souvenirs de congés bonifiés comme le café

Heureux les fonctionnaires de l’Ultramarinade car ils auront droit aux congés bonifiés ! La Guadeloupe est-elle le centre de mes intérêts matériels et moraux ? Se poser la question c’est déjà y répondre. Moi je réponds à l’administration: oui. Pas folle la guêpe ! Donnez mwen mon congé bonifié tout de suite et que ça saute ! Ne chipotez pas sur mes droits. J’ai quitté la Guadeloupe il y a plus de 50 ans ? Et alors ? Est-ce ma faute si le Bumidom m’a déraciné ?Arrêtez avec vos calculs d’apothicaire vicieux et misérable et donnez-mwen mes affaires ou je vous traîne devant la Cour d’Etat, espèce de bureaucrate ! Apajé ! Tout ça pour un ti congé extra de 65 jours payé avec un ti bonus de 35  pour cent et plus et sept passages avion aller-retour en classe touriste! C’est un droit acquis et je me battrai jusqu’aux bout des ongles pour le maintenir pour tous ceux qui n’ont pas pu en jusqu’à présent en bénéficier !

L’utopie est belle ! Mais au fond de moi, dans le fondok du trou béant de mon subconscient je sais bien depuis nanninanan, depuis que j’ai lu Glissant  que la Guadeloupe est l’une des racines de mon identité rhizomique, que j’appelle identité wolfokienne. Elle n’est ni au centre ni à la périphérie de mes intérêts matériels et moraux. Elle contribue à mon identité comme y ont contribué la France, les Etats-Unis, la Hollande, le Brésil et toutes les personnes que j’ai croisées, tous les livres que j’ai lus, toutes les personnes que j’ai aimées ou détestées.

Tous les 36 mois tout originaire d’un département d’outre-mer travaillant dans une collectivité publique peut bénéficier aux frais de la princesse d’un mois supplémentaire de congé et d’un salaire différencié qui tient compte de la vie chère et de l’éloignement de son centre d’intérêts matériels et moraux et de billets d’avion aller -retour pour toute la maisonnée. C’est l’Etat magique et providentiel qui régale ! L’Etat magique prend même en charge jusqu’à 15 kilos par personne de fret supplémentaire. Ce n’est pas négligeable quand on part avec ses enfants. On peut ainsi ramener des cubitainers de rhum pour la famille et les copains, de l’igname, du dachine, du fouyapen, des gombo, des wassous, du  lambi, des kilos de colombo,  du sirop de batterie, de la confiture de goyave, de la farine de manioc et des mètres linéaires de madras pour peupler la grisaille de l’hiver métropolitain.

Ainsi pendant les grandes vacances, à Noël, à Pâques, à la Toussaint ou pendant le carnaval, périodes de pointe s’il en est pour le transport aérien en direction de ces paradis tropicaux, l’Etat régale au prix fort !

Je vais vous dire la vérité vraie et véridique. La dernière fois que j’ai pu bénéficier d’un congé bonifié, je suis rentré avant la fin de mes 2 mois, je n’en pouvais plus. Mes enfants qui étaient tout petits s’ennuyaient, moi même qui ne pouvais pas sortir le soir m’ennuyais, puisque je devais rester à la maison pour les surveiller, la journée il faisait trop chaud pour eux et le soir ils étaient fatigués et je me suis surpris à passer la journée à regarder le tour de France à la télé. J’étais une bonne partie du séjour chez ma mère qui après presque 40 ans en France était revenue après la mort de mon père au bercail et qui elle ne vivait et respirait que pour l’église du Carmel à Basse-Terre. On faisait de petites excursions mais avec des enfants de 16 ans, 7 ans et 5 ans c’était un peu compliqué pour satisfaire les besoins et envies e chacun. Moi par exemple je ne pouvais pas me consacrer comme je voulais à mes recherches généalogiques à Gourbeyre. Deux mois dans un espace aussi clos pour moi qui ai vécu au Brésil c’était un enfermement. En plus à part les bokits et les boudins et le poulet boucané les accras et les floups tout était horriblement cher (comparé à ce que j’aurais dépensé au Brésil pour des vacances, mais malheureusement l’Etat ne payait pas pour mes vances au Brésil ou pourtant mes enfants et leurs mères avaient des intérêts matériels et moraux tout à fait sérieux ). Pas de bus le soir. il fallait que je loue une voiture donc, qui ne me servait pas à grand chose. Je n’ai pas mangé de wassous ni de lambi ni de langouste. Les bons souvenirs pour mes tout petits ont été Deshaies et Bouillante, Basse-Terre probablement pour ma grande. Quant à moi qui suis parti des Antilles à l’âge de 9 ans  je la regarde toujours à travers le regard du souvenir. Et une fois que j’ai fait le pélérinage Saint-Claude, Deshaies, Basse-Terre, localités chères à mon coeur et peuplées d’images et de visages, je ne suis qu’un touriste comme les autres. La famille, me dites-vous ! Tant qu’il y avait ma grand-mère c’était encore la fête. Elle me trimballait à droite et à gauche et elle aimait bouger ! Elle me faisait rencontrer les parents et elle en profitait pour les revoir elle aussi. Je faisais aussi des visites protocolaires à ma marraine, mes tantes, à mes oncles, à mes grands-tantes quand ils étaient encore vivants, je voyais des cousins, des cousines, avec qui je n’avais plus aucun lien, aucune affinité, et coup de grâce je parlais kreyol comme une vache espagnole.

