Libewté, égalité, fwatewnité : les mortels sont égaux

Les_Mortels_sont_égaux

Si je l’avais oublié, si j’avais eu le toupet de l’oublier, c’est au son du clairon que Facebook m’a rappelé ce chapitre lointain de l’Evangile Républicain.

« Liberté, Égalité, Fraternité
Nous vous souhaitons un excellent 14 juillet en compagnie de vos amis et de la famille. »

Aujourd’hui 14 juillet 2017, il y a 228 ans le peuple s’est soulevé contre l’oppresseur d’alors, le roi et l’Eglise absolutistes pour tomber dans les bras croisés de la bourgeoisie. Il leur fallut presque 5 ans pour accorder cette même  liberté, cette même égalité, cette même  fraternité à ceux qui dans les colonies françaises d’alors revendiquaient cette même liberté. Ce fut le  16 pluviôse an 2 c’est à dire le 4 février 1794. L’esclavage des Nègres fut aboli par la Convention Montagnarde au nom de la République Française Une et Indivisible .

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Les Nègres et Sangs-Mêlés de Guadeloupe connurent enfin leur premier carnaval. Ce fut un seul mélange pyrotechnique de samba, de carmagnole et de gwoka ! Ils chantaient « Liberté, liberté ouvre tes ailes au-dessus de nous, et que la voix de l’égalité soit toujours notre voix ! comme le chanterait en 1989 au carnaval de Rio l’école de Samba Imperatriz Leopoldinense : »Liberdade liberdade abra as asas sobre nos, e que a voz da igualdade seja sempre a nossa voz »

Serfs, esclaves tous ensemble, tous ensemble aux Champs-Elysées, aux Champ d’Arbaud, au soleil sous la pluie, à midi ou à minuit ! C’était idyllique ! On plantait partout l’arbre vert de la liberté, la nouvelle Croix révolutionnaire sous lequel on érigeait l’autel de la Patrie, ici  un pommier, là un manguier, ici on dansait la carmagnole, vive le son, vive le son, on dansait la carmagnole, vive le son du canon, là on dansait la bamboula libérée, la bamboula effrénée en faisant un doigt d’honneur à Louis Egalité. « Liberdade liberdade abra as asas sobre nos, e que a voz da igualdade seja sempre a nossa voz » !

« Les mortels sont égaux, ce n’est pas la naissance mais la seule vertu qui fait la différence ! » lisait-on sur les estampes !

Mais il faut le savoir, bien avant cela, au Cap-Français, à Saint-Domingue le 27 août 1793 Léger-Félicité Sonthonnax et Etienne Polverel avaient devancé la métropole et décrété l’abolition de l’esclavage dans la colonie de Saint-Domingue . Les circonstances les y avaient contraints  depuis la cérémonie du Bois Caïman dans la nuit du 22 au 23 août 1791 sous l’autorité de Boukman et des dignitaires vaudous et les événements qui avaient suivi : l’insurrection générale des esclaves du Nord à  Saint Domingue, l’avènement à la tête des insurgés de Toussaint-Louverture, la pression contre-révolutionnaire de l’Espagne et de l’Angleterre, monarchies contestant les lubies françaises de République. Il fallait obtenir le ralliement de Toussaint Louverture et ses 3000 partisans qui s’étaient ralliés à l’Espagne.  Ce furent les raisons objectives de cette pré-abolition de l’esclavage. proclamée le 29 août 1793 !  N’oublions pas aussi que dès le 24 mars 1792 l’assemblée législative avait voté un décret, sanctionné le 4 avril par Louis XVI, qui avait encore toute sa tête, (ce « fils de Saint-Louis » ne la perdra que le dimanche 21 janvier 1793 à 10h23) accordant la citoyenneté à tous les hommes de couleur et nègres libres. C’est donc juste un élargissement  de ce décret que promeuvent les Commissaires de la République , délégués aux îles françaises sous le vent à Saint-Domingue,  Léger-Félicité Sonthonnax et Etienne Polverel, pour y « rétablir l’orddre et la tranquillité ».

