Le 2 février 1970

Ce jour-là, jour de la Présentation, je fis ma révolution copernicienne ! Je pris mon cartable sur le dos comme tous les jours pour me rendre au lycée Lakanal à Sceaux où j’étais en terminale A2 et au lieu de prendre le bus 188 comme d’habitude au Rond-Point des Martyrs à Bagneux, en compagnie de mes copains Yann Piquer et Maurice Allouche je pris la direction du Hâvre !

Le Hâvre c’était la ville où en aout 1961 nous étions arrivés en France mes 4 frères et soeurs Jean-Claude, Dominique, Patrick et Chantal ! Nous venions en bateau, l’Irpinia, battant pavillon italien,  qui avait laissé la Guadeloupe et nous avait emmené à Puerto Rico, les Açores,  Vigo en Espagne et Southampton en Angleterre ! 20 jours de traversée !

Quelle mouche m’avait piqué ! Je voulais partir de l’autre côté de la mer, partir à l’aventure ! l’Amérique !   j’avais 17 ans et 3 mois ! et pas un sou !

Pour ne pas éveiller les soupçons j’étais parti comme si de rien n’était avec pour tous vêtements, mes vêtements d’école ! Il faisait froi ! c’était l’hiver !

Je trouverais du travail, je m’engagerais comme matelot, comme docker, je voulais mettre la mer entre moi et ma famille ! je me sentais incompris, écoeuré, abandonné, trahi ! Les études que je voulais suivre m’étaient niées, refusées ! Attaché de presse, voila ce que je voulais faire, c’était ça ou rien ! Je voulais comme tout un chacun décider de mon existence et voilà que j’apprenais par la bouche de mon père et de ma mère qu’il valait mieux que je sois prof, que c’était dans mes cordes, j’étais bon en français, en anglais, en espagnol, en latin, c’était ça ma meilleure orientation possible et en plus, je pourrais avoir une bourse, ça ne leur coûterait rien, alors que mon école, celle que je revendiquais pour étudier, était une école privée, école d’attachés de presse, rue pierre charron dans le 8ème près des Champs-Elysées et que je n’aurais pas de bourse, et qu’il y avait d’autres enfants à nourrir (à cette époque la nous étions huit frèrer et soeurs) et qu’il faudrait se conformer, arrêter de rêver !

Je ne fis pas d’esclandre !   A quoi bon ! des études primaires en Guadeloupe dans une école privée, l’institution Jeanne d’Arc à Basse-Terre, dans le calme et la langueur des manguiers et des religieuses ! Mon CM1 et CM2  à Louis Pergaud, à Vernouillet en  Seine-et-Oise d’alors ! Puis une année à Poissy en sixième dans le lycée d’Etat Le Corbusier, suivie d’une cinquième au collège Paul Langevin à Bagneux dans la Seine, pour finalement atterrir au  lycée Lakanal à Sceaux !

Dura lex sed lex ! La veille, je me suis couché normalement mais toute la nuit j’ai ruminé ! Et au petit matin ma décision était prise, je partirais ! il ne s’agirait pas d’une fugue, il s’agissait d’un départ définitif !

Je n’avais pas peur, j’étais serein !   mais le froid me fit vite déchanter ! je ne sais plus comment je suis arrivé au Hâvre !    mais j’ai vite compris que mon départ était illusoire ! j’étais trop jeune, sans aucune compétence si ce n’est les langues étrangères ! il fallut rebrousser chemin et je me fixais une nouvelle direction le port de marseille. Je ne sais commun mais j’atterris à l’hôpital, etait ce Evreux, était-ce Caen , c’était dans ces zones la en tout cas, et on s’occupa de moi pendant quelques jours car j’étais mort de faim et de froid ! Puis on me laissa reprendre ma route et je traversai Poitiers et je ne sais plus comment mais j’arrivai en stop un jour à marseille où la police me récupéra suite à un signalement de mes parents que j’avais fugué !