Ta la té rèd menm ! alors que je parle couramment – c’est écrit sur mon CV -anglais et portugais – je bégaie quand je parle créole – que voulez-vous je suis un négropolitain, pire un mondopolitain, un wolfokpolitain, un déraciné loin de mon île ultramarine amis mais aussi un enraciné dans le Tout-Monde ! Alors n’allez surtout pas dire à mes enfants qu’ils sont guadeloupéens. D’ailleurs aucun n’y est né, deux sont nés au brésil, trois en France, quatre sont de double nationalité française et brésilienne, une est de double nationalité française et hollandaise avec influences indonésienne et surinamienne. Alors guadeloupéen ce n’est pas vraiment une préoccupation pour eux ! Y passer une semaine ou deux, au grand maximum, comme on passe une semaine à Bali ou à Sidney. Ils vont peut-être zouker et avoir la gwada attitude un jour ou l’autre – ça c’est chic – i’m gwadada, je suis du neuf sept un, mais sinon il n’y a personne au numéro que vous avez demandé. Grâce aux congés bonifiés j’ai pu faire ma b.a. : je les ai emmenés chez moi, au pays. L’un a même fait ses premiers pas sur le sable de Deshaies. J’ai fait mon devoir comme on dit. Après ils feront leur chemin, leur propre chemin individuel pour découvrir où est leur chez eux. Seuls eux d’entre eux n’y ont jamais mis les pieds mais je me console en pensant que ce n’est pas seulement la Guadeloupe. Ma fille aînée dont la mère et grand-mère sont nées en Indonésie et dont le grand-père est né au Surinam n’a jamais mis les pieds ni en Indonésie, ni au Surinam ni en Guadeloupe. Peut-être faut-il donner du temps au temps puisque la mère de cette dernière n’a été au Surinam pour la première fois pour visiter la terre de feu son père que passés ses 60 ans au moment de sa retraite. Quant à moi je rêve parfois d’un retour au pays natal mais ça reste du domaine du rêve. En fait j’aimerais juste y mourir – pas tout de suite quand même, laissez-moi voyager, vagabonder encore, laissez moi flâner, laissez-moi driver encore un ti krazi- pour retrouver mon nombril planté sous un pied de coco du côté de la Soufrière !

Les intérêts dont parle l’Administration sont aussi simples qu’être né aux Antilles, y avoir de proches parents, ou y avoir étudié avant d’entrer  dans l’administration, ou y payer ses impôts, locaux ou fonciers, bref il faut obéir à certains critères.

Tout d’abord il faut se souvenir qu’avant cette réglementation qui date de 1978, les Antillais devaient cumuler plusieurs années sans partir en vacances pour pouvoir partir aux Antilles. De leur côté les métropolitains qui travaillaient aux Antilles ou dans les autres Dom pouvaient eux bénéficier de facilités identiques. la décision de 1978 a été juste une mesure d’égalité de droit au nom sacré de la continuité territoriale.

Mais en y réfléchissant, même si j’ai pu garder le lien avec les Antilles grâce à mes deux parents qui étaient fonctionnaires et qui par eux reprises m’ont emmené dans leurs bagages, même si, grâce à cette mesure j’ai pu faire connaitre à 3 de mes enfants les Antilles, et ceci à deux reprises, je me pose la question : est-elle juste ?

