64 nuances de noir

L’artiste qui se respecte sait que le noir a 64 nuances pour exprimer ce que bon lui semble. Pas seulement la peur, l’angoisse (idées noires, broyer du noir), l’inconnu, la mort (le deuil), la perte ou le vide (le néant) auxquelles on a associé par synecdote pendant des millénaires la couleur noire à la suite de Noë  qui maudit la descendance de l’un de ses petits-fils Canaan, fils de Cham, qu’il voue à l’esclavage de ses propres esclaves (Genèse, chapitre 9, versets 25-27) ; puis à la suite d’Abraham qui a déshérité Ishmael qu’il a engendré d’Agar au profit d’Isaac qu’il a engendré de Sarah. On sait depuis que, même si la couleur blanche est associée dans les sociétés judéo-chrétiennes à la pureté (le lait), le calme, la sérénité, la fraîcheur (la neige), l’innocence, la paix (la blanche colombe, le drapeau blanc) , la lumière, dans d’autres sociétés elle est aussi associée à la lèpre, la mort !

De nombreuses théories ont été proposées pour expliquer les couleurs et le champ chromatique par  Newton, Chevreul, Goethe, Hering et d’autres

Mais quelle que soit la théorie qui nous porte on peut s’accorder sur le fait qu’il y ait 64 nuances de noir, quelle que soit la compagnie  Old Holland, Winsor & Newton , Marin, Charvin, Williamsburg,  Blockx, Michael HardingPodolsk , Leroux , Kremer ou Lefranc & Bourgeois.

En effet même si comme le chante Johnny Halliday « noir c’est noir », imitant en cela Los Lobos qui fredonnaient avant lui « Black is black » , ne vous en déplaise, le noir a plus d’une nuance de noir dans son champ chromatique . Vous avez par exemple ici le choix entre du noir d’origine animale, organique, minérale. On est bien au-delà des 50 nuances de Grey,  voyez plutôt cette codification internationale:

(PBk1) noir aniline (anilin black),

(PBk6) noir antique, noir charbon, noir de carbone (carbon black), noir bleu, noir végétal, noir de velours, shungite (plancton fossile)

(PBk7) noir de fumée (furnace black), noir de Russie, noir de bougie, noir de lampe (lamp black) , noir de houille, noir de suie,

(PBk8)noir de vigne (vine black) , noir de pêche, noir de Prusse, noir charbon

(PBk9)noir d’ivoire (ivory black), noir d’os ((bone black), noir animal, charbon animal

PBk10) graphite (graphite black)

(PBk11) noir de mars (mars black), noir indien , noir de lune,  noir de cendres, noir magnétique

(PBk12) noir de spinnel (spinnel black)

(PBk14) noir de manganèse (manganese black)

PBk19) noir d’ardoise (slate black)

(PBk31) noir de pérylène (perylen black) ,

et encore tous ces noirs que je ne sais bien distinguer : noir de cobalt (cobalt black), noiraud, café (coffee), réglisse (licorice), noir de jais (jet black), noir d’encre (ink black), ! Quelle diversité ! Quel foisonnement ! et si l’on mélangeait toutes ces qualités de noir, quel joli métissage on aurait : j’imagine un mélange de noir de mars avec du noir d’ardoise ! j’imagine l’enchantement décuplé jusqu’à l’extase ! J’imagine après le bleu Klein, le noir Baltimore, un précipité de cire d’abeille et de cire de carnauba, mâtiné d’essence de térébenthine et d’huile de lin et pigmenté de noir de cendre de canne, une composition exacte jalousement gardée et maintenue secrète! Une nuance unique ! Inimitable ! Utilisable seulement après avoir été fécondé par le crachat du maître ! Chaque noir Baltimore serait comme une empreinte picturale unique ! Je plains les faussaires !