mon héritage cinq pour cent makoumè

caribbeangaypride

Il y a un dicton antillais qui dit « makoumé é zanmi sé zafè a blan ». Je proteste, Votre Honneur, makoumè é zanmi sé bitin a tout moun, blan, nwè, jon, gri, kako, blé. Il y a, il y avait, il y aura  des esclaves makoumè, des négriers makoumé, des prètres makoumè, des témoins de Jéovah makoumè, des Hindous, des catholiques, des protestants, des adeptes du vaudou, de la santeria et du candomblé makoumè, des rosecruciens, des  adventistes makoumè. Dans le mot makoumè on met pèle-mêle tous types de singularité LGBT (lesbienne, gaie, bi et trans)

Dans ma généalogie ma branche martiniquaise a eu dans chaque génération au moins un makoumè, je veux dire par là un makoumè- répertorié, évident même si non-dit, clair comme de l’eau de roche. Les anbafèy  par définition sont  camouflés et refoulés, mais même en bas fèy en Guadeloupe tout finit par se savoir. Car peu sont des makoumè assumés comme le sainte-lucien Vincent Mc Doom. Et même s’il y a désormais une Caribbean Gay Pride , la première du nom, sous la houlette de Guy Ferdinand, aka Chef Hot Pants,  ayant eu lieu hier dimanche 11 juin au Carbet en Martinique les commentateurs, comme ici Christophe Arnerin  – dont il faut écouter la chute : « si j’osais un jeu de mots, une soirée qui restera dans les annales » – (anales ?!) sont toujours aussi grivois et condescendants en relation à la cause homosexuelle. Mais comme le disent certains interlocuteurs les choses évoluent. La loi Taubira sur le mariage pour tous du 17 mai  2013 est passée par là. La prochaine Caribbean Gay Pride aura lieu en Guadeloupe.

La chute de Christophe Arnerin est malheureuse et il s’en est excusé rapidement sur les réseaux sociaux. Qu’il lui en soit donné acte ! ce n’est qu’une innocente pointe d’humour mais je suis sûr que beaucoup d’Antillais ont bien ri en l’écoutant, tant cela fait partie de la geste antillaise, de notre arrière-pays machiste. Mais ceci n’est rien en comparaison à ce à quoi s’exposent sur les ondes les membres de la communauté LGBT, comme ici par exemple sur le titre franchement homophobe McDoom Dead, par Krys

Le premier makoumé ou makoum dont j’ai entendu parler dans la chronique familiale quand j’essayais de dresser l’arbre généalogique familial était un arrière-grand-oncle  originaire de Schoelcher qui s’est exilé aux Etats-Unis et qui est revenu sur la fin de sa vie en Martinique à Fort-de-France pour mourir tranquillement. Il s’appelait    Paul Adrien, il a vécu 88 ans. (1890-1978).   Je sais par mes recherches qu’il a transité par Le Havre vers 40 ans, les Etats Unis, la Barbade puis à nouveau les Etats-Unis (New York, le Bronx) pour rentrer au pays. Je ne sais pas grand-chose  de lui sinon qu’il s’était fait naturaliser américain dès 1933, qu’il a été tour à tour domestique et cuisinier. Comment ai-je entendu parler autant de lui, même si c’est finalement peu de choses par rapport aux autres dont je ne sais absolument rien ? Joseph Amélius, que ma mère appelait papa Amélius et qui est décédé en 1956,  frère de Paul Adrien, plus vieux de 11 ans, était mon arrière-grand-père né à Case-Pilote, Martinique.

