Omeros, la traduction française prendra davantage de temps qu’il n’en aura fallu à Ulysse pour regagner Ithaque plus celui qu’aura mis Enée pour faire le parcours Troie-Rome plus celui qu’auront mis Hélène et Ménélas pour retrouver Sparte

Pauvre Prix Nobel ! Pauvre Derek Walcott ! Pauvre Dodo ! Pauvre Sainte-Lucie ! Pauvres Caraïbes ! Tristes tropiques, disait déjà Lévi-Strauss il y a une éternité ! 27 ans après sa parution toujours pas de traduction en français de Omeros de Derek Walcott ! Comment l’expliquer ? Problèmes de droits d’auteur !? Nul ne sait ! Pire encore ! Pas même une ébauche, une infime gazouillis  de traduction en kreyol ! Cela ne vous fait ni chaud ni froid, j’en conviens ! Mais moi j’enrage ! Pourtant je peux lire en anglais dans le texte, je peux lire le kreyol dans le texte ! je comprends la faune, la flore, et je sais même la différence entre bwa dendbwa floté et bwa bandé. Fondamental, Docteur Walcott !

Mais je ne me laisserai pas abattre ! A coeur vaillant rien d’impossible ! In   God we Troust !  Voilà ce que nous mettrons à flotter sur nos cerfs-volants dans l’alizé comme oriflammes !  Voici à cet effet une traduction à la hache (comme le précise bien le traducteur Pierre Vinclair, pour faire local je dirais traduction à la machette) d’Omeros (1990), le chef d’oeuvre du prix Nobel de littérature 1992 Derek Walcott, Dodo pour les intimes, notre voisin, le saint-lucien, né jumeau, (1930-2017) dont je vous ai parlé déjà par ailleurs. Servons-nous de cette ébauche comme d’une planche de plongeon olympique dans l’hexamètre ïambique! Késako ! Disons l’alexandrin, si vous préférez ! Figures libres, figures imposées, c’est vous qui voyez, prose, vers, terza rima, rondeau, zouk, ïambic hexameter, six pieds par ligne, alexandrins, c’est vous qui savez !

N’ayez pas peur ! And ne Forhtedon na ! comme dirait Borges sur sa stèle helvétique ! On ne doit pas avoir peur ! La traduction en est certes ardue car il s’agit d’un poème au long cours dans le style de la terza rima utilisé par Dante pour composer La Divine Comédie. Il y a en outre de nombreux termes de créole saint-lucien, de faune, de flore caribéenne, de paysage, d’architecture navale , de références historiques sur la traite transatlantique, d’allusions poétiques (Dylan Thomas, T.S. Eliot, Wladimir Majakowski, Robert Lowell, Joseph Brodsky, Robert Frost, Les Murray, Ted Hughes). Le lecteur doit aussi savoir identifier les passerelles qui tendent l’ intelligence syncrétique  de Walcott et qui lui permettent de faire la jointure avec VS Naipaul, Patrick Chamoiseau, Césaire . On peut certes si l’on est intrépide, polyglotte  et voyageur visiter quelques références comme le Caribbean Dictionary ou le Wiki Omeros    ou encore Schmoop. Mais la Mare Nostrum caribéenne où se complaît Walcott est peuplée d’écueils, d’abysses insondables, de tourbillons impétueux, de récifs coralliens et de falaises abruptes qui narguent et déroutent le traducteur qui s’il n’y prend garde  finira inéluctablement par sombrer corps et biens dans un triangle des Bermudes !

L’ouvrage est paru il y a de cela plus de 27 ans en anglais et toujours pas de traduction française en vue à l’horizon comme on peut le constater en analysant la page sur Walcott sur le site Index Translationum de l’Unesco ! Pourtant, que je sache,  dans la mesure où il y a eu des traductions :

-en catalan (1993) par Estellès Ferran !

-en hollandais (1993) par Jan Eijkelboom !

-en espagnol (1994) par José Luis Rivas !

-en allemand (1995) par Kurt Bitschnau-Burga, aka Konrad Klotz !

-en italien (2003) par Andrea Molesini !

-en danois (2008) par Jon Høyer !

en serbo-croate   par Marija Bergam

il ne devrait donc pas y avoir trop de problèmes à traduire  en français Omeros d’autant plus que même le créole saint-lucien qui est présent dans le texte source est de base française..