Il y a en France des communautés de toutes origines, français comme moi, venus de terres encore plus lointaines et qui ne peuvent pas bénéficier de tels avantages. Est-ce juste ? Ne sommes-nous pas privilégiés ! Il ne s’agit pas pour moi de cautionner l’abolition de ces privilèges mais de réfléchir à ce qu’est l’égalité. On peut certes faire jouer l’égalité par le haut et se dire  que tout français d’origine étrangère dont le centre des intérêts matériels et moraux se trouve dans une terre en dehors de la métropole devrait pouvoir bénéficier de cette disposition dite de congés bonifiés.

C’est clairement un privilège ! A un Corse qui enrageait que je puisse partir en bonifié et lui non j’ai un jour répondu avec un grand sourire: « pour une fois qu’on a droit à un petit privilège, nous les Antillais, je ne vais pas  renoncer à mes 65 jours de congés ». Mais l’argument est un peu trop facile. Plus de 30000 fonctionnaires antillais prennent chaque année leurs vacances vers la terre-patrie. Autrefois quand les transports étaient en bateau je comprends que, au nom de la continuité territoriale, cet avantage ait pu faire sens mais maintenant c’est un peu abusé, je trouve.

Maintenant dans le cadre de ce régime très spécial on n’a plus besoin de cumuler donc on peut partir tous les 3 ans aux frais de la princesse et tous les ans voire deux fois par an ou plus à ses propres frais.

Et je ne parle même pas de ce droit dans le secteur privé !

Que dit en relation à tout cela le bon roi Emmanuel Premier ! Voici ce qu’il disait en réponse à une question d’un  originaire d’outre mer lors de la réunion qu’il a tenue le 8 avril 2017 à son QG de campagne avec les représentants associatifs des domiens en tant que candidat à la présidentielle : la question était ;

Question : « Monsieur MACRON bonjour, pour faire écho à ce qui a été dit par mon président, Monsieur Jean-Michel MARTIAL, je suis fonctionnaire de la fonction publique hospitalière. On parle d’égalité des chances. Je voudrais vous poser une question : si vous arrivez au pouvoir, il y a toute une série de dysfonctionnements par rapport à des congés. Par exemple, le congé bonifié des fonctionnaires de la territoriale dont l’État, au quotidien, se permet de… On dénie aux Antillais le droit d’être… subitement on leur dit “ça fait vingt ans que vous vivez en France, vous perdez votre antillanité”. Donc on leur retire le congé bonifié. Je voudrais savoir : quelle est votre position là-dessus ? Ce n’est pas une question mesquine, mais c’est une question qui concerne beaucoup de nos compatriotes qui travaillent dans les mairies, dans les hôpitaux, et il faudra, à la limite, l’expliciter plus clairement. Comment vous voyez les choses ? »

La réponse fut :

« Pour ce qui est de la fonction publique hospitalière et des congés bonifiés, je prends note de votre sujet. Je ne vais pas vous faire de clientélisme. Mon point n’est pas de changer drastiquement le système, de vous faire des promesses ou de vous garantir telle ou telle chose qui n’existe pas aujourd’hui. Je ne vais pas vous mentir, sinon vous diriez que je fais un tapis rouge pour les campagnes, aux Ultramarins.

Comme vous m’avez compris, ce n’est pas le cas, mais je vous parle comme à des gens qui ont des responsabilités associatives et politiques et qui sont concernés par les sujets des Ultramarins vivant en Hexagone et les sujets de l’Outre-mer plus largement. On regardera donc s’il y a des problèmes spécifiques qui existent sur les congés bonifiés après 20 ans et qui justifient, dans certains cas familiaux, de faire des aménagements mais je ne compte pas, sur ce sujet, changer les règles existantes. »

Dont acte mais cyclone echaude craint l’eau froide alors messieurs et dames de l’Ultramarinade réveillez vous. Au nom de l’égalité cet avantage dont vous avez pu jouir et dont vous jouissez encore, jouissez en à gorges déployées. Prenez une ration douce de jouissance. Une ration doublement douce et préparez vous à des lendemains amers. Ce qui est pris n’est plus à prendre. Prenez et multipliéz vos bonifies et préparez vous à boire votre café bonifie amer, sans le sucre roux, sans le miel, sans le sirop de batterie de l’Etat magique. 

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