Ik speak patois toubonman sim señor

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Au Brésil un patuá  (prononcer patwa) est une amulette consistant en un petit morceau de tissu  de la couleur de l’orixa ( l’esprit, l’entité, la divinité du candomblé) correspondante sur lequel est brodé le nom de l’orixa liée à la personne . ce morceau de tissu est ensuite mis dans une préparation  déterminée d’herbes et autres substances attachées à cette orixa. La personne utilise le patuá spécifique de son orixa dans une poche à l’intérieur de ses vêtements, dans un portefeuille ou dans un sac. Le culte vaudou caribéen qu’il suive le rite rada, petwo ou kongo nomme le patuá gadko, c’est à dire garde-corps.

Moi je porte chevillé en moi un vaillant patois (prononcer patwa) qui est aussi mon patuá (prononcer patwa). Appelez-le dialecte, pidgin, acrolecte, basilecte, idiome, langue, peu importe, le fait est qu’il ne me quitte jamais d’un oeil ni d’une semelle! C’est mon patrimoine et ma matrice et si je dois seulement léguer une chose à ma quintuple progéniture j’aimerais que ce soit mathématiquement et philologiquement trois fois plus que Solibo Magnifique  dans le livre éponyme « Solibo Magnifique »  de Patrick Chamoiseau qui « utilisait les quatre facettes de notre diglossie: le basilecte et l’acrolecte créole, le basilecte et l’acrolecte français, vibrionnant enracinement ans un espace interlectal que je pensais être notre plus exacte réalité sociolinguistique ».

Si Solibo vibrionnait dans sa diglossie, que dire de moi et mon hexaglossie à douze facettes ? Les langues que je parle ou plutôt que j’enjambe au quotidien – kreyol, français, english, español, português, duits –  sont mes garde-corps,  mes garde-fous qui m’empêchent de tomber dans le vide interlectal. Je me vêts de ce patois syncrétique et vibrionnant comme le gadko protecteur du vaudou. Je me baigne nu dans le protègement des essences des serpents arc-en-ciel de mots odorants comme des pétales séchées de dahlia et des azalées parfumées de trois gouttes de musc, dans les herbes folles des sonorités chatoyantes, ma phonétique est épicée  de divinités lexicales aux couleurs métissées. Mes radiers  sont ces talismans que je porte épinglés aux razyé des alizés et des cyclones qui me charrient d’une langue à l’autre comme des langues de mer sur l’estran. Je happe ce que je peux, charmes, amulettes et quand il m’arrive de me souvenir d’un rêve je sais sans l’ombre d’un doute que je rêve en [patwa] !