Certes cela a toujours pris du temps de traduire Walcott. Voyez plutôt :

Collected Poems : Ti Jean and his Brothers (v.o. 1958 , v.f. 1997, Ti Jean et ses Frères : Trinidad, , Little Carib theater 1958, par Paol Keineg, soit  39 ans, énorme)

Dream on  Monkey Mountain (v.o. 1967, v.f. 2000, Rêve sur la montagne au singe, par Claire Malroux, soit 33 ans)

What the twilight says  (v.o. 1970, v.f. 2004, Café Martinique, par Béatrice Dunner, soit 34 ans)

Another Life (v.o. 1973, v.f. 2002, Une autre vie, par Claire Malroux, soit 29 ans)

Sea Grapes (v.o. 1976, v.f. 1999, Raisins de Mer, par Claire Malroux, soit 23 ans)

The star-apple king (v.o. 1979, v.f. 1992, Le Royaume du fruit-étoile, par Claire Malroux, soit 13 ans)

The Fortunate Traveller (v.o. 1981, v.f. 1993, Heureux le Voyageur, par Claire Malroux, soit 12 ans)

The Arkansas Testament (v.o. 1987, v.f. 2005, La lumière du Monde, par Thierry Gillyboeuf, soit 18 ans)

Tiepolo’s Hound (v.o. 2000, v.f. 2004, Le chien de Tiepolo, par Marie-Claude Peugeot, soit 4 ans)

Morning, Paramin (v.o. 2016, v.f. 2016, Paramin, poèmes d’après des tableaux de  Peter Doig, par Pierre Vinclair , soit traduit dans la même année, record de vitesse toutes catégories).

Mais peut-on raisonnablement se résigner à ne pas traduire Omeros en français ou en créole quand cela a été réalisé en allemand, en italien, en espagnol, en catalan, en danois et en hollandais depuis presque une éternité pour certains !? Afin de vous mettre l’eau à la bouche j’ai rassemblé ces tentatives de traduction de Pierre Vinclair  – que je remercie ici pour ces premiers jets – qui n’a traité que quelques chapitres du livre 1 depuis 2010 alors que l’ouvrage compte 7 livres pour un total de 64 chapitres. Chaud les pistaches chaud ! Il a proposé sur son site ses traductions  chapitre par chapitre. Moi je me suis permis de  regrouper  tout en une seule page. C’est un travail monumental que la traduction de cette épopée et je conçois que l’effort à produire en rebute plus d’un mais on a bien déchiffré les pétroglyphes sur les pierres gravées. Je ne comprends pas cette lenteur à rendre cette saga caribéenne en français ou en créole si cela a été possible – je ne le répéterai jamais assez -en allemand, en italien, en catalan, en espagnol, en danois, en hollandais et que sais-je encore. Moi en temps que caribéen cela me révolte ! L’idéal serait de créer un  pool de traducteurs bénévoles sinon aguerris du moins extrêmement motivés et disponibles et pas mus à priori par l’appât du gain immédiat. J’aimerais que ce pool de traduction rassemble des créolophones de toutes origines afin que nous puissions tenter un rendu caribéen quoi que francophone et créolophone d’Omeros. Si vous êtes intéressé à faire un bout de chemin dans cette odyssée (vous devez, certes dominer l’anglais, le créole et le français) je vous propose de me contacter soit ici même soit via mon email jeanmariebaltimore@gmail.com pour une traduction soit en créole soit en français soit les deux d’Omeros !

