comment je suis devenu mort au péché

 

J’ai été baptisé le 16 novembre 1952 en l’église  Saint-Augustin de Saint-Claude, acte 257 faisant foi ! Un dimanche puisque j’étais un fils légitime né dans les liens inaltérables du mariage si j’en crois ce que dit le site antanlontan .

Selon l’extrait de baptême que je me suis fait adresser début janvier par l’Evêché de Basse-Terre et qui a été signée par une personne canoniquement mandatée je suis enregistré comme Jean-Marc Arsène et mon père s’appelle Jacques au lieu de Ludovic.

Il s’en est pourtant fallu de peu que je ne naisse naturel puisque mes parents se sont mariés le 31 mai 1952 et que je suis né 5 mois après. Les enfants naturels, ceux issus de fricotage en dehors des liens du mariage,  étaient à cette époque-là eux baptisés le samedi.. D’ailleurs j’ai vérifié ma mère qui était fille naturelle, bien qu’elle ait été reconnue par son père à l’âge de 16 ans, a été baptisée un samedi, et mon père idem. Et pourtant ils habitaient comme on dit  « an gèl a légliz-la ». Ainsi donc les enfants coupables malgré eux du fait que leurs parents avaient goûté au fruit défendu  (je n’ai jamais compris quelle était la nature de ce fruit puisque là où j’habitais je n’ai jamais vu un pied de raisin. Dans mon Eden à moi il y avait kowosol, mango, koko, zabriko, kénèt, letchi, pomsirèt, pom malaka, bannann et il fallait un banza pour faire sa cueillette) n’avaient droit à l’esprit du bon dieu que le samedi alors qu’aux autres les portes de l’église étaient grandes ouvertes le dimanche.

Mon parrain Pierre, le demi-frère de ma mère du côté de son père, était mon parrain. Il avait 19 ans. ma marraine Justine était la demi-soeur de ma mère, du côté de sa mère, elle avait 15 ans. Celle qui m’a porté sur les fonts-baptismaux s’appelait Acia. C’était une demi-soeur de ma grand-mère du côté paternel, Anastasie qu’on appelait Acia. Ma Da avait 49 ans. Da est normalement utilisé en Martinique et Mabo ou Mabonne en Guadeloupe ! Mais dans ma famille Guadeloupe et Martinique étaient tellement imbriquées que moi c’est Da qu’on utilisait. Il faut dire que mon grand-père, le père de ma mère était martiniquais. Même s’il vivait depuis des lustres en Guadeloupe il conservait ses attaches martiniquaises  et avait des enfants martiniquais et d’autres guadeloupéens. J’ai toujours vécu tout petit dans ce maillage gwada-madinina ! bitin et bagay, ti moun, ich ou ti manmay, poyo et tinen. Je ne me souviens d’ Acia  que parce qu’elle apparaît sur une photo tenant un enfant dans ses bras et selon toute vraisemblance cet enfant c’est moi!  A cette époque là vivaient encore une autre grand-tante Valentine et peut-être Irma, je ne sais pas. et puis il y avait les grand-tantes du côté des Louiserre, le premier mari de ma grand-mère Jeanne. Tante Nini par exemple ! Je n’arrive pas à mettre des visages sur les noms, pas même des contours, mais je sais qu’à ce moment de mon existence  où j’allais être lavé, rincé, essoré du péché originel (enfin telle était la promesse de mon baptême) tous ces esprits-là étaient là rassemblés autour de moi, sur leur 31. Mais c’est Acia qui a été choisie probablement par mon père et si j’ai bien compris c’était une marque de grande considération. Il fallait selon la coutume que ce soit la grand-mère du côté paternel qui me porte, puisque j’étais le premier-né, mais comme cette dernière était décédée depuis 1933 une soeur de cette grand-mère a rempli ce rôle probablement pour représenter la branche des Baltimore. Une raison de plus pour qu’elle soit ma Da, elle était née le même jour que mon père, pas la même année, mais le même jour, le 1er mai. Mon père avait tout juste 29 ans, ma mère 21 ans. Ma Da a dû se mettre sur son trente-et-un pour me porter dans l’église. Elle arborait surement une jolie coiffe (une tête attachée) et un tablier blanc mais elle n’avait probablement pas de robe à corps comme le voulait l’usage car ce n’était pas son style de porter ce type de robe. . Elle a dû venir accompagnée de son mari Thionville avec qui elle s’était mariée 3 ans auparavant alors qu’ils avaient un fils ensemble depuis 1937  Richard, c’est le seul dont je me souviens.  Quant à mes parrain et marraine, on ne leur laissa pas le choix.  Ma mère a acheté ma robe de baptême, mes chaussons et mon bonnet et j’ai dû probablement recevoir comme cadeau une gourmette et une chaîne. Ce jour là j’ai dû porter une lange bien blanche, lavée dans la rivière, blanchie à l’eau cendrée et au soleil, rincée au bleu aniline, bien amidonnée, bien repassée au cawo et maintenue comme il se doit avec une épingle à nourrice, le tout pour ne pas gâcher la cérémonie ! car imaginez vous si au moment d’être aspergé d’eau je me mettais par réaction hypodermique à pisser sur ma Da. Enfer et damnation anplen légliz a mounla! J’ai dû être bien lavé, talqué, parfumé à l’eau de Cologne ! Mon nombril était déjà bien sec, je suppose, au bout de 16 jours, quand même ! Je me souviens d’une photo de moi, (by Catan, of course, comme toutes nos photos de cette époque, by Camille Adolphe Catan – 1899-1979 -, notre photographe attitré comme tous les habitants entre Basse-Terre et Saint-Claude. On venait même de Pointe-à-Pitre pour venir faire es photos ans son studio rue Léonard à Basse-Terre), bien potelé, bien blanc, tout juste sorti du nid, les fesses bien dodues à l’air avec cette gourmette au bras ! J’ai perdu cette photo aux Etats-Unis en 1974. Quant à ma mère  elle était bien présente. Pas son style de se reposer et d’attendre 40 jours le retour des couches. Mon baptême s’est tenu 16 jours après ma naissance, ce qui revient à dire que pendant quinze jours j’étais entre d’autres mains, lesquelles, je ne sais pas, mais  en tous cas en train de cuver le péché originel  (beaucoup d’autres frères et soeurs ont été baptisés bien avant ça, parfois même le lendemain, kkk, mais il faut quand même dire que j’étais son premier, et que j’ai dû lui donner un peu de fer à retordre, enfin pas tant que ça, puisqu’elle a recommencé la chose 10 fois ) .
Trois fois le prêtre, (qui était l’officiant d’ailleurs, un élève du petit séminaire du Père Magloire assurément ?) a versé de l’eau sur mon front en disant : « Jean-Marie, Je te baptise au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Ainsi soit-il» Et s’il avait dit Jean-Marc ! S’il m’avait débaptisé tout en me baptisant !?  Puis il a tracé sur mon front une croix avec de l’huile parfumée, le « saint chrême ».
J’ai ensuite reçu un vêtement blanc, qui signifiait que, comme le Christ, j’étais  propre, propre, propre, immaculé, vierge d’impuretés, immaculé, désormais sans péché ni véniel ni mortel. Enfin, on a donné aux parents, au parrain et à la marraine un cierge. Le prêtre leur a  rappelé que leur rôle était d’aider leur enfant ou filleul à découvrir Jésus, qui est la lumière qui guide les croyants. C’est ainsi que je partis sur la route de la foi. Après cette partie religieuse vint la partie profane. A 16 jours , pauvre de moi, je n’ai pu rien boire ni manger du baptême. Mais j’ai dû avoir droit à une tétée  spéciale avec les seins de ma mère rincés à l’eau bénite.

