madras pan-caribéens

Tout antillais sait que le madras est constitutif de notre identité antillaise. Je vois une nappe en madras dans n’importe quelle partie du monde et clic clac merci Kodak je suis transporté illico aux Antilles (n’est-ce pas Edom Julan Valentin que j’ai retrouvé ainsi à Oslo, en Norvège) ! Magie du madras on voit une femme dans n’importe quelle partie du globe portant étoffe en madras et yépa on se retrouve instantanément au pays (n’est-ce pas Maxette Olsson que j’ai croisée ainsi à Stockholm, Suède). On a perdu sa mère dans les rues de Gagnac-sur-Garonne et une silhouette madrassée se détache dans le lointain : c’est elle (n’est-ce pas Maite Balto). Attention quand je dis antillaise je dis caribéenne car le madras est le costume national en Dominique et à Sainte Lucie et il est porté aussi bien à Antigua, qu’aux îles Vierges US. La-bas on parle  de mouchoir madras, de wob dwiyet, de jip, de chimiz décolté, de tête case, de tête anlè….Il aurait remplacé le gingham.

Aucune association caribéenne qui se respecte, aucun quadrille de ce nom ne défilerait sans que quelque part le madras ne règne souverain. Et moi en septembre 2013 en plein Edinburgh, en pleine Écosse je suis perplexe car je viens de voir un lien évident entre le tartan écossais et le madras. Surtout le tartan du clan Buchanan. La parenté me semble évidente. Pourtant on m’a toujours dit que le madras venait de Madras, donc d’Inde du Sud. Madras qui depuis environ 15 ans est devenu Chenai. On disait que le madras avait été apporté par les Tamouls qui sont venus aux Antilles pour remplacer la main d’oeuvre servile, les esclaves après l’abolition de l’esclavage en 1848. Si ma mémoire est bonne ils sont arrivés, enfin le premier bateau est arrivé, vers 1853. Pourtant la chanson ‘adieu foulard, adieu madras, adieu grain d’or , adieu collier choux » date de 1769 semble-t-il. Bon, il est possible bien sûr que le tissu ait été importé aux Antilles de Madras avant l’arrivée des Indiens. Mais n’oublions pas que cette partie de l’Inde a été pendant longtemps colonie anglaise pendant que la France occupait elle d’autres parties de l’Inde comme Chandernagor et Pondichéry !  On ne peut donc exclure que des Ecossais aient fabriqué leur madras  en imitant les motifs de leurs tartans qui eux datent du 16ème siècle. Par ailleurs si j’en crois Myriama Lamkan le madras indien était réalisé avec une trame en fibre de bananier  alors qu’on produisait en France à Rouen (Normandie) et à Sainte-Marie-aux-Mines (Haut-Rhin) des madras et des guingamps et ceci bien avant l’arrivée des Tamouls aux Antilles. Si l’on s’en tient à la définition du madras comme une « étoffe à chaîne de soie et à trame de coton de couleurs vives »  on voit qu’elle n’est pas très éloignée du tissu dénommé « gros de Naples » qui servait à décrire le tartan écossais. Donc je pense qu’il vaut mieux dire que le madras est d’origine tamoule et qu’il y existe depuis des temps immémoriaux mais qu’il était répandu aussi bien dans les Caraïbes que dans les pays chauds à travers le monde par l’intermédiaire  des négociants anglais. Car il y avait aussi du madras non teint, blanc !
Je ne suis pas un spécialiste de la mode tamoule mais je crois savoir que le madras est un élément du costume traditionnel tamoul . Ce n’est pas qu’un produit d’exportation. Il serait aussi intéressant de savoir ce qui s’est passé par rapport au madras pendant les quelques années où la Guadeloupe était anglaise de 1759 à 1763 et  de 1810 à 1815. J’aime me poser des questions. Je me souviens qu’autrefois je pensais que les tissus africains étaient produits en Afrique.. J’ai appris depuis que les meilleurs fabricants de tissus africains (les fameux wax) se trouvaient en Belgique. Comme j’ai appris récemment que les fameux bouillons Maggi utilisés dans la cuisine africaine sont fabriqués en Alsace. La mondialisation ne date pas d’hier.
Ceci dit quelle que soit l’origine du madras il a été cannibalisé, recréé, syncrétisé par le monde créole et s’éloignant de la définition de clan il s’est attaché en tant que coiffe à la définition du statut de la femme. Il serait intéressant de savoir s’il n’y a pas eu des tentatives commerciales á une certaine époque d’introduire le kilt écossais aux Antilles ! Eh oui pourquoi pas ! Chercheurs, chercheuses et alors qu’attendez-vous !? J’ai visité la boutique du château d’Edimburgh et j’ai été surpris par les nombreuses déclinaisons du tartan qui sont proposées aux touristes. On trouve en effet outre les châles et écharpes, kilts et bonnets (tammy), porte-clefs, mugs, boutons de manchettes, verres, mugs, boucles d’oreilles, bracelets et même bas. On peut voir que même pour le tartan il y a des évolutions. On a le tartan fait en lambwool (laine d’agneau), en angora et si ma mémoire ne me fait pas défaut en cachemire. On a la ligne traditionnelle et la ligne moderne pour chaque clan. Mais surtout la plupart des foulards sont faits en ce qu’ils appellent new wool (laine neuve ou nouvelle). Je n’ai pas encore recherché ce qui se passe derrière cette appellation mais on voit bien qu’aujourd’hui comme autrefois le tissu n’est pas inerte: entre tartan, gros de Naples écossais, madras, guingamps il y a des passerelles. Et somme toute, rien de plus normal car ainsi va le monde par ajouts et soustractions successives.

 

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