Un dernière chose avant que vous ne vous lanciez dans cette « épique des dépossédés » selon le titre du bouquin de  Robert D. Hamner : prenons uniquement le premier vers des plus de 8000 vers d’Omeros :  “This is how, one sunrise, we cut down them canoes » traduit par Vinclair à la hache par «C’est ainsi, au lever du soleil, que nous en fîmes des canots» et par Wallart par « Voilà comment au lever du soleil on coupa ceux-là canoës » . N’oubliez pas à la lecture de ce premier vers stratégique, cet incipit qui est comme un promontoire pour se plonger dans l’épique que c’est un vieux pêcheur éclopé saint-lucien qui parle. Moi je l’imagine en pantalon de coton léger, des sandales en cuir, une chemise à manches courtes, avec peut être une tache de sueur aux aisselles. Je ne le vois surtout pas en veston cravate. Je le vois avec un parfum, une haleine de rhum.. Avec peut-être un chapeau de marin bien élimé ! Peut-être une montre énorme au bras, cadeau de l’un de ces touristes qui le mitraillent. Son anglais dans le texte de Walcott n’est pas l’anglais d’Oxford ni celui de Boston, c’est un anglais de vieux pêcheur saint-lucien accommodé à la sauce formaliste Walcott, je pense que dans une traduction en français cette singularité linguistique doit apparaître en français de la même façon qu’elle apparaît à un lecteur anglophone. Donc j’écarterais d’entrée l’usage du passé simple comme dans « nous fimes » chez Vinclair  ou « on coupa » chez Kerry-Jane Wallart (d’ailleurs dans le texte source (TS désormais) il n’y a pas « we made » mais « we make » et je mettrais « Comme ça » au lieu de « ainsi ». je proposerais moi aussi non pas à la hacvhe mais à la machette : « C’est comme ça (v’la comment), un soleil levant, ( depuis soleil levé), on taille (nous ka tailler) ces canots-là ». Je constate par ailleurs en lisant Kerry-Jane Wallart qui propose dans sa traduction pour ce premier vers du mot canoes le français canoës. Pour moi un « kanno » aux Antilles ce n’est pas un canoë. Quand j’entends le mot canoë je pense plus aux Amérindiens. J’ai moi même étant petit aidé à ramener des canots et tirer des  sennes  sur la plage à Deshaies et j’ai côtoyé de très près les pêcheurs  de Deshaies. Certes Castries ou Gros Ilet ne sont pas Deshaies ! Un peu plus tard je me pose la question si on devrait maintenir « fougères » pour « ferns ». Je verrais plus razié (halliers). Juste des pensées préliminaires, des états d’âme. Philoctète est un pêcheur doué d’éloquence mais qui a aussi une syntaxe vacillante, mais même si cette syntaxe vacille elle obéit à des règles qui font qu’elle est compréhensible par un saint-lucien. Il s’agit donc aussi de traduire des cultures, des univers mentaux, des arrière-pays et je m’étonne qu’aucun traducteur  caribbéen à cheval sur ces cultures n’ait jusqu’à présent eu l’audace de s’affronter au texte source. Je ne considère pas par exemple comme Kerry Jane Wallart que Polyctète parle dans un « patois caribéen particulièrement agrammatical » . Me semble-t-il, tout partois suit certaines logiques internes. il s’agit pour le traducteur de tenter de comprendre ces logiques. En l’occurrence « ceux canots » est selon moi très malvenu, c »est une bonne tentative mais elle sonne creux (en tout cas pour moi caribéen, même si, je le répète et je ne le répèterai jamais assez, je ne suis pas saint-lucien, je n’ai aucune autorité pour affirmer ce que j’affirme, je livre tout au plus un ressenti de guadeloupéen ayant vécu aux Etats-Unis et au Brésil, et je ne jette l’éponge sur personne. Pour moi « ceux-là canoës », c’est non, non et non ou alors Polyctète est vraiment grec et il essaie d’imiter un pêcheur saint-lucien ! Je préfère « ces canots-là » (à la limite « ceux canots-là », qui serait une transcription phonétique hasardeuse, mais soit ! Au diable l’avarice !

Pareillement il me semble déraisonnable en tout cas de placer dans sa bouche des verbes au passé simple. La question est de savoir comment traiter les « simple past » quand il s’agit d’un discours direct. Bref, vous savez, « la critique est facile, l’art est difficile ». Let’s enjoy Pierre Vinclair’s « à la hache »  translation :

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Livre 1 Chapitre 1.1

« C’est ainsi, au lever du soleil, que nous en fîmes des canots. »
Philoctète sourit pour les touristes – qui essaient de prendre
son âme avec leurs appareils. « Quand le vent apporte la nouvelle

aux laurier-cannelles, leurs feuilles se mettent à remuer
au moment même où la lame du soleil vient frapper les cèdres –
parce qu’ils peuvent voir les haches dans nos yeux.