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« Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droit : Voilà, citoyens, l’évangile de la France ; il est plus que temps qu’il soit proclamé dans tous les départements de la République. Envoyés par la Nation, en qualité de Commissaires civils à Saint-Domingue, notre mission était d’y faire exécuter la loi du 4 avril, de la faire régner dans toute sa force, & d’y préparer graduellement, sans déchirement et sans secousse, l’affranchissement général des esclaves. (…). Dans ces circonstances, le commissaire civil délibérant sur la pétition individuelle, signée en assemblée de commune. Exerçant les pouvoirs qui lui ont été délégués par l’art. III du décret rendu par la convention nationale le 5 mars dernier ; A ordonné & ordonne ce qui suit pour être exécuté dans la province du Nord.
Article premier.
La déclaration des droits de l’homme & du citoyen sera imprimée, publiée & affichée partout où besoin sera, à la diligence des municipalités, dans les villes & bourgs, & des commandants militaires dans les camps et postes.
Article II.
Tous les nègres & sang-mêlés, actuellement dans l’esclavage, sont déclarés libres pour jouir de tous les droits attachés à la qualité de citoyens français ; ils seront cependant assujettis à un régime dont les dispositions sont contenues dans les articles suivants. »

Il fallut donc 4 ans pour que l’idéal républicain révolutionnaire de 1789 trouve son application en Guadeloupe en août 1793 avec cette première abolition, celle de 1794 étant donc la deuxième et celle de 1848 la troisième. Mais cette liberté et égalité et fraternité des mortels était une liberté assujettie à certaines clauses, certaines réserves.

Même si l’esclavage est aboli et qu’ il est remplacé par le travail forcé, même si le fouet est interdit et même si le code noir est aboli, même si on fait l’apologie non pas de la naissance mais de la vertu, on verra plus tard aussi bien en France que dans les colonies que le peuple restera toujours envers et contre tout la brebis galeuse de toutes les Républiques, de simples variables ‘ajustement ! Jusqu’aux républiques noires haïtiennes promues par Christophe et ses avatars.

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Napoléon allait siffler la fin de la récréation révolutionnaire par son coup d’Etat du 18 Brumaire An VIII (9 novembre 1799) et malgré (ou à cause de) son épouse Joséphine de Beauharnais allait mettre un hola  le 20 mai 1802 et rétablir l’esclavage dans les colonies où il avait été aboli car certaines comme la Martinique se laissèrent capturer par les monarchistes Anglais pour éviter de tomber entre les mains de ceux qu’elles appelaient la chienlit.

14juillet

Que tout cela ne vous empêche pas ‘aller vous amuser ! C’est l’été ! vivent les défilés, vivent les militaires, vivent les guerres, vivent les paix, vivent les bals populaires, les bals des pompiers, moi même, je ne dérogerai pas à la règle citoyenne :  je vais otut de suite à Saintes voir le défilé suivi du pot du citoyen offert par la Municipalité. Il y aura ce soir des feux d’artifice mais surtout je danserai sous la voile du Bar des Amis dans les Jardins de l’Abbaye ce soir à partir de 21h30 heures avec le Bal O’Gadjo  et sa rencontre fusion entre musiques européennes et musiques du monde et à partir de demain tous les soirs jusqu’au 22 juillet , une fois la nuit tombée, Doña Amelia y su Combo , la musique traditionnelle colombienne, si señor, soy salsero tambien, soy hijo primogenito de dios, soy livre, soy mortal, soy caribeño, soy hijo de nuestra señora de Guadalupe de Estremadura ! Doña Amelia y su Combo c’est Alexander Calvo, à l’euphonium, Juliette Macquet, à la flûte, Cristian Ospina, à la batterie et Amélie Lejosne, à la contrebasse ! C’est un peu colombien, un peu français, c’est poivre et sel et un peu piment, c’est métissé, c’est tout-monde, c’est tout moi !

 

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