Pierre qui roule n’amasse pas mousse

jeanmamama

Comme tous les adages  « Pierre qui roule n’amasse pas mousse » doit inciter à la réflexion. Que ce soit en anglais « A rolling stone gathers no moss », en portugais « pedras que rolam nao criam limo », en espagnol « piedra que rueda no crea monton ».

Je me repasse en boucle la morale de ce refrain depuis une éternité mais il faut bien se rendre à l’évidence : même si mon nombril est enterré bien au chaud à deux pieds sous terre entre les racines d’un cocotier ou un pied de corossol centenaire quelque part à Caféière, Saint-Claude, Guadeloupe, je suis une indécrottable pierre qui roule donc nulle mousse je n’amasse, nulle mousse j’ai amassée et nulle mousse vraisemblablement je n’amasserai. Les statistiques ne mentent pas : j’ai déménagé 75 fois dans ma vie, j’ai le caillou mobile. Je suis né à Saint-Claude mais avant l’âge de 10 ans j’avais déjà déménagé au moins 7 fois que je me souvienne  dans Saint-Claude même (Caféière et Bourg), dans Basse-Terre (St Phy et le cours Nolivos) et Deshaies (Ziotte) avant d’atterrir à Vernouillet en ex Seine-et-Oise (Yvelines).

A 21 ans j’habitais New York (Greenwich Village). A 30 ans Fosses dans le Val d’Oise.  A 40 ans Feira de Santana au Brésil. A 50 ans Nîmes dans le Gard. A 60 ans Salvador (Bahia) au Brésil. Où serai-je à 65 ans, au matin du 30 octobre 2017 ? A Saintes (Charente-Maritime) dans cette Nouvelle Aquitaine où j’ai déjà connu  l’année dernière Pessac (Gironde) et Bordeaux (Gironde) après avoir abandonné mon dernier domicile en région parisienne à Athis-Mons ? En mon for intérieur je cherche déjà sur la mappemonde ma 76ème destination depuis que j’ai atterri dans la 75ème. Il a été question tour à tour de Guadeloupe (Deshaies, Basse-Terre), de Guyane (Saint-Laurent-du-Maroni), de Brésil (Florianopolis, Santa Catarina, Rio de Janeiro), de Portugal (Braga, Porto, Lisbonne), de Swaziland, de Nouvelle Aquitaine (Biarritz, Royan, La Rochelle, Arcachon, Anglet, Bayonne, Saint-Jean-de-Luz, bref toute la façade maritime) et voilà que se dessine une nouvelle destination, une nouvelle opportunité, une nouvelle renaissance, un nouveau Wolfok: les Comores !  L’île de Mayotte et sa capitale Mamoudzou. Avec en ligne de mire pour la suite Maurice, Madasgacar, Mozambique, la Réunion !

Je ne sais pas si pierre qui roule n’amasse pas mousse !         J’aurais plutôt tendance à chanter comme Eros Ramazzotti dans son titre Al fin del mundo que « como piedra que cae yo sigo rodando » (comme une pierre qui tombe je continue de rouler) avec la certitude qu’un jour ou l’autre je toucherai terre et que comme on dit si joliment en portugais « eu vou aquietar o facho », « eu vou sossegar o facho », je vais poser et ranger enfin ma valise, mettre en veilleuse ma lampe-tempête et laisser mijoter à petits bouillons le feu de l’ailleurs qui me brûle. Je ne me fais pas d’illusion car ce n’est pas la pierre, ce n’est pas la roche mais le lance-pierres, le banza, le badogue, qui décide du chemin à parcourir pour atteindre le coeur de cible, la mangue fil ou zéphyrine qui se balance dans l’alizé ! Sauf que ce lance-pierres a besoin d’un oeil pour la visée, d’une main et de doigts pour la dextérité, de deux bras pour l’impulsion et la force, d’un cerveau pour  organiser tout cela. A la pierre il n’est donné que de bondir, toucher et retomber, inerte. C’est entre cet envol et cette chute que se trouvent toutes nos trajectoires où nous jouons tour à tour les rôles de pierre et de lance-pierres dans l’espoir d’atteindre le chant de notre colibri, notre sabiá intérieur !