Quand j’étais petit j’ai entendu parler de Paul Adrien chaque fois qu’on évoquait le cas de mon parrain, le frère de ma mère, Pierre, petit-fils d’Amélius, qui lui aussi était makoumé. On ne disait pas makoumé. On ne disait pas pédé. on ne disait pas inverti. Ma mère disait « épi mannyè jenfiy ay », ou « épi mannyè demwazel ay » sans se moquer, non il n’y avait ni moqueries ni  apitoiement, ni jugement, il était comme ça et puis c’est tout comme son grand-oncle avant lui. Et j’ai toujours pensé qu’être makoumè c’était donc génétique. Qu’il y avait une sorte de prédétermination phylogénétique à être makoumè ou pas. D’ailleurs mon père lui-même allait dans ce sens puisqu’il disait en parlant de l’un de ses fils qui lui aussi avait pris le chemin de Sodome, hérité des gènes de makoumè en quelque sorte: « antouka a pa koté mwen i tiré sa », comme si c’était une maladie génétique incurable.  Moi en tout cas si je n’ai pas hérité de mon père le gène makoumè qui selon lui vient de ma branche maternelle j’ai bel et bien hérité de lui le gène bien plus mortel de polykystose rénale type dominant (PKD)

Je disais donc, mon parrain était effectivement makoumé du type anbaféy, en tout cas ce n’était pas une folle ! Mais je crois me souvenir qu’il avait une double vie. Il maintenait les apparences socialement mais j’ai toujours su depuis tout petit qu’il avait une liaison avec un autre homme, un instituteur si ma mémoire est bonne. D’ailleurs cela m’a tellement frappé que toute ma vie je ne me suis jamais demandé quelle était sa profession. Pour moi mon parrain était aussi instituteur. La génétique est étrange car le frère de Pierre qui vécut 69 ans, mon tonton Arsène, qui lui vécut 80 ans, était lui grand géniteur et amateur de femmes puisque selon mes comptes il eut 6 femmes et 13 enfants. J’ai revu mon oncle Pierre, mon parrain, sur son lit d’hôpital à Basse-Terre ou Saint-Claude, en juillet 2001. Le même mois j’ai vu aussi pour la dernière fois dans sa maison à Vieux-Habitants mon oncle Arsène. Ils sont morts tous les deux à 10 jours d ‘intervalle entre le 25 juin 2002 et le 4 juillet 2002. Pierre était mort mais d’autres ont pris la relève:  j’ai su, ouï dire through the grapevine, comme disent les anglais, à travers les rameaux e christophine, si vous préférez, que par ci par là j’avais aussi un ou deux cousins makoumé,  un demi-oncle et même un filleul makoumè dont je suis donc le parrain (étrange coïncidence) et je me suis fait progressivement à l’idée que je pourrais avoir un fils makoumè aussi (eh oui ces fameux 5 pour cent).

L’idée à commencé à germer en moi quand mon dernier rejeton  m’a dès son plus jeune âge donné l’impression d’être un peu efféminé. J’en riais avec sa mère, qui elle dans la pure tradition brésilienne, refusait de voir. C’était son petit dernier, son chouchou, il lui traînait toujours dans les jupes. Mais je n’ai pas donné grande importance à l’affaire. Moi même quand j’étais tout petit j’étais assez maigre, contrairement à maintenant et j’aimais danser et je me souviens avoir été même dragué par des hommes de tous types et de toutes races entre 16 et 26 ans aussi bien en France, en Italie, en Hollande. Mais je n’ai jamais été attiré par les hommes et en conséquence je n’ai jamais goûté à ce loup-là. Mais je sais qu’il rode, là où souvent on l’attend pas. Quand je dis loup je ne veux pas dire qu’il y a de l’autre côté agneau, qu’il y a une victime et un prédateur. Dans toute relation il y a des rôles qu’on joue plus ou moins consciemment, et l’on peut être aussi bien la victime, que le prédateur, en fonction des moments. Bref, je ne suis pas un spécialiste mais si vous voulez en savoir plus sur l’homosexualité expliquée intelligemment allez ici.

