 1767 avec à bord  139 compagnons d’infortune, sur lesquels seuls 98 arriveront à leur destination finale, a été rebaptisée en 2011 par le gouvernement gambien   Kunta   Kinté Island !

Je me souviens d’une réplique :

tu seras la femme d’un chef !

A qui s’adressait-elle je l’ignore mais elle m’a poursuivi longtemps, allez savoir pourquoi ! On souffrait pour Kinta, notre héros littéraire et généalogique, pour ses descendants, une jambe coupée c’était notre jambe, on partageait leur errance, on était avec eux, le sang qui coulait, les souffrances, les atrocités, les viols (j’ai maudit le planteur Tom Lea quand il viole Kizzy, ce qui donnera naissance  à Chicken George, le spécialiste des combats de coqs) ! Mais aussi les joies rares mais véritables c’étaient les nôtres ! Une famille américaine ! une famille caribéenne ! une famille africaine ! Une famille ! On aurait tué ses tortionnaires si on l’avait pu ! Mais tout cela s’est arrêté à la guerre de Sécession !

J’ai revu Roots me semble-t-il au Brésil une dizaine d’années plus tard et là aussi la charge émotive n’avait pas diminué. Je me souviens surtout avoir vu des choses la deuxième fois que je n’avais pas vues à la première.

Puis dans l’ordre ou le désordre est apparu Amistad, de Steven Spielberg, l’insurrection d’un groupe d’esclaves en 1839 capturés illégalement et destinés au marché de Cuba au large de Long Island et jugés dans le Connecticut pour enfin obtenir le droit de rentrer dans leur pays !

Ce film donne l’impression que cette révolte d’esclaves était une exception mais il y a eu de nombreuses révoltes de la sorte dont une sur le Decatur, treize ans auparavant  entre Baltimore et New Orleans en avril-mai 1826 dont les 31 insurgés, esclaves du trafiquant Austin  Woolfolk  ont été capturés mais treize se sont enfui à New York; un seul fut retrouvé, jugé et exécuté, le leader William   Bowser pour avoir jeté à la mer le capitaine et son adjoint ! Pour en savoir plus : lire l’ouvrage  : If we must die : Insurrections in the Era of  the Atlantic Slave Trade, Baton Rouge, Louisiana State University Press, 2006

Puis je me rappelle la série américo-canadienne  The Book of Negroes, que j’ai vue l’année dernière, qui touchait à une thématique proche, mais vue d’une perspective féminine, me semble-t-il,  avec  Aunjanue Ellis (Aminata Diallo), Cuba Gooding Jr (Samuel Fraunces),  Lyriq Bent (Chekura) dont l’action se passe au Sierra Léone, en Caroline  du Sud, et en Nouvelle Ecosse !

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Puis ce fut le tour de 12 years a slave, de Steve Macqueen. Mais là j’avais entre temps beaucoup étudié la généalogie caribéenne et tout me semblait beaucoup plus proche, actuel ! Autrefois j’avais l’impression que nous étions à des millions d’années lumière de l’esclavage ! Mais l’esclavage a aussi droit à ses remake et donc nous voilà repartis pour une nouvelle mini série ! Roots !

J’essaie de me souvenir de l’intrigue du premier  Roots, en huit épisodes de 90 minutes ! L’action commence en 1750 en Gambie, c’est en Afrique de l’Ouest ! Nous sommes dans la famille d’Omoro  Kinté et son épouse  Binta . Leur fils Kunta a 16 ans et a ses rêves d’ado.   Il a comme autres frères   Lamine,  Suwatu et   Madi ! Il songe aller étudier à l’université à Tombouctou, au    Mali !     Mais voila il est capturé par les membres de la tribu  Koros et vendu à des commerçants anglais qui l’expédient aux USA où  il arrive le  29 septembre 1766 dans le Maryland, à Annapolis. Il est vendu à un propriétaire de plantation de Virginie nommé  John Waller. Il luttera toute sa vie pour retrouver son nom  Kunta Kinté en lieu et place de Toby, celui donné par son maître et pour rappeler à ses descendants leurs origines africaines!  Ce qui m’avait frappé à l’époque c’était une certaine passivité devant l’atrocité de la situation ! Mais je comprenais aussi l’instinct de survie qui les menait tous ! Kunta avait laissé au pays sa mère, son père, ses trois  frères, sa grand-mère et tout un système de valeurs et de pensée et il avait dû par la force des choses s’adapter à sa nouvelle vie même si tout au fond je lui en voulais un peu de ne pas avoir réussi à accomplir son rêve : retourner en Afrique ! Quand  Alex Haley mourut en 1992 j’appris que toute cette histoire était en grande partie de la fiction et je ne lui en ai pas voulu car je le savais aussi l’auteur de l’ Autobiographie de Malcom X publié une dizaine d’années avant Roots! Le parcours de Kunta Kinté et de ses descendants sur 7 générations est notre parcours à tous, descendants d’esclaves et c’est pour cela que je ne manquerai pas d’accompagner ce nouveau récit  dès le 4 janvier pendant 4 mercredi et 90 minutes ! C’est ma saga, celle des Baltimore tout autant que celle des Kinté  !

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