Vent lève les fougères – comme le bruit de la mer qui nous nourrit,
nous autres, pêcheurs à vie – et les fougères hochent la tête : « Oui,
les arbres doivent mourir. » Alors, les poings serrés dans le veston,

parce qu’il fait froid dans ces hauteurs et que notre souffle fait une buée
pareille à du brouillard, nous faisons passer le rhum. Lorsqu’il revient
c’est pour distiller, en nous, l’esprit des assassins.

Je lève ma hache et prie que mes mains soient assez fortes
pour blesser le premier cèdre. La rosée a rempli mes yeux –
mais je brûle un autre rhum blanc. Puis nous avançons. »

Pour quelques pièces de plus, sous un badamier,
il leur montre la cicatrice qu’il doit à une ancre rouillée,
enroulant sa jambe de pantalon et poussant un gémissement

de conque. Cela a plissé, comme la corolle
d’un oursin. Il n’explique pas sa guérison.
« J’ai d’autres choses » – il sourit – « qui valent plus d’un dollar. »

Il a confié à une cascade volubile le soin
de déverser son secret le long de La Sorcière – depuis
les grandes landes de lauriers, au sol desquels l’appel des colombes

le transmet, sur leur note, aux montagnes bleues, tacites,
dont les ruisseaux bavards, en l’emmenant jusqu’à la mer,
se transforment en mares, stagnantes, où chassent les clairs vairons

et où une aigrette sort des roseaux avec un cri rouillé
à force de frapper et frapper la boue d’une patte levée.
Puis, le silence est coupé en deux par une libellule

alors que les anguilles écrivent leur nom sur la plage claire,
lorsque le lever du soleil illumine la mémoire de la rivière
et que les vagues d’énormes fougères hochent au son de la mer.

Même si la fumée oublie la terre d’où pourtant elle s’élève,
et même si les orties comblent les trous où moururent les lauriers,
un iguane entend les haches, troublant la lentille de chaque appareil

de son nom perdu – lorsque l’île bosselée était encore appelée
« Iounalao » : « Où l’on trouve des iguanes. »
Mais, prenant son temps, l’iguane va mettre un an

à grimper le gréement des vignes, son fanon éventé,
ses coudes poings sur les hanches, sa queue déterminée
bougeant avec toute l’île. La gousse fendue de ses yeux

affinée au cours d’une pause qui aura duré des siècles,
montée avec la fumée des Aruacs, jusqu’à ce qu’une nouvelle race,
inconnue des lézards, ne viennent pour mesurer les arbres.

Ceux-ci, qui avaient été leurs piliers, tombèrent, ne laissant qu’un ciel bleu
à un Dieu unique, là même où se trouvaient jusqu’alors les dieux anciens.
Le premier dieu était un gommier. Le générateur

commença par un gémissement, et un requin, de sa mâchoire latérale,
fit voler les copeaux, comme des maquereaux hors de l’eau,
dans les herbes agitées. Maintenant ils arrêtent la scie,

encore brûlante et tremblotante, pour examiner la blessure
qu’elle a faite. Ils ôtent la mousse gangréneuse et arrachent
de la blessure le réseau de vignes qui continuent de la relier

à sa terre – et hochent la tête. Le fouet du générateur
redémarra et les copeaux volèrent plus vite, comme
les crocs du requin, uniformément, rongeaient. Ils protégèrent leurs yeux

du nid d’éclats. Maintenant, au-dessus des champs
de bananes, l’île a perdu ses cornes. Le soleil
suinta sur ses vallées, le sang éclaboussa les cèdres,

et la lande fut inondée de cette lumière de sacrifice.
Un gommier s’est fendu, laissant derrière lui une immense
bâche dont le faîtage serait parti. Le craquement

fit sursauter les pêcheurs, à mesure que le mât
se penchait doucement dans les trous de fougères. Puis, le sol
frissonna, sous les pieds, traversé d’ondes – puis les ondes passèrent.

Livre 1 chapitre 1.2

Achille jeta un oeil dans la brêche laissée par le laurier.
Il vit le trou, silencieusement, cicatriser grâce à l’écume
d’un nuage, comme d’un brisant. Puis il vit le martinet

qui traversait l’embrun, une petite chose, loin de chez elle,
perturbée par les vagues de collines bleues. Une vigne lui accrocha
le talon. Il s’en libéra. Autour de lui, d’autres vaisseaux

s’informaient du travail des scies. Avec le coutelas, il fit
un rapide signe de croix, le pouce touchant les lèvres
quand la pointe fit tinter les haches. Il ramena la lame

pour tailler, noeud après noeud, les gros bras du dieu mort,
arrachant du tronc les veines brisées, comme s’il priait :
“Arbre ! Tu peux être un canoë  ! Ou bien – tu ne peux pas !”