Mais j’ai vu dans mon petit enfant des germes, des bribes, des étincelles,  de makoumé. Le temps a passé. Un jour la maîtresse de mon fils nous convoque à l’école, sa mère et moi,  et nous dit sans ambages : « Il faut endurcir votre fils, il est trop sensible, il pleure pour un rien ». Il devait avoir cinq ou six ans. Là je n’ai plus ri. Il fallait réagir. J’ai alors dit à sa mère : « je vais le prendre en charge. Il ne traînera plus dans tes jupes. Je vais m’occuper de lui et en faire un homme. » Et effectivement très rapidement il a arrêté de chialer pour un rien. « Tu veux pleurer, va dans ta chambre ». Je ne sais pas si c’était la bonne attitude, mais c’est celle qui m’a semblé adéquate à ce moment-là. En attendant j’étais désemparé. Je lui ai appris à réagir, à se battre, à ne pas accepter de prendre des coups. Mais avec le temps je me suis aperçu, en le regardant jouer au hand où je l’avais inscrit, qu’il avait des attitudes au minimum gauches pour ne pas dire extra-terrestres et qu’il n’était pas fait pour ce sport. Alors je me suis dit: mais quelle idée aussi ai-je eu de l’appeler Juan (pour Dom Juan de Molière dont le titre exact, le saviez-vous, est Dom Juan ou le Festin de pierre, sous-titre on ne peut plus sibyllin, qui met en exergue Dom Juan, ce personnage  de mécréant libertin, volage et cynique) et Orlando (du titre éponyme de Virginia Woolf). Tout cela parce que sa mère voulait l’appeler Jean-Lucas (que moi j’ai transformé en Juan Lucas) et que moi, dû à ma tradition de donner à chacun de mes enfants un prénom ayant comme initiale une voyelle j’ai voulu après Erica (d’après l’écrivaine américaine Erica Jong, auteur de Le Complexe d’Icare), Iara (Iara Jade du nom de la chanteuse brésilienne Sarajane et des Iaras, divinités aquatiques amérindiennes), Yann (Jean à la mode bretonne, du nom de l’un de mes camarades de classe au lycée Lakanal), Adam (du nom du premier homme, selon la Bible, mais aussi de Adão, prénom de l’un de mes élèves à Feira de Santana, au Brésil, qui s’asseyait toujours à côté d’Adélaide, qui devait devenir ma femme plus tard) lui offrir la lettre 0 qui aurait pu être Oscar mais qui fut Orlando, un conte fantastique que je lisais à l’époque de sa naissance. Pour la petite histoire Orlando est l’histoire d’un noble qui devient femme et à qui à l’âge de 30 ans il est donné de vivre 300 ans au cours desquels il vit à fond sa vie d’homme et de femme. J’aurais pu l’appeler Ulysse car je n’avais pas utilisé la lettre U, mais ce fut Orlando. Fatalité, pure coïncidence, je ne sais ! Je constate simplement !

Il y eut ensuite un événement étrange. De retour de vacances au Brésil sa mère me raconta que là-bas tout le monde avait remarqué dans la piscine que Juan-Lucas était très bien doté côté zizi. Pour son âge (5 ou 6 ans toujours) il avait selon sa famille brésilienne un sexe démesuré à faire pâlir d’envie la gente féminine.  Moi je n’avais rien vu ! Mais j’en tirais désormais une immense fierté ! Je disais tel père tel fils, pour rigoler. Avec un instrument pareil il pourrait jouer de la belle musique, pensais-je. Je l’ai toujours taquiné sur les filles mais je ne l’ai jamais vu avec une fille et il va avoir 18 ans le 29 juin ! Jusqu’à quand dure cette fameuse structuration psychologique qu’on évoque à droite et à gauche autour de l’adolescence ? Timidité peut-être, qui sait ! Il souhaite être ingénieur, partir à Paris en septembre, couper donc le cordon ombilical  avec sa mère. Chacun sa route chacun son destin ! Je pense ainsi : s’il l’est il l’est ! Je ne veux pas qu’il me mente, qu’il se mente. Qu’il mente au monde. Il y a des pays où assumer sa « makoumitude » est problématique et la Guadeloupe, le Brésil font partie de ces pays là. La France est bien plus accueillante. Il y a chez moi quelque chose d’étrange : comme si j’acceptais chez mon fils dans mon for intime ce que lui-même ne sait pas encore, ou n’accepte pas encore, et ce depuis sa plus tendre enfance. Je me trompe peut-être ! D’une certaine façon je l’autorise à être ce qu’il veut être et non ce que je voudrais qu’il soit. Je crois que cette autorisation est libératrice ! Ce sera toujours mon fils, mon petit dernier, quoi qu’il fasse ! A bien y réfléchir quel est le destin le plus beau : celui de Paul-Adrien, celui de Pierre, celui d’Arsène, celui de Claironisse, celui d’Orlando ou celui de Dom Juan ? Comment le savoir ?

