le médecin soigne, la nature guérit

Ma grand-mère du côté paternel que je n’ai jamais connue, puisqu’elle est morte presque 20 ans avant que moi je ne daigne mettre le nez dehors dans ce vaste univers, ma grand-mère qui s’appelait Jeanne mais qui était plus connue sous le nom de Fillotte et qui si l’on en croit mon père était négresse karayib aux longs cheveux qui lui caressaient le derrière, ma grand-mère était marchande de simples, machann zèb comme on disait alors, herboriste, quoi. A l’époque de sa naissance herboriste, apothicaire, sorcier, gadédzafè, guérisseur, marabout, devin tout ça c’était le même domaine. Il s’agissait de soulager par tous les moyens en leur possession les maux qui affectaient ses contemporains! Tous les maux : maux de tête, maux d’amour, maux de vie ! Notre pharmacopée traditionnelle de Guadeloupe à base de plantes médicinales, feuillages, graines, racines, aromatiques, alimentaires, cosmétiques et tinctorielles sous forme de poudre ou onguents ou de liqueurs étaient alors plus prisées que   le docteur qui n’allait pas faire des kilomètres à cheval jusqu’en haut du morne pour s’occuper de votre sciatique. C’est pour cette raison que tout un chacun avait dans son jardin créole sa petite boîte de pharmacie naturelle : il y avait les racines comme l’igname, les arbres comme le fruit à pain, le bananier, d’autres petites choses comme le piment, le persil, le bois d’inde le gros thym, mais surtout le basilic, l’aloës, la citronnelle, le diapana et la verveine, sans oublier le semen-contra et autres rimèd razyé que chaque antillais qui se respecte sait où trouver quand le besoin se fait ressentir. Moi par exemple j’ai une tendresse plus particulière pour le sandragon, le semen contra  et le chiendent. Allez savoir pourquoi ! Les gènes, peut-être ! Enfin chacun faisait ses petites plantations en fonction des affections les plus courantes de la vie. Et si on n’avait pas dans son jardin ce qu’il fallait il y avait une grande probabilité que l’un ou l’autre des voisins possède la plante voulue dans sa pharmacopée domestique. Quand l’affaire était plus grave il fallait faire appel à ma grand-mère qui vendait ses feuillages sur le marché. Il y avait les herbes à l’état brut, certes, mais surtout c’était les mélanges, les préparations secrètes que l’on recherchait. Seules les machann zèb, les gadédzafé savaient panacher, transformer, concasser, raffiner leurs drogues essentielles comme il faut pour traiter les blessures ! Ils disaient alors comme le dit encore depuis 1815 Herboristerie du Père Blaize à Marseille (devenue herboristerie pharmacie depuis 2013) ou l’Herboristerie du Valmont since MMVIII   :  » le médecin soigne, la nature guérit » . On devenait herboriste de père en fille ou de mère en fils, peu importe, on devenait herboriste par transmission depuis le tout jeune âge ! On grandissait parmi les plantes, les racines, les feuilles, les graines et on assimilait leurs vertus, leurs drames. On invoquait Dieu, les esprits, les saints, les diables, toute la panoplie cosmogonique.

La France autorise actuellement la vente de 148 plantes médicinales en vente libre et 365 plantes médicinales proprement dites sous le monopole strict de pharmaciens, vétérinaires ou médecins. Quid des plantes de la pharmacopée traditionnelle européenne, quid de la pharmacopée traditionnelle chinoise, quid de la pharmacopée traditionnelle des Outre-Mer, quid de la pharmacopée traditionnelle ayurvédique ? Ouf, ils ne sont pas passés sous monopole !

Hors la médecine pas de salut pour soigner par les plantes. Pourtant on peut dans d’autres pays exercer le métier d’herboriste avec une formation en phytothérapie, en naturopathie, aromathérapie. en Belgique par exemple il y a un diplôme d’herboriste IFAPME (diplôme reconnu par la Communauté Française de Belgique et qui se déroule sur 2 ans à raison d’un total de 526 heures). Ou alors on peut partir au Canada. il est par contre encore permis d’être producteur-cueilleur !

La voie royale pour devenir herboriste en France c’est donc médecine, pharmacie ou école vétérinaire. Les derniers herboristes diplômés et qui ne sont ni médecin ni pharmacien ni vétérinaire l’ont été avant 1941. ils doivent avoir s’ils sont vivants plus e 77 ans de pratique et doivent donc frôler la centaine d’années.

Si vous voyez donc un magasin avec le nom herboristerie sans qu’il y ait à sa tête un responsable qui soit diplômé universitaire et les formations qui débouchent depuis 2013 sur un diplôme d’université d’herboriste ne sont ouvertes qu’aux professions règlementées citées plus haut.

Que faire alors ? Emigrer ? Partir vivre ne montagne ou ne brousse  et exploiter un petit lopin de terre bio pour que laboratoires et médecins, vétérinaires et pharmaciens puissent se sucrer en toute impunité avec la bénédiction du gouvernement  (étonnant que le gouvernement qui est si libéral avec ces entités-là ne leur donne pas encore le privilège de distribuer en exclusivité le tabac, plante médicinale s’il en est).

Mais au fait quelles sont les plantes médicinales faisant partie de la liste A utilisées traditionnellement en vente libre ? les 148 !

Quelles sont les plantes médicinales faisant partie de la LISTE B DES PLANTES MÉDICINALES UTILISEES TRADITIONNELLEMENT EN L’ETAT OU SOUS FORME DE PREPARATION DONT LES EFFETS INDÉSIRABLES POTENTIELS SONT SUPÉRIEURS AU
BÉNÉFICE THÉRAPEUTIQUE ATTENDU sous monopole des castes ? 365 !

un peu déconcertant tout ça , je trouve. On peut bien sûr se procurer sa dose de produits comme la Banuline, le Bioven, Huile de Galba, Rumago, Ti Trézo et Virapic élaborés à partir de la pharmacopée locale par exemple à Phytobokaz  ou encore HITECA et son Herbier Créole en Guadeloupe. Le mieux si j’ai bien compris c’est de cultiver sa petite parcelle de terre comme le faisaient nos ancêtres et le font encore bons nombres e caribéens à travers leur jardin créole. Non seulement votre plante médicinale sera bio, mais encore vous serez partie prenante, acteur-actrice de notre terre !

 

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