Les ancêtres barbus supportèrent la décimation
de leur tribu, sans prononcer même une syllabe
de ce langage, qu’ils avaient achevé en nation,

le discours instruisant les jeunes pousses : depuis l’énorme babil
du cèdre jusqu’aux voyelles vertes du bois-campêche.
Le bois-flot tint sa langue avec le laurier-cannelle,

le bois de sang peau-rouge endura, dans sa chair, les épines,
tandis que le patois Aruac crépitait dans l’odeur
d’un feu de résineux rendant les feuilles brunes

avec des langues vrillées, puis de la cendre – et leur langage fut perdu.
Comme les barbares arpentant les colonnes qu’ils venaient d’abattre,
les pêcheurs hurlèrent. Les dieux étaient à terre, enfin.

Comme des pygmées, ils taillèrent les troncs de ces géants ridés
en rames et en pagaies. Ils travaillaient avec la même
concentration qu’une armée de fourmis de feu.

Mais contrariés par la fumée qui souillait le nom de leur forêt,
les moustiques ne cessaient de souffler leurs flèches sur le torse d’Achille.
Celui-ci badigeonna de rhum ses deux avant-bras ; au moins,

ceux qu’il écraserait en astérisques mourraient ivres.
Ils allèrent vers ses yeux. Ils les encerclèrent d’attaques
qui lui firent verser des larmes d’aveugle. Puis la nuée battit en retraite

vers les hauts bambous, pareil aux archers des Aruacs
fuyant le mousquet des bûches craquantes, poussés
par l’étendard de feu et la hache sans remord

qui tailladait les branches. Les hommes nouèrent les gros troncs d’abord
avec le nouveau chanvre et les transportèrent, comme des fourmis, vers une falaise
d’où ils les jetèrent, trouant les hautes orties. Et la soif de ces grumes grossit,

pour la mer avec laquelle étaient nés leurs corps enlierrés.
Maintenant les troncs, impatients de devenir des canoës,
labouraient les buissons des brisants, dont les rochers leur faisaient

des trous grossiers, ne sentant pas la mort à l’intérieur, seulement l’utilité –
toiturer la mer, être coques. Puis, sur la plage, les charbons
furent placés dans des foyers taillés à l’herminette.

C’est un camion à plateau qui avait transporté leurs corps encordés.
Les charbons de bois fumant évidèrent des jours durant les pirogues
jusqu’à ce que la fournaise élargît assez, dans le bois, son vaigrage nervuré.

Sous son ciseau martelant, Achille sentit leurs crevasses
aspirant à caresser la mer, et à précipiter dans la brume
d’îlots imprimés sur les flots par les oiseaux, le bec de leurs proues dédoublées.

Ensuite, tout s’accorda. Les pirogues s’accroupirent sur le sable,
comme des chiens de chasse avec des bâtons entre les dents. Le prêtre
les saupoudra d’un son de cloche, puis les consacra, d’un signe esquissant

l’oiseau. Lorsqu’il sourit du canoë d’Achille, In God we Troust,
Achille dit : “Laisse ! C’est comme ça que Dieu prononce, et moi aussi.”
Après la messe à l’aube les canoës pénétrèrent dans les creux

des surfaces surplissées , et leurs proues, hochetant,
convinrent avec les vagues d’oublier leurs vies d’arbres ;
l’une servirait Hector et l’autre, Achille.

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3 réflexions sur “Omeros, la traduction française prendra davantage de temps qu’il n’en aura fallu à Ulysse pour regagner Ithaque plus celui qu’aura mis Enée pour faire le parcours Troie-Rome plus celui qu’auront mis Hélène et Ménélas pour retrouver Sparte

    • Vous pouvez lire, mais en vous disant bien que ce texte n’est qu’une première mouture, traduite à la machette. si vous comprenez l’anglais jetez un coup d’oeil sur le texte en anglais et vous verrez qu’il y a encore tout un travail de rime et de rythmique à effectuer

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