Cela m’amène à m’interroger sur  mes autres enfants mâles ou femelles.  Qui sait ! Nul ne sait quels sont les penchants profonds de chacun. Il y a les apparences, et il y a le fond des choses. La vie que j’ai menée aux quatre coins du monde m’a amené à douter des apparences. Seul le temps dira. J’aimerais seulement avoir un héritier de l’un ou l’autre de mes 5 enfants et qu’il soit appelé Ulysse si c’est un garçon Ulyssa si c’est une fille. Ou alors Unique ! Ne rigolez pas : j’ai vu en faisant des recherches généalogiques que l’un de mes collatéraux s’appelait Unique ! Ou encore Ulrica comme dans le titre du conte de Jorge Luis Borges (1899-1986), De Ulrica, parue dans l’ouvrage El libro de Arena, conte qui était celui préféré de l’auteur de l’Aleph à tel point que l’épitaphe sibylline du livre extraite de la saga Völsunga a été gravée sur la stèle où repose à Genève, en Suisse, au cimetière des rois de Plainpalais,  l’argentin (qui évoque la relation impossible entre Siegfried et Brünhild où il y a la force du désir, mais d’un désir qui ne pourra pas être consommé) : « Hann tekr sverthit Gram ok/ leggr i methal theira bert »  ce qui revient à dire « il saisit l’épée et il la pose, nue, entre eux ». On trouve sur cette même stèle une autre expression sibyllline au-dessous d’une croix celtique : « …And ne Forhtedon na »  (on ne doit pas avoir peur).

Ce que je veux dire avec tout ça c’est que comme les grandes auteurs, ou artistes, ou politiciens ou chaque prénom a ses prédécesseurs et ses successeurs, et contient en lui une charge qui nous est conférée à notre naissance. Libre à nous d’assumer cette charge ou de la refuser, mais nous devons en être toujours conscient. Moi je suis Jean-Marie Arsène : mon prénom vient de saint Jean et de la Vierge Marie, il vient aussi de la mode de l’époque d’avoir des prénoms composés, il vient aussi de ma date de naissance le 30 octobre, il vient encore de mon oncle Arsène, mais aussi il m’évoque saint Jean-Marie Vianney, Jean-Marie Arouet dit Voltaire, Jean-Marie Cavada, le journaliste, Jean-Marie Le Pen, du Front National, Jean-Marie Gustave Le Clézio, prix Nobel de littérature, Arsène Lupin, le gentleman cambrioleur. Il y a dans le prénom Jean-Marie une tension entre le masculin Jean et le féminin Marie à tel point que souvent des gens veulent l’écrire Jean-Mary comme pour le masculiniser (Mary ressemble ainsi à Harry, d’ailleurs mon premier surnom quand j’étais petit fut Ari). Aux Etats-Unis Jean étant un prénom féminin on écrivait mon prénom Gene (diminutif d’Eugene) et au Brésil Juan-Maria, la traduction immédiate de Jean-Marie n’existe pas, on dit João Mario ou João Marinho, c’est à dire l’équivalent de Jean-Marius. C’est peut-être pour cela que beaucoup m’appelllent Jean, tout simplement ! ou Jeanjean ! ou Mali ! ou Biw ! c’est peut-être pour cela que je me suis fait appeler vers mes 16-17 ans Shobbie, puis plus tard aux Etats-Unis Morgan car je trouvais Morgan Baltimore (et je ne connaissais pas encore à l’époque Morgan Freeman !) plus fringant en anglais que [djin] ou [djinmeri] et plus tard encore Marquee ou Marquis, je ne sais plus (intéressant, cette noblesse de canne, car bien longtemps après  j’ai parcouru une généalogie antillaise où les enfants avaient pour surnom Comte, Duc, Marquis, Baron)!

