il est où mon nombril, il est où ?

Il y a des rites de fondation aux Antilles, vous saviez ? Il y en a partout, donc pourquoi pas aux Antilles. Par rites de fondation je veux dire qu’advient-il du placenta et de l’ombilic (enfin je veux dire du reste de l’ombilic, dit aussi nombril ou cordon ombilical mais que moi j’ai toujours appelé à la suite de mon père mon « lombric », le petit morceau de nombril qui tombe quelques jours après la naissance). Ah vous l’aviez oublié ! Eh bien sachez que lui ne vous oublie pas, il est là quelque part planté sous un arbre nourricier, attention j’ai bien dit nourricier car terre, hommes et arbres sont liés par un pacte de sève et de sang !  Quelque part près de l’habitation où vous êtes né, il attend patiemment ou peut-être a-t-il été coupé, ce sont les dangers de la déforestation. ou peut être moisit-il au fond d’un bocal hermétique, conservé dans l’huile sous un mètre de terre glaise, ou peut-être encore a-t-il été confié à un escargot et qu’on l’a jeté à la mer ou encore plongé dans un bocal rempli d’eau et placé dans le sable. tiens j’aurais bien aimé qu’on me confie à ma naissance à un lambi mais alors attention à un lambi qui vivrait dans des profondeurs insondables car imaginez que je sois pêché et voué à la voracité  des coups de fourchettes autochtones en plein restaurant. Ah non finir dans l’intestin grêle d’un quidam ou d’une qui dame citronné, grillé au colombo, no thanks. Je préfère encore ignorer ce passé incertain !

Si vous êtes né comme moi autrefois à la maison il y a fort à parier que dans le voisinage un arbre veille sous votre lombric. Peut-être même a-t-il été planté à votre naissance ou peut-être était-il déjà là. Certains arbres sont tabous : pas de résineux, pas d’herbacée, mais s’ils sont nourriciers le choix est vaste. Planter son nombril sous un pied e piment c’est non ! Par contre on peut imaginer planter son nombril sous un pyé e bwa bandé. On pourrait mais on ne peut pas, c’est tabou car le bwa bandé n’est pas  arbre nourricier. Et pas la peine d’ergoter : quand je dis non c’est non !

On murmure aux Antilles qu’on les enterre généralement sous les cocotiers mais les fruits à pain sont aussi de bonnes options ainsi que les arbres fruitiers. Moi par exemple j’ai eu beau demander à mes parents, ils me disent avoir oublié. Et moi même je me souviens qu’on m’a remis deux fois au Brésil le nombril de mes enfants dans un bocal, je les ai conservés un moment mais ensuite je ne sais plus ce qui s’est fait. Ce qui est sûr c’est que moi je n’ai jamais rien planté ni enterré. Mais il est vrai que j’entends à droite et à gauche que dans de nombreuses traditions à travers le monde on enterre le placenta du nouveau-né et on conserve l’ombilic comme une relique. Par exemple dans les traditions polynésiennes  le nombril s’appelle pito et l’arbre où on va planter son nombril s’appelle tapu et quand on est perdu dans sa tête on s’assied contre son tapu, on le dorlote et il vous aide à penser et à prendre une décision ! Alors qui va me dire où se trouve mon tapu ? bon j’imagine qu’il se trouve à Caféière où je suis né, à Saint-Claude, Guadeloupe ! Mais j’ai bien peur qu’avec l’urbanisation galopante qu’on ne trouve plus ni koko ni zabriko à Caféière. Ca pourrait être un pyé koko mais moi j’ai dans l’idée vu l’attirance que j’ai pour le corossol depuis tout petit que c’est un pyé kowosol ! A moins que ce soit un pyé de ponm malaka. Ces deux là m’ont toujours inspiré même à 8000 km de distance. Il y a aussi la possibilité du cocotier, du manguier ! J’ai même une fois au Brésil loué une maison simplement parce que dans le jardin il y avait un ou deux pyé koko et un pyé ponm malaka. il y avait aussi un pyé  qui donnait des clous de girofle ! Mais atout à coup voilà qu’il me vient un doute : et si par hasard on m’avait jeté tout simplement dans les razyé ! Awa ! Han han ! sous un pied zyanm, un pyé gonbo d’accord, tout s’expliquerai t pour mes envies éternelles de femme enceinte pour ces deux produits nourriciers s’il en est ! Mais dans les razyé ? Awa ! Il n’y a rien de nourricier là-dedans sauf pour les boeufs, les zébus, les lapins, les lézards, les vers, les lombrics justement ! Woye ! Mi déba asi la tè ! Peut-être alors mon cordon ombilical a-t-il été charrié par deux ou trois cents fourmis rouges et qu’elles s’en sont régalé  pendant trois semaines sur mon compte ! Ah ces femelles ! Littéralement elles ont sucé mon sang de jeune scorpion, sacrée vermine ! Cela expliquerait alors l’attirance que j’ai depuis tout petit pour ces fourmis rouges là ! Oh je ne leur en veux pas , j’aurais fait même pire à leur place ! Un bon cocktail e sang chaud comme le mien, comment le leur en vouloir à ces gentilles bestioles ! Qui sait un jour si  je n’irai pas faire un tour du côté de Caféière et si ce n’est pas Caféière à Saint-Claude, ce sera Caféière à Deshaies, endroit où je me sens parfaitement en harmonie avec le ciel, la terre et la brise de mer qui monte de Ziotte; j’irai alors faire des gros bo aux fourmis rouges, mes confidentes, mes xará ! Et leur rendre enfin avec intérêts et correction monétaire la monnaie de leur pièce et les sucer à mon tour, les vider de leur sang avant d’entrer dans le quatrième âge de la même façon qu’elles m’ont sucé sans vergogne à mon entrée dans le premier âge ! La boucle sera bouclée ! Sang de cordon, sang de fourmi même combat ! Un sang lave l’autre !

jurema

Vous croyez que je plaisante ! Non je suis sérieux, tout ce qu’il y a de plus sérieux ! D’ailleurs regardez ! Réfléchissez ! Pourquoi ferait-on des piercings  pour nombril  avec un pendentif en forme de cocotier en acier chirurgical ? Ce n’est pas moi qui l’ai inventé ! Une autre façon de sublimer le rite ! Je ne sais pas où se trouve mon nombril donc je me mets un piercing pour le matérialiser ! Vous me suivez ?

