In moonlight black boys look blue

« Au clair de lune les petits noirs ont l’air bleu » est le titre du scénario de Tarell Alvin Mc Craney qui a été adapté par le metteur en scène  Barry Jenkins pour en arriver finalement à Moonlight, un film qui vient de remporter l’oscar du meilleur film, l’oscar du meilleur scénario adapté et l’oscar du meilleur second rôle masculin pour    Mahershala  Ali, qui est en outre le premier musulman aux Etats-Unis à recevoir un oscar. Trump ne va sûrement pas aimer ! D’autant plus que les thèmes du film sont  la pauvreté, l’homosexualité, la drogue, l’Amérique noire ! Tourné dans les faubourgs de Liberty City (Miami) dont sont originaires les deux co-scénaristes du film, qui sans jamais se croiser ont fréquenté les mêmes écoles, et ont eu tous deux des mères porteuses du virus HIV , le film évoque sans misérabilisme, sans voyeurisme le parcours de l’enfance (sous le nom de Little) à l’adolescence, puis à l’âge adulte (sous le nom de Black) d’un jeune afro-américain, Chiron,  dans sa quête universelle d’identité. Chiron est peint à travers trois époques et donc trois acteurs (Alex R. Hibbert, Ashton Sanders, Trevante Rhodes). Jeunesse, pauvreté, homosexualité, masculinité noire et dépendance aux drogues aux Etats-Unis tel est le sujet du film.

Ce film qui semble novateur s’inscrit en fait dans un continuum représenté par des films tels  Belly de Hype Williams (1998), Medicine for Melancholy (2008 ) par le même Barry Jenkins, Pariah de Dee Rees (2011) et pourtant il est toujours en nuances, en touches, presque en pastel aux couleurs de Floride évoquant finalement  plus un poème, une oeuvre d’art,  un tableau comme ceux de Kerry James Marshall ou de Kehinde Wiley. On est toujours dans l’ambigüité, l’incertitude, le doute  sur l’appartenance sexuelle de Chiron mais on a cependant l’impression à la fin du film qu’il a fait la paix avec lui-même, avec sa mère et même avec Kevin.

Quelle que soit son identité sexuelle, quelle que soit sa couleur de peau, quelle que soit l’épaisseur de son compte en banque, quel que soit son âge, quelle que soit sa dépendance on peut entrer dans l’atmosphère intime de ce film qui est comme un voyage en immersion, une ode à la diversité.

Les acteurs sont tous noirs dans ce film : Naomie Harris dans le rôle de Paula, la mère de Chiron, dépendante de drogues, Mahershala Ali dans le rôle de Juan, le dealer mais aussi celui qui sera la figure paternelle pour Chiron, Janella Manae, la chanteuse, dans le rôle de Teresa, la petite amie de Juan, la figure maternelle, Jaden Piner, Jharrel Jerome et André Holland dans les rôles respectivement  de Kevin enfant, ado et adulte, l’ami de toujours-amant de  chiron.

Ce n’est pas la première fois qu’un film gay  fait autant de succès. avant lui Show Girls (1995) de Paul Verhoeven, Bound (1996) de Lana & Lilly Wachowski,  The Talented Mister Ripley (1999) d’Anthony Minghella, Tangerine (2015) de Sean Backer, the D Train (2015) de Jarrad Paul & Anthony Mogel  entre autres ont été en haut du box office. et il s’en fera sûrement beaucoup encore car on peut tout de même s’interroger sur Hollywood et son traitement  de l’altérité.

Mais il est louable que contrairement aux stéréotypes de noir sauvage de Birth of a Nation (1915) de DW Griffith ou celui de noir magique (Magical Negro) perpétué par des figures prototypiques comme Will Smith dans le rôle de Bagger Vance dans The Legend of Bagger Vance (2000), Sidney Poitier dans le rôle de  Noah Cullers dans The Defiant Ones (1958), Cuba Gooding Junior dans What Dreams May Come (1998), Whoopi Goldberg dans Ghost (1990), Michael Clarke Duncan dans le rôle de John Offay dans The Green Mile (1999), Morgan Freeman dans The Dolphin Tale (2011) ou Bruce Almighty (2003), bref dans de trop nombreux films comme encore la série Matrix (1999, 2003), Nurse Betty (2000), Bringing Down the house (2003) ou the Family Man (2000) le Noir qui nous est ici dépeint est un Noir fait comme tout un chacun de couches diverses, de nuances, de contradictions, ni pariah ni héros, ni saint ni criminel, sans gloire et sans pathos, un être humain, seulement un être,  simplement vrai.

La bande musicale du film est extraordinaire sous le commando du pianiste Nicolas Britell qui propose d’une part 18 morceaux de sa composition comme  une relecture de Wolfgang Amadeus  Mozart Vesperae Solennes de confessore in c major, k. 339  Laudate dominum Psalm 116, qui utilisent la technique du hip hop pour remixer à la mode de DJ Screw des années 80 à Houston, Texas la musique de chambre. Certains morceaux font appel uniquement au piano et au violon, d’autres à la contrebasse. La hauteur est augmentée ou la vitesse ralentie pour obtenir un son « chopped and screwed ». Nous avons aussi d’autre part   Every Nigger is a Star de Boris Gardiner, Standing in the Need of Prayer de The Supreme Jubilées, One Step Ahead d’Aretha Franklin, Play that Funk de Prez P, Tyrone d’Erikah Badu, Tumbling Down de Langston and French, Classic Man de Jidenna, Hello Stranger de Barbara Lewis, Cucurrucucu Paloma de Caetano Veloso, Mini  Skirt de The Performers,  Our Love de The Edge of Daybreak,  Cell Therapy de Goodie Mob

 

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