« Il n’y a pas de filiation : l’enfant n’est pas le père de l’homme »

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Cette affirmation a été proférée par Edouard Glissant, philosophe et écrivain , poète martiniquais (1928-2011), père comme moi de 5 enfants. Je rappelle pour la forme qu’il est le concepteur de l’idée d’ identité relation, identité rhizomique qui s’oppose à identité racine. Voir mon article sur la chose.

Cette affirmation a été proférée dans le cadre d’une conférence tenue à la Maison de l’Amérique Latine  en octobre 2009, soit deux ans avant la mort de Glissant. On se pose souvent beaucoup de questions en relation à la parentalité et plus particulièrement à la paternité. Il y a les pères aimants, les pères  fusionnels, les pères spirituels, les beaux-pères, les laids-pères, des pères absents, des pères invisibles, des pères copains, des pères mères, des pères frères, des pères putatifs, des pères légitimes, des pères fouettards, des pères reconnaissants, des pères naturels, des pères de substitution bref il y a une infinie variété de pères sur la planète terre et pareillement  y a une infinie diversité d’enfants sur ce vaste océan de la vie. Il y a les enfants du premier lit du deuxième lit, du troisième lit, parfois même du quatrième lit et même jusqu’au vingtième lit pour les plus costauds … il y a les enfants orphelins de père ! il y a les enfants pupilles de la Nation ! Les enfants e pleine lune, les enfants de premier décan et ceux de deuxième décan, sans oublier ceux de nouvelle lune.

Tiens on ne dit jamais un père orphelin d’enfant.  On ne dit jamais demi-père alors qu’on dit demi frère ou demi-soeur. On ne dit jamais un père pupille de la Nation ! Aux pères on ne demande que d’être formateurs ! Les pères ont la vocation de guider, de montrer des voies, d’autoriser des chemins, des passions, des sensibilités, de faire entre apercevoir des passerelles pour faire face seul au danger nécessaire qu’est le monde, d’étayer, de soutenir à des moments clés de l’existence  ! Lourde responsabilité que celle de former en ayant l’air de rien de futurs passeurs !

Mais l’homme est un animal et dans la nature il y a toutes sortes de pères et toutes sortes de mères. Discutez avec un crabe de terre et demandez lui comment il a élevé sa progéniture il vous regardera les yeux effarés et commencera à danser un mérengué en guingois. Paternité. Demandez-lui qui est sa femme ! Demandez-lui qui sont ces enfants (il en  a  au moins 100 000). Je dis ceci pour relativiser un peu le rôle du père dans les sociétés occidentales de tradition judéo-chrétienne. N’est pas mammifère qui veut… mais qui peut ! On parle beaucoup de droit de l’enfant, de droit de la parenté, moi ce qui m’importe c’est la relation

Pour comprendre les pères il faudrait comprendre qu’il y a des pères crabes, des pères sauterelles, des pères raccoon, des pères kouliwou, des pères abeilles, toutes sortes de pères, et tous font à leur façon ce qu’ils pensent être meilleur pour eux et leur progéniture. il y a par exemple  ceux qui donnent leur nom et ceux qui ne le transmettent pas, avec pour chacun les meilleures justifications du monde !!! Ainsi sont faites les généalogies : on est d’abord le fils de quelqu’un et ce n’est qu’ensuite qu’on voit sa descendance. c’est le point de vue de Glissant ! L’enfant est un passeur, comme un sarment de christophine ou de patate douce  il prolonge la semence par laquelle il a été généré. Il la prolonge à sa façon parfois maladroitement parfois difficilement mais vient toujours le moment de l’épiphanie, et la réalisation éblouissante  que l’enfant (soi-même) est devenu homme ou femme et qu’il fait partie d’un ensemble bien plus largement signifiant que la simple relation père-fils ou père-fille. C’est la relation monde

Je suis le produit de cette culture du Tout-Monde, culture dans laquelle j’ai tenté et je tente encore à ma façon de faire proliférer mes rhizomes. Je n’ai jamais été cette racine plantée quelque part condamnée à sécher un beau jour  sur pied à l’endroit même où elle a été plantée ou parachutée. Je ne suis pas un pied de kénèt, je ne suis pas un pied de monben, je ne suis pas un pied de ponm malaka, malgré toute la beauté des fleurs de ponm malaka quand elles se couchent mollement sur le gazon vert, je ne suis pas un pied de kowosol ! je ne suis pas un pied mango ! un pyé koko non plus ! je suis du jenjanm, je parfume, j’irrigue, je pique, je suis le centre aphrodisiaque et j’en suis la périphérie, je suis le père et je suis l’enfant, je suis le petit-fils et je suis l’arrière grand-père. Si tous mes enfants étaient jenjanm comme moi quel bel cocktail cela ferait avec des kénèt, des ponm malak, du kowosol, du mango, du koko, le tout lié par la grâce des tentacules, des tubercules de jenjanm qui iraient se ramifier et capter les saveurs enivrantes sous les racines de tous ces succulents fruits tropicaux!

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Si j’en crois la psychologie junguienne il y a aussi des pères Peter Pan. En l’occurrence moi ! donc Peter Jenjanm Pan ! J’ai sous mes yeux un bouquin en anglais de James Hollis, intitulé Under Saturn’s Shadow . The wounding and Healing of Men (1994) que j’ai fait venir des Etats-Unis il y a bien de cela quatre ou cinq ans alors que j’habitais encore au Brésil et que je n’ai toujours pas lu entièrement. J’en lis une de temps en temps et il y en a 143. C’est un peu mon livre de chevet ! Partout où je vais en train ou en avion il me suit comme une bible ! Je l’ouvre au petit bonheur la chance et comme pour d’autres les versets de la bible moi je prends un paragraphe, un seul et je me laisse aller à la contemplation et à la réflexion junguienne! La traduction du titre est à peu près Sous l’ombre de Saturne. La blessure et la cicatrisation des hommes. Les hommes  selon ce livre naissent sous l’ombre lourde des idéologies, certaines conscientes, d’autres héritées de leur famille ou de leur groupe ethnique, d’autres encore en relation avec la fabrication de l’histoire d’un pays et de son sol mythique. cette ombre est un poids qui opprime l’âme. Les hommes  sont sous l’influence de Saturne, le dieu romain qui a dévoré ses enfants pour les empêcher d’usurper son pouvoir. Pour ne savoir plus sur le rôle u père vu à partir du point de vue non pas de l’enfant comme on en a souvent l’habitude mais  du père ( ici encore en psychologie junguienne) lire  une présentation de l’ouvrage de Luigi Zoja, Le père, Le geste d’Hector envers son fils. Histoire culturelle et Psychologique de la Paternité

 

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