 

 

Mais revenons à nos makoumè ! Il est bien dommage qu’il n’y ait pas un mot pour les makoumè femmes, les femmes qui aiment les femmes, logiquement on aurait pu dire monkompè pour les désigner mais non les lesbiennes antillaises sont de simples lesbiennes, je ne leur connais pas de noms spécifiques. Ou alors si on dit aussi « yo zanmi, bon zanmi ! » avec un petit sourire amusé au coin des lèvres. Ou alors on fait semblant de ne pas comprendre. on est dans le faire semblant, dans la feinte, dans l’apparence

Makoumé, vient du français ma commère, une commère et un compère sont les noms que se donnent entre eux le parrain et la marraine d’un enfant. Traiter un homme de ma commère s’est lui nier toute masculinité, c’est le féminiser à outrance, dans un petit pays où tout se sait (la Guadeloupe ce n’est guère qu' »un acte de foi », comme aurait dit Borges en parlant de la Colombie, la Guadeloupe ce n’est guère  que 24 petits villages liés par des parentés multiples). La religion catholique aussi ne facilite pas les choses. il suffit de prendre la Bible pour comprendre que fricoter un homme avec un homme ou une femme avec une femme c’est mériter châtiment pire que la mort. C’est tabou. Et pourtant les statistiques disent qu’il y aurait un peu partout dans le monde à travers tous les âges et toutes les cultures  environ 5 pour cent de la population qui serait LGBT (lesbienne, gaie, bi et trans). Il y aurait vraisemblablement plus de 10 pour cent d’homophobes à traiter les makoumè (en anglais faggot, en portugais veado, en espagnol maricon, en français pédé) de toutes sortes d’appellations contrôlées :  c’est badyman, c’est batty boy dans les îles de langue anglaise, en Haiti c’est masisi, on dit aussi dous ou kréma. Oui les homophobes ne se privent pas pour stigmatiser les makoumè (voir par exemple Admiral T dans Makomè les assimilant à des guimbos, qui ne sortent que la nuit  et disant que « si tchouyé makomè sété sex mwen té ké nenfo (si tuer les pédés était du sexe, je serais nympho) parlant de Vincent Mac Doom.

Mais si l’on en croit Frantz Fanon, le psychiatre, auteur de Peaux noires masques blancs il n’y a pas d’Oedipe aux Antilles, donc pas de makoumè. La littérature antillaise d’expression française, si l’on en croit l’analyse  de Jarrod Hayes dans l’article « Créolité’s queer mangrove » in Music, Writing and Cultural Unity in the Caribbean, Trenton, NJ, Africa World Press, 2005 , 307-332, a exclu de ses trois principaux paradigmes la figure du makoumé. Cette figure est tenue à l’écart dans la mangrove, exclue de la négritude d’Aimé Césaire, exclue de l’antillanité de Edouard Glissant, exclue encore de la créolité de Bernabé, Chamoiseau et Confiant, les martiniquais ! Alors que la figure de la matadó (la mal fanm, la fanm à grenn)  est célébrée le makoumé est mis aux oubliettes de l’arrière pays antillais sauf pendant le carnaval où tout est permis au moment des vidés, ou lors des mariages burlesques. En dehors de ces moments d’exception et de libération sexuelle qui meurent le mercredi des Cendres, il n’y a pas vraiment une acceptation du makoumè dans la société guadeloupéenne comme d’ailleurs dans la plupart des terres ultramarines françaises.

