je m’appelle Koyaba

Après Roots en 1977, 30 longues années après, en mai 2007, voici Tropiques Amers, série en 6 épisodes  de Jean-Claude Flamand Darny, la saga à la française autour de la traite négrière et l’esclavage ! Six ans après le 10 mai 2001 où l’esclavage est déclaré en France crime contre l’humanité, mais aussi 52 ans après Tristes Tropiques de l’anthropologue  Lévi-Strauss ! L’action se passe maintenant à la Martinique à Saint Pierre entre 1785 et 1810. C’est l’histoire de la famille de Rochant arrivant de Versailles-

le comte de Rochant (Marc Berman), aristocrate ruiné nommé intendant

François (Nicolas Hermant), son fils,

Olympe (Léa Bosco), sa fille,

sa femme (Delphine Rich)

Constance (Annabelle Hettman) fille d’Olympe dont le père n’est pas Théophile

Autour de cette famille transitent toutes sortes de personnages dont:

le mari d’Olympe, Théophile Bonaventure (Jean-Claude Adelin), le maître, ancien engagé devenu riche propriétaire : sa seule faiblesse  Adèle

Amédée (Jean-Michel  Martial), le serviteur de confiance un peu à la mode   Uncle Tom

Manon, (Moohna Njaay), la femme de ce dernier, qui se suicidera

leur fille Adèle (Fatou Ndiaye), bonne au service d’Olympe mais aussi favorite de  Théophile, qui obtiendra par ses faveurs son affranchissement

Koyoba (Jacky  Ido), le résistant, le mawon, sa seule faiblesse : Adèle

Rosalie (Thiam Aissatou), maîtresse favorite de Théophile, jalouse d’ Adèle

Man Joseph (Lucette Salibur)

Jean-Baptiste (Daniel bilong), fils d’Adèle

Cette série m’a touché un peu moins que Roots, car justement Roots était déja passé et  que j’avais 30 ans de plus !  Et que j’avais déja commencé une recherche généalogique ! L’époque qui est peinte ici c’est justement l’époque sur laquelle je ne sais presque rien.   Des actes de naissance, des prénoms, des noms de propriétaires d’esclaves, un point c’est tout ! Le fait que cela se passe à la Martinique a sans doute facilité mon écoute car je suis aussi descendant d’esclaves martiniquais ! J’avais aussi vu auparavant le Xica da Silva brésilien (de Caca Diegues, 1976) qui évoquait la même saga ! Maintenant je pense qu’il ne faut pas juger les personnages en fonction d’aujourd’hui mais en fonction de leur temps ! Il y avait le code noir, donc tout un appareillage étatique pour justifier les agissements pratiqués aux colonies ! Mais moi je m’intéresse aux hommes, leur parcours individuel, je ne crois pas qu’il y ait d’un côté les bons, les parfaits, les anges, d’un autre les méchants, les diaboliques ! je crois que les choses sont un peu plus compliquées et qu’il y a tout un écheveau de lignes de forces qui se croisent et se décroisent . Je me suis pris pour Koyaba dans cette série mais nul ne sait comment il réagirait dans une telle situation, de la même manière que nul ne sait comment il réagira à un incendie avant d’en vivre un dans la vraie vie ! Le suicide de Manon m’interroge ! J’aime trop la vie pour me résigner à cela mais qui suis-je pour jeter la première pierre ?  Neg mawon, c’est un chemin vers la liberté mais à quel prix ? Finalement  Amédée a-t-il raison ou tort de collaborer comme les Français collaboraient avec les Allemands ? Qui sont les vrais résistants, les vrais martyrs, les vrais tortionnaires ? Il ne s’agit pas de relativiser l’innommable mais de le re-signifier dans notre existence de tous les jours !