calenda, biguine, zouk, ragtime menm konba ?

A partir du moment où l’on milite pour faire survivre une pratique c’est qu’elle est agonisante. Quand un objet de connaissance est vivant il prolifère sans que besoin se fasse sentir d’un quelconque engrais, d’une quelconque protection. si l’on doit encadrer c’est que l’objet est sorti du cadre. Les pratiques culturelles sont comme les astres, il y a une apogée et un déclin tout comme les civilisations !

Je réagissais tout à l’heure sur facebook car un certain nombre de personnes s’offusquent qu’un groupe de musiciens « leucodermes », pour reprendre la terminologie de Cheikh Anta Diop, non antillais, jouent un morceau de biguine et le jouent bien en plus.

Ils font un peu comme moi dès qu’ils entendent une biguine ils disent c’est Stellio (1885-1939). Ils ignorent Léardée. Peut-être ont-ils entendu Moune de Rivel, un soir chez leurs parents ou grands-parents. Et ils disent: c’est notre patrimoine, il faut le sauver, il faut le préserver et achètent zouk, respirent zouk, dorment zouk, rêvent zouk, pètent zouk ! Et ils disent : attention ils vont nous la voler, comme ils ont volé le jazz et le rock. Au lieu de se dire que la seule façon de faire proliférer un patrimoine c’est de le faire vivre, de le faire respirer, l’aérer, le dépoussiérer, l’épousseter, le transmetttre à ses enfants tout en sachant qu’il est amené à se transformer en autre chose car les patrimoines ne sont pas immuables. Le patrimoine n’est pas un objet que l’on met sur l’étagère ou que l’on garde jalousement au fond d’une armoire ou d’un tiroir et que l’on ressort le jour de son anniversaire ou pour le montrer avec fierté à des visiteurs étrangers. Les patrimoines ont beau parfois être immatériels ils n’en sont pas moins programmés pour être recyclés un jour ou l’autre. Je remarque que les patrimoines alimentaires résistent plus que tout autre mais qu’ils se réactualisent aussi mais surtout j’ai la ferme conviction que nul n’est propriétaire de son patrimoine. Je me méfie des nationalismes dès que j’entends « sé tan nou » mes poils de nez se hérissent ! Tout ce qui est sur terre est patrimoine de l’humanité. Je comprends certes que des organes gouvernementaux souhaitent préserver leur patrimoine, de la même façon qu’ils doivent préserver la qualité de l’air et de l’eau mais pas uniquement pour sauvegarder leur capital touristique, pour une meilleure qualité de vie de leurs administrés, non, pas uniquement, il faut que tout se fasse en fonction de l’humanité globale présente et future.

Et moi j’ai mis mon grain de sel et j’ai dit cela :
« Bon ban mwen mété grenn sel an mwen ! je réagis Regis Lolo quand on fait un enfant on n’est pas maître de son destin. Je m’explique. Le zouk est antillais. Mais quel en est le propriétaire ? A-t-il un nom ? Est-il déposé quelque part ! Y a t-il un label zouk gwada quand deux personnes essaient de se frotter. Je crois que non. Et après, le zouk quand il sera dépassé, s’il ne l’est pas déjà, il y aura autre chose. J’ai eu ton comportement pendant longtemps, j’ai défendu le zouk, sé sel medikaman nou ni. Je leur disais: « le zouk ça ne se danse pas comme ça, ce que vous faites c’est de la lambada » et eux ils me disaient, « le zouk love ne nous intéresse pas, on veut du zouk exhibition », (avec le zouk exhibition les profs de danse de salon peuvent se faire du fric pas avec le zouk love, en plus zouk ça sonne exotique caribéen c’est porteur au Brésil) (pensez au zumba) on ne copie pas on améliore ! Mais après avoir vécu au Brésil et vu comme il y a dans les championnats de zouk des chorégraphies formidables que pas un zouk loveur ne serait capable de faire, alors je me suis résigné. Toute chose appartient à qui sait la faire fructifier, évoluer… Nul n’empêche un antillais de prendre la capoeira et de la faire évoluer. Nul n’empêche d’améliorer des recettes traditionnelles de cuisine. Nul n’empêche personne de re-signifier tout. La seule exigence que j’ai c’est de savoir l’histoire du produit et en l’occurrence dans toute chose il y a un avant et un après, rien ne se crée tout se recycle (Lavoisier). Bon carnaval ba zot tout. signé on ti moun a vaval (j’espère pour les puristes, sans éléments importés d’ailleurs, quoi que si j’ai bien compris il y a de plus en plus de chorégraphies brésiliennes dans le carnaval de Guadeloupe. ah la fcg !