Le baptême a dû se terminer sur le coup de midi et le curé a dû être invité ! Tout le monde mourait de faim. On allait trinquer ! Ici un vermouth, ici un madère, ici un porto, ici encore un petit punch ! Mais je m’interroge : qui est restée à la maison, sa soeur Laurette, sa belle-soeur Germaine, qui  pour donner une dernière main aux préparatifs  pour la réception qui a dû suivre à la maison, je suppose chez mon grand-père ou chez eux à Caféière. Car je n’imagine pas mon baptême sans bombance !

 

je n’ai connu ni ma grand-mère ni mon grand-père du côté paternel. je dois même dire que peu d’occasions m’ont été données d’entendre parler d’eux. A tel point que j’en étais arrivé à croire sincèrement que mon père était orphelin. Pourtant il avait des demi-soeurs  et des demi-frères de toutes les couleurs de l’arc en ciel mais ça ne me faisait pas tiquer plus que ça. je me disais qu’il avait été adopté.

 

Quand j’ai commencé à lui faire parler, non sans mal, il avait déja 70 ans et c’est à ce moment là que j’ai su que j’avais vraiment eu une grand-mère qu’elle s’appelait Jeanne et qu’elle vendait des feuillages sur le marché de Saint-Claude. On l’appelait Fillotte. Elle est morte assez jeune , moins de 40 ans, d’une attaque cérébrale je suppose, un coup de colère sur le marché de saint claude, une altercation, je ne sais pas bien, car ces choses là ont eu du mal à sortir (lui-même à l’époque avait tout juste 10 ans. C’était le 30 août 1933. Après qu’il m’ait annoncé à 70 ans l’existence de sa mère et qu’il m’ait même montré une photo, la seule qu’il ait gardée toute sa vie dans son porte-feuille et qui a bizarrement disparu le jour de sa mort, il m’a fait un jour après beaucoup d’insistance de ma part. En fait non c’est ma mère qui a retiré le couvercle du pot aux roses. elle m’a dit en baissant la voix que ma grand-mère Jeanne était outre vendeuses de feuillages, gadédzafè. I té ka fè sosyé ! I té ka gadé zafè a moun !

J’ai su un peu plus tard par mon père un jour qu’il était de bonne humeur que sa mère était descendante de Zindyen Karaib. Pour preuve il me montrait ses cheveux coolie et son nez étrange ! et il riait ! « i té ni bel chivé nwè ki té ka tombé anba fès ay ! » Je ne sais pas si on peut avoir confiance en ce que dit un enfant qui a perdu sa mère à l’âge de 10 ans ! Comment démêler le vrai du faux ! J’ai remonté depuis 20 ans toutes les branches de mon arbre généalogique et toutes mènent à l’esclavage, quel que soit le fil que je tire il remonte à l’esclavage. Mais il faut dire que je me base sur les actes de naissance ou de reconnaissance !

Si j’en crois leurs dates de décès j’ai connu plusieurs soeurs de cette grand-mère  Fillotte mais je ne me souviens de personne ! J’ai aussi connu mon arrière-grand-mère du côté maternel, puisque j’avais quatre ans quand elle est décédée en 1956 mais je ne m’en souviens pas ! Mon premier souvenir de famille c’est la mort de mon petit frère Charles -Henry en juin 1958. j’avais 5 ans et demi. Je me souviens d’un mariage où j’étais page aussi avant mes huit ans. Peut-être le mariage de mon parrain, tonton Pierre

maman

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