Voyage of the Damned

Voyage of the Damned est un film de 1977 dont l’action se passe dans l’Allemagne nazie. Parmi la large palette prestigieuse des protagonistes, outre   Orson Welles, Maria Schell, Faye Dunaway,     Max von Sydow il y a le paquebot de luxe SS Saint-Louis qui va transporter à partir du 13 mai 1939 pendant trente jours de péripéties interminables un convoi de 937 passagers juifs partant de Hambourg destination   La Havane.

Le vrai nom de ce bateau est Irpinia. En fait ce bananier construit en Grande-Bretagne en 1929 est d’abord  appelé Campana et appartient à la    CGTM de Marseille du  11 juin 1929 date de son lancement à 1955 (si on omet un intermède pendant la guerre où bloqué à Oran puis bloqué à Buenos Aires, il est réquisitionné par le gouvernement argentin en 1940 et de 1943 à 1946 prenant le nom de Rio Jachal et desservant principalement la ligne  Buenos Aires-New York).

En 1955 la CGTM revend le bateau à la Siosa (Sicula Oceanica Spa) de Palerme, Italie, qui le rebaptisent Irpinia. Il est remotorisé en 1962 et achève sa carrière le 5 septembre 1983, date à laquelle commence son démantèlement à La Spezia, Italie.

L’Irpinia est un bananier de 161,80 mètres de longueur, 20,42 mètres de largeur et 7,28 mètres de tirant d’eau, jaugeant 10816 tonneaux dont la machine composée de 6 turbines à vapeur Parsons développait 8600 chevaux et progressait à la vitesse de 17 noeuds. Il pouvait transporter jusqu’à 1307 passagers et 160 membres d’équipage distribués en première, deuxième, troisième classe et pont.

En juillet 1961, je n’avais pas encore 9 ans, je pris ce bateau à Pointe-à-Pitre en direction du Hâvre avec comme escales   San Juan, Puerto Rico, Madère, Vigo en Espagne, Southampton en Grande-Bretagne. La traversée dura une vingtaine de jours durant lesquels  je parcourus cabine, coursives, passerelles, ma passion était de regarder par le sabord et voir voler les poissons. Le grand moment c’était les repas. Cuisine à l’italienne, s’il vous plaît !  Je sais que nous prenions beaucoup de riz (qu’ils prononçaient riss). Il y avait une piscine avec un petit bain où nous allions beaucoup patauger. Je crois me souvenir que mon frère Patrick avait disparu à un moment échappant à la surveillance de ma mère et qu’après avoir fouillé partout sur le bateau on l’avait retrouvé en train de se balader sur le pont supérieur. Je voyageais avec ma mère qui avait alors 28 ans, mes trois petits frères,  Jean-Claude, Dominique et Patrick et ma petite soeur   Chantal qui venait de naître en mai. Mon père nous attendait au Hâvre. Notre futur hâvre, notre terra incognita pas encore sponsorisée par le Bumidom, qui ne viendrait au jour qu’en 1963, s’appellerait désormais Vernouillet, Seine-et-Oise, et de même que 20 jours plus tôt nous disions adieu foulards adieu madras à Basse-Terre, notre port d’attache, nous disions à notre arrivée  bonjour train, bonjour métro, bonjour télévision, bonjour Eldorado ! On brûle vite ce que l’on a adoré ! Mon « voyage des damnés » intérieur « dans le coeur du gris » de la métropole commençait et moi aussi jamais je ne mis les pieds à La Havane ! Et comme me le prédisait la bande-annonce du film en français je m’en souviendrais aussi longtemps que je vivrais !