By any means necessary

Malcom x est mort assassiné à l’âge de 39 ans par 3 membres de sa propre église Nation of Islam  le 21 février 1965 ! J’avais 12 ans et demi à peine ! Mais son aura a tout de même réussi à m’atteindre ! Mourir à 39 ans et rester immortel n’est pas donné à n’importe qui !     Un exemple : Fred Hampton, activiste révolutionnaire,  qui avait lui aussi un discours très élaboré ex militant de la Naacp et  Black Panthers a été assassiné à l’âge de 21 ans, en 1969,  à   Chicago lui aussi par la police et est disparu des radars de la mémoire !

Tout comme son rival des droits civiques, Martin Luther  king Jr, assassiné en 1968, avocat de la non-violence et de la résistance passive, suivant en cela les traces de Gandhi, Malcom x se situe toujours dans une perspective religieuse .   King se place dans une perspective chrétienne,   Malcom x se place sur une perspective  islamique. Son nationalisme noir m’a pourtant plus influencé que la non-violence de King ! Peut être parce que ces mots étaient empreints moins de charité chrétienne et plus de lutte ! peut être parce qu’il avait refusé son nom, devenant Malcom x au lieu de Malcom Little ! un peu comme              Cassius Clay devenant Cassius  x avant de devenir Mohammed Ali ! il parlait en religieux selon lui mais moi je l’entendais en politique ! tous les moyens étaient bons, » by any means necessary » on arriverait à la liberté !

Ces trois là se sont entre nourris très probablement de leurs discours chacun dans sa chapelle. j’aurais été plus perméable s’il avait survécu au discours de Fred Hampton qui se plaçait sur le terrain politique et qui envisageait une coalition avec les      Blancs et les Portoricains: the rainbow coalition ! Lequel discours a été repris en termes moins polémiques et plus mainstream par Jesse Jackson et ses  mouvements    PUSH et              Rainbow Coalition

Malcom x disait que la liberté de l’homme noir ne serait jamais obtenue par la non violence et la gestion de la survie pronée par King ! Plus de 50 ans après sa mort , après les 8 ans au pouvoir d’un président  noir aux Etats-Unis, Barack Obama, non-descendant d’esclaves, faut-il le préciser,  les choses ont-elles changé si fondamentalement ?

Certes les lois Jim Crow ont été abolies, la ségrégation et la discrimation sont anticonstitutionnelles, le capitalisme noir existe, les universités noires sont florissantes ainsi que leurs organes de presse mais encore et encore et apparamment plus encore de jeunes  vies noires sont prélevées quotidiennement à l’aune de la violence ! Les mouvements de droits civiques anciens comme naacp, core,  sclc, Push, rainbow coalition  sont toujours à l’oeuvre, le Black Panther Party décimé dès les années 80 par la persécution étatique et les querelles internes est remplacé dés 1989 par un  New Black Panther Party encore plus radical que son prédécesseur, à tous les niveaux politiques les Noirs se sont introduits dans les couches du pouvoir (maires, députés, sénateurs, ministres, gouverneurs, juges, juges de la Cour Suprême etc) mais des mouvements de black liberation comme Black Lives Matter et la banalisation de groupes de suprématie blanche comme Alt Right ou le   Klu  Klux  Klan nous laissent entrevoir une situation qui n’est pas si fantastique que cela et les prisons étatsuniennes sont bondées de Noirs et Portoricains !! De gros progrès ont été réalisés,    Martin Luther King Jr a été institutionnalisé mais son message de liberté finale reste encore au niveau du biblique et du voeu pieu !

Les luttes triomphantes contre l’oppression et l’apartheid de Mugabe au Zimbabwe et de Mandela en Afrique du Sud, la prise de pouvoir dans le cadre d’elections démocratiques ou d’insurrections dans de nombreux pays d’élites noires dans les années qui ont suivi la décolonisation, puis la perpétuation de ce pouvoir par des arrangements constitutionnels ou des coups d’état militaires ont donné naissance au « démocratisme » mais l’oppression continue facilitée désormais par la globalisation du terrorisme islamique et le silence aussi bien des nations africaines que des Nations Unies.

Le Ghana, deuxième pays d’Afrique à connaître son indépendance en 1957 après le Soudan en 1956 connaît certes une alternance démocratique mais est gangrénée par la corruption. Quant au Soudan il est traversé par une guerre civile, le conflit du Darfour dès 1986 résultant en plus de 300 000 morts et des millions de déplacés, l’embargo commercial américain depuis 1997 puis la scission voulue et appuyée par la communauté internationale et les Etats-Unis qui donne naissance en 2011 au     Soudan Sud qui lui aussi connaît ensuite l’habituel combat de chefs entre  factions et ethnies qui ne laisse rien de bon à augurer pour le futur !

