Epître de saint Jean apôtre aux porteurs de chivé grenné

Mes frères et soeurs, mes petits enfants, mes ouailles bien-aimées ! To braid en anglais veut dire natter. Je lis que c’est à la mode maintenant après avoir connu des hauts et des bas ! Moi, tout saint Jean apôtre que je suis, pourtant je me faisais natter par ma mère quand j’étais tout petit. Ca s’appelait des papillotes c’était pas aussi chic que les braids. cela n’avait rien d’artistique. on vous passait une pommade d’huile de carapate, de la glycérine végétale, un peu d’huile de coco, dans les cheveux ensuite on vous divisait la tête en quadrilatères quelconques ou rectangles, que sais-je, enfin c’était très appliqué et on attachait les mèches par des bandelettes de papier toilette ou d ‘essuie tout ou de papier brouillard. Le papier brouillard, vous le connaissez, sauf que que vous ne savez pas qu’il s’appelle brouillard, c’est un papier gris ou beige, couleur feuille-morte qui pouvait autrefois servir de papier buvard pour sécher les écritures fraîches. On s’en servait autrefois chez les droguistes, épiciers et apothicaires pour filtrer leurs drogues  et liqueurs, selon les bons dictionnaires. Mais les bons dictionnaires, ni Littré, ni Larousse, ni Grand dictionnaire Méthodique ni Robert, ni de l’Académie française ne mentionnent l’usage de ce papier pour faire des papillotes ! eh bien figurez vous que les cornets à frites sont faits de papier brouillard, le papier dont on emballe le poisson est fait de papier brouillard, et les cornets à pistache d’antan étaient faits en papier brouya. Néanmoins en l’absence de papier brouya pour faire les papillotes on pouvait utiliser du papier toilette. Sauf que comment puis-je vous expliquer le papier toilette de mon enfance en Guadeloupe ? Quand je pense à lui je pense à papier kraft, mais est-ce possible qu’on m’ait martyrisé au papier kraft non seulement mes humbles organes ouverts sur l’extérieur mais aussi mes cheveux !? Ma vie sur terre fut donc un calvaire te je ne le savais pas ! Mes frères et soeurs, jamais je n’ai utilisé le papier aluminium pour mon cheveu pour détendre mon follicule pileux. J’ai été je vous le dis peigné au papier brouillard.

Je dois dire que j’étais des plus rétifs quand venait le moment fatidique tant redouté, le moment de passer sous les fourches de ce brouillard aux allures de kraft, de papier toilette et de feuille-morte. Ma mère, qui était pourtant chrétienne et pieuse,  devait sûrement me tenir coincé entre ses jambes car sinon je me serais glissé  comme une orphie visqueuse vers un triangle des Bermudes où ne régneraient que des sirènes chauves ! Je me suis toujours demandé pourquoi même les Madonnes  maltraitent autant ceux qui ont les cheveux grainés ! Pourquoi veut-on détendre et  lisser ce qui est naturellement crépu ? Le Seigneur qui sait ce qu’il fait puisqu’ils sont trois à réfléchir la-dessus nous a dotés de cette belle fibre capillaire ! Sachons nous montrer dignes de ce signe de haute distinction ! Nous sommes les élus ! C’est les cheveux grainés que nous rentrerons au royaume des Cieux !  Moi si cela n’avait tenu qu’à moi j’aurais autrefois laissé mes cheveux recroquevillés à vie dans leur gangue soyeuse sans les coiffer. Ils ne demandaient rien à personne, vivant chichement d’eau fraîche et d’air sain, or les Pharisiens luttaient pour les assouplir, pour leur donner de la gamme, de l’élégance, du souffle, de la discipline !

Pour me coiffer pas besoin de barbier, au pied du volcan de la Soufrière, en terre de Galilée, pas besoin de fer ni de sèche-cheveux  pour faire entrer dans le moule mon coco sec car tout le monde à l’époque en terre de Judée savait faire des papillotes. Les propriétaires de chevelure souple, ceux de la race bénie des bonchivé avaient droit aux bigoudis mais pour les cheveux rebelles et indociles, pour le crin chevalin et ovin comme le mien, pour les mèches laineuses malélivées en forme de grains de poivre il n’y avait qu’un remède et ce n’était pas le zouk. C’était débroussaillage, sarclage, épandage, bêchage, enfumage, après mise en jachère, au moins une fois par semaine. Et quand on avait finalement enlevé les papillotes histoire de déraidir son mal de tête, alors on avait l’impression d’être un oiseau, les cheveux avaient pris une nouvelle dimension : on aurait dit qu’ils venaient de se convertir à une nouvelle religion. Eux qui restaient toujours tranquillement en place sur ma tête prenaient des poses de danseur de haute taille, et à l’appel d’un commandeur invisible faisaient la génuflexion,  se mettaient debout, s’asseyaient et me réclamaient toujours plus de gospel. Leur gospel c’était l’huile carapate (castor oil) dont ma mère avait de larges provisions de burettes qu’elle nous dispensait au compte-gouttes quotidiennement sur le cuir chevelu comme si c’eût été la manne. Le dimanche jour de messe je jouais mon rôle d’enfant de choeur devant l’Eternel  et on ne pouvait imaginer se présenter devant le Seigneur et les myriades de saints, devant la sainte Vierge Marie, toute pure et immaculée, avec un cheveu à la diable ! Il fallait que le cheveu fût saint ! Alors je regardais dans l’église l’auréole des saints et me mettais à penser quelles têtes ils auraient s’ils avaient comme ce simple serviteur de la Parole de Dieu, les cheveux grainés, hérétiques, mal-aimés par le commun des mortels.

