un animus nommé Vincent

girodet_-_sommeil_endymionSonnet XLVII

“Well, I have lost you; and I lost you fairly;
In my own way, and with my full consent.
Say what you will, kings in a tumbrel rarely
Went to their deaths more proud than this one went.

Some nights of apprehension and hot weeping
I will confess; but that’s permitted me;
Day dried my eyes; I was not one for keeping
Rubbed in a cage a wing that would be free.

If I had loved you less or played you slyly
I might have held you for a summer more,
But at the cost of words I value highly,
And no such summer as the one before.

Should I outlive this anguish, and men do,
I shall have only good to say of you.”

J’ai oublié les circonstances précises par lesquellles ce poème de  Edna  Saint Vincent Millay  (1892-1950) est parvenu jusqu’à moi (en Italie, en France, en Suède ou en Hollande, mais je me souviens très bien l’avoir arraché d’un livre de bibliothèque et de l’avoir conservé avec moi plus de 30 ans comme un trophée). Edna Saint Vincent Millay jusqu’à aujourd’hui et je découvre soudain avec étonnement qu’elle a remporté le prix Pulitzer de poésie en 1923 et qu’elle fut l’une des plus grandes poétesses de la littérature américaine !  A chaque fois que j’ai rompu avec une femme que j’aimais il me revenait en mémoire cette aile libre et l’autre pas ! « I might have held you for a summer more ». » J’aurais pu la garder un été de plus » pensai-je. Je me suis toujours demandé comment une femme pouvait aussi bien traduire l’âme masculine ! Maintenant que j’ai été en connection avec les théories junguiennes de la psyché je comprends mieux comment sa poésie  est prise en charge par son animus ! Un animus qui a pour nom Vincent !

Ce sonnet numéro 47  fait partie  d’un recueil  de 52 sonnets intitulé Fatal Interview (1931) dont le titre  est tiré du poeme de John Donne, Elegy 16 :

« By our first strange and fatal interview,/By all desires which thereof did ensue »

Fatal Interview relate en 52 sonnets shakespeariens de 14 vers les hauts et les bas d’une histoire d’amour, celle de la propre Millay et  Dillon, sublimée au point de rejoindre au pinacle  les histoires mythiques d’Enée et Didon,  Troilus et Cressida, Endymion et Séléné! ! La persona de l’auteur a la parole et refuse d’endosser le rôle traditionnel passif des femmes. il s’agit pour elle de « mettre Chaos en quatorze lignes et de l’y maintenir  » (« put   Chaos in fourteen lines and keep him there ». Il ne s’agit pas comme Byron et avant lui Geoffrey Chaucer (1343-1400), Virgile, Ovide, et à sa suite TS Eliot, Yeats et  John Keats de prendre cette posture qui consiste à dire : « Man’s love is of man’s life a thing apart/ ‘Tis woman’s whole existence » il s’agit pour la femme de prendre en main la relation, de la  conduire à sa guise, d’organiser son Chaos. Le bien-aimé sophistiqué et précieux prend l’apparence de John Donne  (1572-1631) (celui-là même qui est connu pour ces vers : Nul homme est une île : « No man is an Iland, intire of it selfe; every man is a peece of the Continent, a part of the maine; if a Clod bee washed away by the Sea, Europe is the lesse, as well as if a Promontorie were, as well as if a Mannor of thy friends or of thine owne were; any mans death diminishes me, because I am involved in Mankinde; And therefore never send to know for whom the bell tolls; It tolls for thee. »

John Donne, poéte elizabethain, est invoqué autant que l’est Webster ! ils sont la tradition mais Edna St. Vincent Millay  prend leur point de vue masculin sur la relation amoureuse pour leur opposer son point de vue féminin un peu comme Françoise Pascal, bien avant elle dans « Endymion » (1657) qui brosse dans sa pièce le portrait  d’une Séléné-Luna-Artémis-Diane maîtresse de son destin.

De même  dans un poéme Edna St Vincent Millay évoque comme Donne le rôle de la femme dans la relation comme la branche d’un compas, à la différence près de Donne, que c’est l’homme qui est immobile et que c’est la femme qui est indépendante et bouge selon son bon vouloir pour créer la figure qui va les mettre en relation.

Ce sonnet XLVII synthétise mieux que tout autre la liberté, le respect dans l’amour ! Je retiens surtout ceci : I wasn’t one for keeping rubbed in a cage a wing that would be free qu’on pourrait traduire librement par « je n’étais pas du type à se laisser dorloter dans une cage avec seulement une aile de libre ! »

L’amour ne peut être enfermement, prison même dorée, tour d’ivoire ! ni alliance, ni voeu de fidélité et obéissance, l’amour est d’abord une espace de liberté

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