Qu’en est-il au niveau caribéen ? Les tenants du Pouvoir Noir aux Etats-Unis étaient descendants de caribéens. Stockeley Carmichael  originaire de Trinidad et  Malcom x  dont la mère était originaire de Grenade avec des parents en outre adeptes du mouvement de Marcus Garvey de retour à l’Afrique ! Il y avait aussi outre le Garvéisme les mouvements Rastafara donc les racines du pouvoir noir sont à rechercher elles aussi aux Caraïbes !

Il y a certes des dimensions locales, des contextes transnationaux mais les symboles, les styles et la rhétorique du black power US sont globalement les mêmes aux Caraîbes que ceux en vogue dans les années 70 aux USA, au Canada et en Grande-Bretagne ! Il y a tout de même une différence de taille : la décolonisation et la néo-colonisation dans des pays où les Noirs et les autres ethnies sont la majorité et où rapidement ils atteignent des postes de responsabilité  même si l’économie est toujours aux mains de happy few et de multinationales de métropoles lointaines ! Le pouvoir noir aux Caraïbes c’est de l’auto-estime plus un désir des majorités noires -minoritaires aux Etats-Unis- de se réapproprier les moyens de production toujours aux mains des puissances tutélaires que restent le grand voisin américain du nord, la France, la Hollande et la Grande-Bretagne!

Le thème est récurrent puisque encore en 2016 sortent des articles sur le pouvoir noir aux Caraïbes comme celui de Kwesi Tsiri,  Black Power in the Caribbean, in   Ethnic  an Racial Studies, vol 39, 2016, issue 13 pp. 2477-2479 ou  celui de  Kate Quinn, Black Power in the Caribbean, University of  Florida 2014.

Dès 1971 des articles tels que celui de Manuela Semidei dans Le Monde  Diplomatique  de janvier 1971, pp.4-5,  Pouvoir noir et décolonisation dans les Caraïbes, ou celui de David Rosenthal,  Black Power in the Caribbean Context, in Economic Geography, vol 48 n° 1 Contributions  to an Understanding of Black America (Jan 1972) pp. 116-134 ou celui de William R Lux, Black Power in the Caribbean , in Journal of Black Studies, vol 3 n° 2, 1972, pp. 207-225 , surgissent et font suite aux événements qui s’étaient produit à Trinidad et Tobago suite à la Black Power Revolution de 1970 sous l’égide du NJAC et de ses leaders activistes  Geddies Granger, Dave Darbeau et Khafra Kambon. Ces derniers  ne réussirent pas malgré une mutinerie d’une partie de l’armée  à renverser le PNM et Eric Williams, soutenus par le gouvernement américain et le Vénézuela. L’idéologie du NJAC faisait partie d’une lutte globale pour les peuples noirs. On y prônait le retour aux racvines, la réjection et la domination des élites blanches, on revendiquait la conquête du pouvoir par la voie révolutionnaire.

Dès 1967 des mouvements épigones de l’idéologie black power ont fait florès partout dans la Caraïbe ! Que ce soit à la Guadeloupe entre mars et avril 1967, aux Bermudes en avril 68, en octobre 68 à la Jamaïque, en 1969 à Curaçao, en 1970 à Trinidad des émeutes ont lieu  et témoignent de tensions raciales ou socio-économiques exacerbées. Et pourtant  si l’on excepte  Trinidad qui est composée à l’époque de 43 pour cent de descendants d’esclaves et de 37 pour cent de descendants d’Indiens engagés  et  le Guyana  composé de 53 pour cent d’Indiens et de 30 pour cent de Noirs, la plupart des nations caribéennes  ont une population majoritairement constituée de descendants d’esclaves (noirs et métis) et des gouvernements ad hoc !

Parallèlement les flux migratoires en direction de l’Europe, les Etats-Unis , le Canada, et les migrations inter-caribéennes ont créé une nouvelle diaspora dont le rêve n’est pas tant la transformation radicale de la société que l’accession individuelle au pouvoir et l’obtention d’un niveau de vie meilleur pour soi et sa famille.

Le retour au pays natal fantasmé s’effectue parfois mais de plus en plus sur le tard au moment de la retraite  pour échapper à la  marginalisation ou à la banalisation dans les sociétés d’accueil avec leur citoyenneté diasporique tout en préservant des modes d’être et de faire caribéens dans ce qui touche à leur sphère intime !

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