Bien-aimés, n’exagérons rien, c’est vrai qu’on se sentait aimé quand on avait ses beaux chivé qui luisaient au plus haut du Ricinus comunis, de la glycérine végétale, du Pento ou du Pétrole Hahn. Il suffisait qu’il y ait en plus de cela  une petite raie discrète sur le côté pour qu’on soit assimilé illico à un Harry Belafonte ou à un Sidney Potier ! Le chivé qui me faisait tout à la fois horreur et envie c’était celui de Sammy Davis Junior ! J’admirais ses cheveux comme on admire  la géhenne du Séducteur, de l’Antéchrist qui nie le Père et le Fils! Le cheveu sublimé qui touchait à la splendeur de la voie lactée et en même temps le cheveu abîmé par le fer et la soude et qui retombait une fois mouillé par la sueur ou la pluie comme une queue de comète saoule dans les profondeurs de Belzébuth City ! Gominé, ondulé, c’était la mode zazou que mon père pratiquait. il dormait lui avec un bas noir  sur la tête et n’ayant pas ma qualité de cheveu il devait préserver la sienne qui était chivé kouli ! un chivé zindyen qu’il me disait provenir de sa mère qui était négresse karayib ! Il se réveillait le matin, un coup de peigne fin à petites dents (contrairement au peigne de corne à grandes dents de caïman que nécessitait ma couenne) et les cheveux ondulaient dans la brise.

Plus tard ils décidèrent que comme j’étais rétif au peigne dès que ça pousserait trop on irait chez le coiffeur et on me ferait la boule à zéro. Cela éliminerait à jamais les Six cent soixante six chemins de traverse qui me parcouraient la tête, ces chemins d’araignées et e musaraignes qui zigzaguaient sur ma couenne. Je trouvais l’idée excellente ! enfin adieu séances de papillotes, j’allais pouvoir jouer à mes mab tranquillement ou racher quelques queues de zandolis.  Oui mes frères et soeurs, mes ouailles, je le confesse, je fus dérébénale et je laissais désormais les séances de papillotes pour mes soeurs qui elles, pour une raison que je ne comprends pas, refusaient avec la rage du désespoir de se faire faire une coupe à zéro terminale. Pourtant elles devaient souffrir dix fois plus que moi car bien que grainés leurs cheveux étaient trois ou quatre fois plus longs que les miens ! Ce n’étaient que pleurs, grimaces et geignements et les seules mèches que je voyais c’étaient les mèches de rhume qu’elles ravalaient ! il faut souffrir pour être belle ma fille ! Mwen menm ! Je laisse ma place au paradis du beau, laissez-moi tranquille dans l’enfer où se morfondent les couennes à cheveux laids ! Ne me parlez même pas de purgatoire !

ah les gens sont mauvais, mes frères, mes soeurs, mes ouailles avec certains cheveux dits atypiques  appelés abusivement de mauvais ! non j’ai – tu as, il ou elle on a nous avons vous avez ils ou elles ont – le cheveu au contraire très typique de certaines régions du globe. Non monsieur, non madame mon cuir chevelu est beau, je dirais même plus il est bel !

Seul un bel cheveu permet de retrouver un objet perdu intact inaltéré après un séjour e une semaine. Je peux y ranger par inadvertance un grain de riz ou deux graines de pois rouges, trois  clous de girofle t personne n’y verra que du feu ! eh oui ça sert d’avoir les chivés rêches ! Pratique quand on a oublié de faire les courses, on a toujours un plat potentiel dans la tête à sa disposition.

Et puis quel autre chivé vous protège presque aussi bien qu’un parapluie et vous pare les rayons de soleil ? Alors que d’autres courent comme des poules écervelées s’abriter sous le premier poulailler ce cheveu de bélier soit disant rebelle montre toute sa souplesse et bêle sa joie au firmament.

Mon chivé est un vrai taxi de brousse par ailleurs ! Africanité oblige ! il permet de transporter sans problème, pointe Bic, crayon HB, peigne dans un seul voyage. Economique, non !

