le continuum indépendantiste

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Dans l’arrière pays caribéen il y a un mot qui revient comme une antienne c’est le mot indépendance et ses corollaires selon le type de dépendance ou d’appartenance : autonomie, self-government, souveraineté, gouvernement responsable et autodétermination.

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La situation actuelle au niveau de la Caraïbe insulaire est la suivante :

12 états indépendants 18 pays non-indépendants
Etats souverains (4) : Aruba, Cuba, Haïti, République Dominicaine Dépendances américaines : les Iles Vierges américaines (St Thomas, St Croix, St John), Porto Rico
Départements d’outre-mer français : Guadeloupe, Martinique, Collectivités d’outre-mer français: St Barthélémy, St Martin
Commonwealth (8) : Antigua et Barbuda, Bahamas, Barbade, Dominique,
Grenade, Jamaïque, Ste Lucie, St Kitts et Nevis
Antilles néerlandaises : Bonaire, Curaçao, St Maarten, Saba, St Eustache
Colonies britanniques ou territoires britanniques dépendants : Anguilla, Caïmans, Iles Vierges Britanniques (Tortola, Virgin Gorda, Anegada, Jost Van Dyke), Montserrat, Turks et Caïcos, St Vincent, Trinidad et Tobago

 

Indépendance, un leitmotiv, un voeu pieux qui fait partie de l’adn, de l’inconscient collectif de la Guadeloupe. Il a été proféré en France en 1963 lié à l’AGEG (Association Générale des Etudiants de la Guadeloupe) crée à la fin des années 20 en France et rassemblant les expatriés. En 1963  encore scandé par le GONG (Groupe d’Organisation Nationale de la Guadeloupe), toujours en 1963 par le FAGA (Front des Antilles Guyane pour l’Autonomie), scandé encore par le FGA (Front Guadeloupéen pour l’Autonomie) en 1964,  UPG (Union des Paysans Pauvres de Guadeloupe) en 1972, acclamé par l’Union des Travailleurs   Agricoles en 1970 (Louis Théodore) devenu l’Union Générale des Travailleurs de Guadeloupe (en 1973). Martelé par UPLG (Union populaire pour La Libération de la Guadeloupe) en 1978. Puis vinrent en 1980 le GLA (Groupe de Libération Armée), le MPGI (Mouvement pour une Guadeloupe Indépendante) en 1981, en 1983 l’ARC (Alliance Révolutionnaire Caraïbe). Puis ce fut au tour du CNRG (Conseil National de la Résistance Guadeloupéenne), du CIPN (Comité International des Peuples Noirs) en 1992 (Luc Reinette),  en 1997 du KLNG Konvwa pou Libérasyon Nacional Gwaloup (Luc Reinette) , du PCG (Parti Communiste Guadeloupe), du FKNG, ( Fos pou Konstwui Nasyon Gwadloup) (Danik zandwonis), du LKP en 2009 (Liyannaj kont Pwofitasyon),  du FPAC (Forces Patriotiques Anticapitalistes et Anti colonialistes) 2011, regroupant CIPPA, Copagua, l’UPLG, le PCG et FKNG ! Pour en arriver au tout dernier-né l’OPG (Otorité Politik Gwaloup) en 2016. Et tous ces mouvements de barboter sur la mer des Caraïbes arborant leur fier  drapeau rouge-vert-jaune.

Devant tant d’entreprises nationalistes, indépendantistes et anticolonialistes je m’étonne que la Guadeloupe soit encore un DOM en 2017. Certes il y a des évolutions à Saint Martin et à Saint-Barthélémy qui suite au référendum de 2003 sont devenues des COM (collectivité d’outre mer) en 2007 mais qu’en est-il de la Guadeloupe proprement dite qui a choisi une évolution différente de la Martinique en conservant ses deux casquettes : assemblée régionale et départementale . Entre temps la Nouvelle-Calédonie (Kanaky) a amorcé depuis 1988 un processus (que j’espère irréversible) qui pourrait l’amener à l’indépendance (sous quelle forme ?!!) suite au referendum d’autodétermination qui devrait avoir lieu en 2018 (soit 30 ans après le début du processus).

J’ai moi-même été bercé par la propagande indépendantiste jusqu’en 1982. Cette année-là j’ai effectué un voyage aux Antilles et j’ai été frappé par le refus catégorique de toutes les personnes que je voyais et qui faisaient partie de mes références familiales d’entrer dans une aventure indépendantiste. On me parlait de retraite, de sécurité sociale, d’assurance chômage, de choses  terre à terre, mais aussi bien réelles. On me disait : « nous ne sommes pas riches en Guadeloupe mais nous sommes mieux que beaucoup d’îles des Caraïbes ». Et je me suis dit alors pourquoi lutter, comment lutter, comment forcer quelqu’un à boire d’une eau qu’il trouve sale. Comment pouvais-je me permettre moi qui vivais et travaillais alors en Europe de dire à mes compatriotes restés au pays ce qui était mieux pour eux en Guadeloupe.

Je trouve sain par contre qu’il y ait toujours bien vivant en Guadeloupe ce désir, ce rêve d’être indépendant, libre de décider un jour de sa destinée. Je ne sais pas ce qu’il adviendra de la Guadeloupe le jour où elle aura son propre drapeau, ses propres dirigeants, ses propres institutions, je suppose que cela viendra un jour de mon vivant et je remercie donc tous ces militants indépendantistes, anticolonialistes et nationalistes qui au fil de toutes ces années ont maintenu allumée la flamme. C’est probablement une utopie et je ne crois pas qu’un jour proche vienne où cette  région ultrapériphérique de l’union européenne s’autodétermine pour l’indépendance. L’attrait, l’aimant qu’exerce la France et l’Euro est trop forte, semble-t-il. Seule une déflagration en Europe et un bouleversement politique imprévisible pourraient modifier le statu quo qui permet à la France, puissance coloniale assumée en la circonstance, de défendre sa ZEE (zone économique exclusive) vitam aeternam !