On pourrait aussi se le tatouer ! Une autre façon de combler le manque de la relique ! alors dites-moi dans vos commentaires, please, car je veux savoir : il est où votre nombril, il est où ?

A la Jamaïque quand le navel string (le cordon ombilical) tombe on le plante sous un arbre qu’on appelle birth tree ou navel string tree (arbre de naissance ou arbre de cordon ombilical). Au Japon on le met dans une boîte en bois qu’on va décorer et garder comme une relique. Chez les Igbo au Nigéria la mère place le coron ombilical sous un palmier, un bananier, un pied de fruit à pain. Au Mexique idem ! En Turquie si vous voulez que votre enfant devienne dévot plantez son cordon dans la cour de la mosquée, vous voulez qu’il devienne lettré plantez son nombril dans la cour d’une école ou sur un campus universitaire, vous voulez qu’il soit médecin, qu’à cela ne tienne : plantez son nombril dans une école de médecine. Dans certaines tribus amérindiennes on attache le cordon ombilical autour du cou de l’enfant pour le reste de sa vie.

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De nos jours il y a même des banques de sang ombilical (blood cord banking) mais là on n’est plus au niveau de la tradition et des rites de fondation on  est dans le domaine de l’assurance santé. Blood cord banking ? Kesako ? Le blood cord banking, c’est-à-dire la banque du sang placentaire est un organisme qui va prélever et stocker pour vous les cellules souches hématopoïétiques (la troisième source après la moelle osseuse et le sang périphérique) présentes dans le sang placentaire, le sang contenu dans le cordon ombilical de votre nouveau-né  pour une utilisation potentielle dans le futur. On peut aussi vouloir stocker les cellules souches présentes dans le tissu ombilical et cela s’appelle alors cord tissue banking. Le sang ou le tissu est ensuite gardé bien au froid à -170 °C (ça caille, je vous dis pas) et sur emane on va décryogéniser tout ça. Et on peut m^me vous congeler le tissu du placenta pour vous maman, car ce tissu est riche en  cellules souches mésenchiques, extrêmement puissantes selon les chercheurs qui prévoient de futurs usages ans le traitement d’Alzheimer, du iabète type 1 et ‘invaliités e la moelle épînière ! Le marché est énorme : Viacord – Americord – CBR – Stemcyte – Cryo-Cell – FamilyCord. Et en France Salveo, Eh oui votre cordon ombilical vaut désormais cher. Il vous en coûtera entre 3000 $ et 4300 $ pour faire prélever et garder au frais le sang ombilical de votre tout dernier-né, entre 2000 $  et 3800 $ pour faire de même avec le tissu ombilical et  2000 $ pour conserver votre placenta au frais.  On peut payer en 24 mois mais ils stockent vos cellules pendant 20 ans.  Chiche ! bon,  d’accord une fois stocké on peu réutiliser ce sang ombilical pour traiter des dizaines de maladies , la leucémie, les lymphomes, la drépanocytose, l’anémie. La thérapie cellulaire dite aussi médecine régénérative est en marche. On peut ensuite si on le désire en faire don à quelqu’un ou à une organisation ou le jeter à la poubelle. Bon, si on veut c’est comme une assurance biologique mais en réalité si le sang est vicié au départ il le sera à l’arrivée, selon moi. Nous sommes d’une certaine façon génétiquement déterminés de la vie à la mort. Il est plus facile de faire un don à une banque publique qu’à une banque privée. Les dons de sang placentaire et de tissu ombilical sont gratuits dans les deux cas.  Alors pourquoi payer des sommes impossibles pour quelque chose dont à priori on ne profitera pas.  Autant faire un don et compter sur la banque publique à travers le réseau français de sang placentaire (RFSP) pour trouver un donateur adéquat pour votre enfant ou pour vous même pour une éventuelle maladie de Parkinson ou Alzheimer..  Un coup de fil à France Greffe de Moëlle et ce sera fini. Mais sachez toutefois que juridiquement  le cordon ombilical appartient à la mère, le père et l’enfant n’ont aucun droit au chapitre dessus. En France la conservation à des fins privées est pour l’instant interdite. Mais on incite de plus en plus à en faire don. Si vous voulez conserver vos droits à votre sang ombilical il faut passer par l’étranger et notamment la Suisse, les Etats-Unis, le Canada, la Grande  Bretagne, le Danemark, etc

Moi c’est déjà trop tard car mon nombril a déjà perdu depuis des lustres toutes ces précieuses cellules hématopoïétiques comme mésenchiques sur la terre féconde de Caféière. Il doit sentir plus le café, le volcan de la soufrière, l’alizé, le corossol, les congolios et les forumis rouges que le sang auguste du nouveau né cueilli à la mamelle ! Mais qui sait si un jour je ne bénéficierais pas  du nombril de quelqu’un ! Ne disons jamais jamais ! Mais vous n’avez pas répondu : il est où votre nombril, il est où ?

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