Régis Lolo, qui vit depuis 25 ans aux States me répond :

« Oui et non. Une Samba sera tjrs Brezilienne mèm si ou vouè yo ka joué-y toupatou , mem biten pou Mas a pô ou Gwo-ka an nou. Sékè toujou misik a Gwadloupéyen. »

Cyclone Wolfok Toujou sé on pawol ki pa Ka egzisté adan diksionnè an mwen.

Cyclone Wolfok Tout bitin ka transfomé on jou pou pran on not chimin. Si on gwadloupéen décidé ko-li pou i dansé samba dépi tou piti, i pé passé douvan sé brésilien la. Si apatésa, yo té ké champion du monde footbol à vi

Cyclone Wolfokhttps://youtu.be/J0adryKfF3k brazilian zouk

ce que je veux dire c’est que l’art, la vie, la cuisine voyage, les traditions voyagent. c’ets la vision qui permet de se dépasser . Rien n’est immuable ! et même dans les musées qui sont censés préserver le maximum il faut faire la place. on met dans les caves, dans les archives, puis l’espace manque, alors on digitalise et ce faisant on donne accès au plus grand nombre.

On se pose toujours la question de l’inventeur.

Je pose donc la question et j’attends des réponses : qui a inventé le rhum.? Pour le savoir selon moi il faudrait savoir qui le premier a cultivé la canne. il serait étonnant que les Arabes qui ont importé la canne en Europe à tel point qu’elle était cultivée dès le ix eme siecle ans tout le long des rivages de la Méditerranée et qui ont inventé le mot alcool aient attendu les Français et les Anglais et le 16e siecle pour ce faire

Qui a inventé le football ? We did, disent les Anglais, Noi, disent les Italiens en prenant appui sur leur calcio, Nos ! disent les Brésiliens qui l’ont réinventé et me montrent leurs cinq doigts, symboles du « penta », les 5 coupes du monde qu’ils ont remportées, Nosotros disent les Espagnols qui sont champions du monde en titre…

Sans vouloir être un archéologue de la biguine je remarque que comme toute musique il y a eu un avant et un après. Avant la biguine il y a le ragtime de la Nouvelle Orléans ! Et après il y a la musique haïtienne le cadens rampa, le kompa, puis est venu le zouk. Et en particulier, dans le cas qui concerne Sèpan maigre, il existe un morceau de Charles Hunter, un américain aveugle qui a composé en 1899, soit trente ans avant Sèpan maigre, Tickled to Death qui a fait un grand succès. et dont s’est probablement « inspiré » Stellio à l’époque. c’est un doux euphémisme. Je dirais sans langue de bois que Stellio a plagié Hunter !

cela n’enlève pas au musicien Stellio ses qualités ‘interprète et m^me ‘arrangeur mais il n’est pas l’auteur originel, point barre ! Ce n’est pas pour cela que je vais dire que Stellio a plagié la musique américaine. Je peux seulement dire qu’il s’est inspiré du ragtime mais qu’en l’occurrence pour Sépan maigre c’est un plagiat en règles. A chacun de défendre son copyright ! Je constate que le champagne est protégé dans le monde entier par des copyright et pas le bwabandé ni le rhum à 59 degrés mais les intérêts économiques ne sont pas les mêmes évidemment ! Il y a eu des influences des musiciens haitiens et cubains qui avaient dans leur pays à l’époque un conservatoire. Ca compte ! Stellio et ses contemporains d’origine antillaise qui ont vécu comme lui une décennie entre 1929 et 1939 à Paris s’y sont frottés aux musiciens de jazz américains, il y a eu des modes, des vogues, la musique guyanaise a surement joué puisque Stellio y a vécu plus de 20 ans de 1898 à 1919 . Je veux bien croire qu’en dehors de la Martinique on reste martiniquais mais il n’y a pas de pureté en musique comme en tout : on se transforme aussi on devient guyanais aussi .. d’ailleurs on dit musique martiniquaise en parlant d’ Alexandre Stellio , de son vrai nom Fructueux Alexandre, on devrait peut être mieux dire antillo-guyanaise.

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