Et puis quand je veux le modeler de temps en temps pour un moment spécial pas besoin d’aller chez le coiffeur et dépenser des fortunes folles, une fois par mois. Mon cheveu est indémodable ! Qu’il pleuve qu’il vente qu’il neige, il sait s’adapter à toutes les météos ! Et quand parfois je fais une chute sur la tête il me sert de coussin ! vous voyez bien, comment pourrais je dire du mal d’un cheveu aussi formidable. et je ne vous parle même pas de sa sensualité. Quand les jeunes filles autrefois, avant que je ne me consacre à la Parole du Seigneur, passaient pour la première fois leur main dans mes cheveux, c’était une expérience inoubliablement jouissive pour elles. Je faisais semblant de ne rien voir, je feignais l’indifférence mais je voyais bien à  leurs yeux révulsés de plaisir que dans mes cheveux moutonneux elles retrouvaient Patmos dans  la mer Egée de l’Iliade et de l’Odyssée car dans l’égarement sensuel que leur procurait ma toison d’or elles murmuraient de suaves « Jason, Jason » en me mordillant le bout de l’oreille. « eh mademoiselle, je ne suis pas celui que vous croyez ! Mon cheveu est vierge madame, incorruptible, fidèle comme un chien à son maître, fidèle comme un clou à son morceau de croix. S’il vous plaît, ne le dévergondez pas par vos propos indécents ! Gardez vos Jasons lubriques pour d’autres, je vous prie, espèce d’hérétique ! »

J’ai parcouru les quatre mers et partout j’étais vilipendé : nappy, cabelo ruim, cabelo duro, grain de poivre, j’ai tout supporté car je savais que mon sébum kinky ou fuzzy était doux aux mains des Anges ! et ces cheveux-là je les ai portés avec orgueil en afro, puis en coupe iroquoise, puis en coupe militaire jusqu’à ce que l’âge venant  je leur ai laissé faire ce qu’ils avaient envie de faire. Je les laissais libres de choisir. Parfois ils se réveillaient le matin et imploraient un coup de peigne, parfois ils me disaient « laisse-nous tranquille un peu, tu veux, va plutôt prendre un bain et retirer ces odeurs suspectes de  pourriture que tu as sous les bras » et je leur obéissais ! Un autre jour ils réclamaient la tonsure immédiate mais jamais définitive, jamais programmée ! Car quand vous savez écouter vos cheveux , ils vous parlent et le dialogue est comme un acte de foi, un dialogue avec Dieu, a covenant with God, en mémoire de l’alliance faite à dieu par Abraham sur le mont Sinai !.

En vérité, en vérité, je vous le dis,  il n’y a pas de mové chivé il n’y a que des chivé malémé ! Le cheveu orphelin d’amour pleure, se rebelle, quoi de plus normal. Mais aimez votre cheveu, dites-lui « je t’aime » comme s’il s’agissait de votre premier amour de jeunesse avec qui vous suciez une glace à l’eau et que vous n’osiez pas embrasser, faites-lui des caresses timides, chastes au possible, ne le brusquez pas, il vous rendra heureux car vous le rendez heureux ! Ne brusquez pas la personne ! N’appelez pas la créature bourik ni animal car aucun cheveu digne de ce nom ne hennit ! Ne dites pas à votre chivé « je te veux », ni « je te désire », montrez-lui seulement que vous l’aimez, que vous l’acceptez comme il est ! Sinon les cheveux savent être rosses, quand il le faut, attention ! Ils répondent illico : apa oswèa !

Prendre soin, bien-aimés, ce n’est pas maltraiter ! Tous les cheveux que j’ai côtoyé dans mon apostolat dans le beau pays de Kératine m’ont confié un secret que je vais vous révéler comme le secret de l’Apocalypse: Le théorème de Thalès du chivé : un cheveu de perdu est perdu à jamais, ce n’est pas comme pour certaines autres choses, un de perdu dix de retrouvés ! Cheveu perdu ne se récupère jamais ! Deux ou trois conséquences : il y a des choses à proscrire : le fer chaud à défriser, les crèmes à défriser, dites assouplissantes, les extensions surtout quand elles deviennent permanentes; il y a des choses à valoriser : l’eau et le savon type Prince Noir,  les French braids à la française, les dutch braids à la hollandaise, les cornrow breads en rangées de maïs ou en grappes coco, les twist breads,  les tree breads,  les fishtail breads pour ceux qui supportent et qui ont la patience, les cheveux coupés toujours au maximum à hauteur de peigne, la coupe Yul Brinner ou Kojak !

eh bien, mes frères et soeurs, bien-aimés, les voies du Seigneur sont impénétrables et sa miséricorde est infinie ! Ne voilà t-il pas que par les chemins tortueux la parole de Dieu s’accomplit en la lointaine Chicago américaine, terre d’Elliott Ness, Al Capone et Barack Obama !  Shani Crowe peut redonner à votre fibre capillaire l’ auréole méritée de la sainteté et pour cela qu’elle en soit bénie, qu’elle puisse vous préserver de toute chute et vous faire paraître devant sa gloire irréprochables et dans l’allégresse, à Dieu seul notre Sauveur, par Jésus-Christ, notre Seigneur, soient  gloire, majesté, force et puissance, dès avant tous les temps, et maintenant et dans tous les siècles grainés et incorruptibles ! Amen !

Je n’en reviens pas ce que tout le monde savait faire quand j’étais petit maintenat on doit faire appel pour le faire à une spécialiste formée en arts plastques à l’universiuté e chicago Illinois. C’est une artiste soit ! je m’incline ! Cette coiffeuse artiste est née en 1989 à Chicago et a donc 28 ans à l’heure qu’il est !

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