Les élus locaux se positionnent, certains pour, certains contre malgré la loi qui interdit les propos homophobes. Serge Letchimy par exemple, président du Conseil Régional de Martinique, dans sa  préface du rapport 2007 de l’association Tjenbé Rèd Prévention dit :  « Défendre le droit des personnes à vivre dignement leur sexualité dans le respect des préférences de chacun, sans avoir à subir sarcasmes, agressions ou exils, sans avoir à se cacher ou à se renier, n’implique pas de faire l’apologie de l’homosexualité mais simplement d’avoir le courage de s’opposer aux clichés et aux stigmates qui réduisent des individus, comme ailleurs les personnes de couleur ou de religion différentes de celles de la majorité, à quelques stéréotypes grossiers et caricaturaux. »

Des écrivains se réveillent comme Jean-Claude Janvier-Modeste, auteur de « Un fils différent » (L’Harmattan), qui raconte cette trajectoire.

Il suffit pour s’en rendre compte d’écouter une chanson traditionnelle comme « Edamise oh » (Edamise oh  ela, si ni dé mè ni an makoumè »

ou une chanson que j’écoutais tout petit de Gérard La Viny « Dé makoumè lévé an pijama » dans les années 50, ou encore plus récemment le zouk de Jean-Philippe Marthély où l’on entend ces paroles  : « pani on bon moun yenki makoumè ki la »

Ecoutez plutôt Asa featuring Suppa et leur titre  Macomè

Ecoutez encore Puissance 8 et leur titre  « Macoumè »

Regardez Viktor Makoumê joué par José Egouy en 1985

Ou encore Taxi Color  qui nous gratifie d’une relecture de Ziggy, on m’appelle Ziggy gratifié de « sé on makoumè » scandé ad libitum

Il y a aussi la chanson de Max Ransay dit Tonton Max « Sen pyé téni dé makoumè »

ou encore dans le genre dance hall  Makoumé de Lïon P et l’Empereur dont les paroles sont très explicites

Regardez la pièce de Jean-Pierre Sturm dont le titre est « Ma commère Alfred »

J’ai moi-même mes propres limites et malgré toutes mes bonnes intentions, malgré tout mon vécu toujours au long cours de voyageur qui avance en avançant, qui apprend en apprenant, je ne dis pas que je regarde comme si de rien n’était deux hommes ou deux femmes s’embrasser, se caresser. Ce n’est pas ma tasse de thé. Je ne suis pas voyeur ! Je n’y vois pas matière à péché, mais simplement cela me gêne. Comme cela me gênerait de voir quelqu’un se piquer, se faire un shoot devant moi. Comme cela me gênerait de voir quelqu’un se masturber devant moi. Quand je parle de gêne, je parle d’inconfort ! On est inconfortable avec ce que l’on ne connaît pas bien ! Je serais aussi inconfortable sur une plage naturiste. Cela ne fait pas partie de mon éducation. Je conçois fort aisément qu’on soit naturiste et d’ailleurs je trouve très beau ces familles du nord de l’Europe surtout qui ont cette attitude décomplexée avec leur corps. Je ne suis pas pudique outre mesure mais quand même. Dans mon arrière-pays antillais on a une certaine pudeur mais je me souviens tout à coup que quand j’étais petit, entre 7 et 8 ans et demi,  j’avais avec mon frère cadet Toto l’habitude de me mettre sur la balcon du galetas que nous occupions sur le Cours Nolivos et de mater les poitrines des femmes. Et de là-haut, de ce merveilleux point de vue qui donnait sur la mer des Caraïbes on passait des heures à nous régaler, on en harcelait certaines avec des « tété pik », quand leur poitrine pointait à la parallèle de l’horizon et de « tété pok » quand leur poitrine tombait. Un jour une de ces femmes « harcelées » par nos grivoiseries précoces est montée dans l’escalier et a dévoilé notre pot aux roses à ma mère. Je ne sais pas si c’était une « tété pik » ou une « tété pok » (quoi que je pencherais plus pour la thèse qu’elle ait été une « tété pok ») mais nous avons pris une belle volée. Ainsi avons-nous été castrés à la racine de nos jeunes émois enfantins !

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