I’m not your negro

Baldwin

I’m not your negro, sur Arte le 1 mars 2017 à 22H30 : à voir absolument

 

Après The Price of the Ticket, (1990) par  Karen Thorsen  et Douglas Dempsey  la parole de l’écrivain et activiste noir James Baldwin fait l’objet d’un court métrage qui a été nominé aux Oscars 2017 avec deux autres: 13TH de Ava DuVernay , Spencer Averick et Howard Barish – un regard sur le système de justice criminelle aux USA –  et O.J. : Made in America,  de Ezra Edelman et Caroline Waterlow – une série en 5 parties qui explore les concepts de race et de culture aux USA à travers l’histoire de O.J. Simpson – qui témoignent plus ou moins de la même préoccupation: l’état et l’histoire des relations raciales aux Etats-Unis.

L’arrière plan musical va de Buddy Guy et son  Damn right I’ve got the blues à Kendrick Lamar et   son  Blacker The Berry  en passant par  Ray Charles et Lena Horne, du jazz au blues au rap !

Les préoccupations de l’auteur de Go tell it to the Mountains, Giovanni’s Room et The fire next time, qui s’est exilé en France de 1948 à 1957 , qui a vécu aussi en Turquie entre 1961 et 1972, avec des allées et venues aux Etats Unis et qui est mort à Saint-Paul-de-Vence sont toujours d’actualité près de 30 ans après sa mort et deux mois après la fin du gouvernement Obama qui a vu un Noir occuper pour la première fois la présidence des Etats-Unis. Le court métrage du metteur en scène haïtien  Raoul Peck est en l’occurrence un voyage  à travers l’expérience afro-américaine aux Etats-Unis qui met en exergue 3 figures de proue du 20ème siècle, trois perspectives différentes de résolution de conflits interraciaux :  Medgar  Evers (1925-1963), l’activiste bouillonnant dont  le meurtrier n’a été découvert que 30 ans après sa mort (voir pour cela le film  Ghosts of Mississipi, avec Alec Balwin, James Woods et Whoopi Goldberg), Martin Luther King, le religieux et    Malcom X le radical ! Ces 3  figures du panthéon existentiel afro-américain, ces trois rocs  inébranlables en quête d’identité,  ces role models ont été fauchés par la violence raciale et ont tous été assassinés avant d’avoir atteint l’âge de 40 ans.  Le film de Raoul Peck est un plaidoyer qui en noir et blanc et en couleurs relaie le discours intemporel de Baldwin qui a côtoyé ces 3 personnalités et bien d’autres encore comme par exemple   Lorraine Hansberry, auteur de A raisin in the Sun, en s’engageant dans les mouvement civiques un peu comme un outsider sans jamais être affilié à une chapelle quelconque, ni  Black Panther, ni NAACP, ni protestant. A travers la voix de Samuel L Jackson en anglais ou de Joey Starr en français c’est Baldwin qui éclate dans toute sa poésie et son actualité !

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« The story of the Negro in America is the story of America.  it is not a pretty story » disait Baldwin (1924-1987) qui a influencé des générations d’écrivains parmi lesquels  Toni Morrisson et Allen Ginsberg. La situation d’incompréhension et de dissensions raciales que révèle cette autopsie raciale des Etats-Unis, un peu comme Goran  Olsson et  « The Black Power Mixtape » qui analyse la période qui va de 1967 à 1975 est due au fait que le soi-disant Blanc est aveuglé par le soi-disant Noir qu’il ne peut voir autrement qu’à travers un prisme difformant de stéréotypes. La fracture raciale ne peut pas se résorber, les plaies ne peuvent pas cicatriser tant que les uns et les autres ne s’asseyeront pas à la même table pour trouver des solutions qui respectent les uns comme les autres. « Nous sommes tous racistes », dit Baldwin.

Le film est basé sur un manuscrit de 30 pages non publié de Balwin, intitulé « Remember this house » et dépasse les frontières de son temps. La bataille pour la survie dans une nation  en proie aux miasmes cancérigènes de l’inégalité, de la pauvreté et du racisme continue de  la guerre civile à l’esclavage, des lois Jim Crow, de la ségrégation et du Klu Klux Klan des années 40 à Jackson, aux émeutes après la mort de Rodney King à Los Angeles (1992), celle de Mickael Brown à Ferguson et met en relation le passé du mouvement des droits civiques des années 60 et le présent de #BlackLivesMatter, Donald Trump.

Hollywood est aussi décortiqué par Baldwin dans  the Devil Finds Works : le film de Billy Wilder Love in the Afternoon comme celui de Gus Van Sant Elephant ou King Kong, Stagecoach, Imitation of LifeThe Defiant Ones, qui voit à l’affiche Sidney Potier et Tony Curtis, participent d’une vision irréaliste des Noirs à travers des acteurs comme Harry Belafonte qui ne sont que des faire-valoir de héros mais jamais des héros à part entière et  qui illustrent clairement la place biaisée qui est réservée aux Afro-Américains  dans l’American Dream. Dans Another Country (1962) Baldwin a lui aussi un  rêve que le film essaie de cerner par des allers retours incessants à travers les entretiens avec Dick Cavett ou le débat avec William F Buckley à Yale. En France le Collectif Baldwin perpétue la mémoire de l’écrivain Baldwin. le parcours de James Baldwin m’a toujours interpellé car en fait c’est un parcours d’exilé . Même s’il a vécu en Turquie et en France il est resté sur certains points très étatsunien. Sa situation d’intellectuel noir en Europe même si elle était confortable a dû être une souffrance car on peut se demander jusqu’à quel point c’était une situation désirée. Probablement sa survie jusqu’à 63 ans est due à cet exil qui lui est apparue comme une planche de salut. Moi j’ai connu l’écrivain tout d’abord par la lecture de The fire next time ! Mais je ne me souviens plus très bien de quoi parlait le livre. J’ai pu par la suite à l’université en licence d’anglais décortiquer un peu son oeuvre et particulièrement son ouvrage Another Country. Il s’en est fallu d’ailleurs de peu que je ne fasse un master en littérature américaine où j’allais analyser le vol dans la littérature afro-américaine et où j’allais comparer le traitement de l’envol par Baldwin,  Toni Morrisson, Alice  Walker, Chester Hymes  et quelques autres comme un suicide, un plongeon dans le vide, le néant et non comme une réalisation, une aspiration vers l’azur..

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