je suis un marcassin voyageur, héritier de pigeon voyageur, paon, macaque singe, caïman et sanglier ! Je suis chasseur de moi-même

Suidae

Mon père disait en parlant de moi que j’étais un pigeon voyageur !  Je ne m’en offusquais pas car je préférais cela à ce que ma grand-mère disait elle de moi me qualifiant selon l’humeur du  moment de macaque singe ou de caïman à cause de mes dents énormes et effilées qui grignaient comme des perles à l’orient ! Arété ri épi gran dan a makak aw ! Ou ka anki ri épi gra dan a kaiyman aw ! Je n’étais pour Mémé ni singe ni macaque mais une synthèse des deux, un énigmatique makak senj. Plus tard on m’a aussi qualifié de paon à ma façon d’ouvrir mes ailes quand je dansais et même quand je ne dansais pas. On m’a même taxé un jour par mégarde de sanglier au Brésil , javali, de cochon sauvage quoi, et finalement c’est cette appellation-là que j’ai prise par les cornes et que j’ai transformée à ma guise pour me définir. Si tout est bon dans le cochon domestique, imaginez les délices du cochon sauvage ! Et voyageur par dessus tout ça. Je suis donc le marcassin voyageur, un jabato, un liston, un rayon, un cucciolo, un aprunculus, un everjong ! Je suis encore tout jeune , je n’ai pas encore mes 6 mois mais un jour je deviendrai un vrai grand vieux-sanglier voyageur et solitaire. Je suis omnivore : quelques haricots par ci, quelques grains de riz par là, quelques noix (de cajou) et quelques pigeon peas (pois d’angole, pwadibwa) puisque j’ai aussi mes côtés pigeon, paon, macaque singe, caïman à assumer sans oublier le gombo  et les feuillages agrémentés de crabes, écrevisses et palourdes .

Sanglier voyageur, javali viajante, homing boar, car il y a sans doute un fond de vérité dans toutes les appellations ont on m’a affublé tout au long de ma vie. Je n’en renie aucune, je les assume toutes : j’avoue être un  sanglier voyageur héritier des gènes de pigeon-macaque singe- caiman-paon-sanglier. Je ne grogne pas, je ne charge pas, je roucoule, je roucoule, je roucoule comme un ramier ! Je suis un sanglier voyageur qui roucoule, je vole dans la bauge, je vole dans la boue des mangues sauvages décomposées, je suis sauvage

Ne m’appelez pas pigeon voyageur, homing pigeon, paloma mensajera, piccione viaggiatore, pombo viajante, postduif, athlète ailé du XXème et du XXIème siècle, je ne revendique pas ce titre. Je me crois un sanglier voyageur sauvage. L’idée seule d’avoir une cage captive dans un colombier à vie qui m’attend me répulse. Partir pour des courses de 1000 km et revenir à ma planche d’atterrissage, très peu pour moi. N’en déplaise aux colombophiles je n’aurai jamais comme Gustav la médaille Dickin pour bravoure face à l’ennemi en période de guerre,  je ne serai jamais le vainqueur u national d’Altona au Danemark. Désolé messieurs, je préfère cent fois être un sanglier voyageur de classe, un écaillé foncé ou clair, un bleu barre, un gris, un noir, un macot, je veux bien être sanglier voyageur mais je veux nicher librement hors des colombiers. Je veux choisir par moi-même mon frère de nid et j’exige m’accoupler librement à la compagne de mon choix sans qu’on prenne en considération notre future lignée de futurs champions. Je veux vivre mes mues et pas seulement en septembre, je veux pouvoir muer ne fait tout le temps. Bref je veux être libre, sanglier voyageur, pourquoi pas, je m’identifie plus à cela qu’à Peter Pan, quand même. Puer aeternus, pourquoi pas mas alors marcassin voyageur !

Quand je dis à ma femme, qui adore réduire mes divagations solitaires à un processus psychothérapeutique que je suis non pas un pigeon voyageur mais un sanglier voyageur sauvage, voilà ce qu’elle me dit, ma thérapeute préférée. Je lui fais penser à quatre choses qui lui viennent immédiatement en tête et qui toutes traduisent une inquiétude. Ces quatre choses sont comme des images avec un titre (un rotulo) mais sans continent (continente) ! Elle me demande de voir ce qui se cache derrière tous ces titres. Quel est le contenu/continent de ma quête. De quoi veux-je me sauver ? Suis-je chasseur de moi-même ? Suis-je  comme Dibs autiste ? Que veut mon âme ? Chauds les mango chauds !

Première image de moi : Dibs: em busca de si mesmo : un titre du Dr. Virginia M. Axline (1911-1988) dont l’original en anglais est Dibs in search of self. Ce livre selon la traductrice en portugais est une invitation pour comprendre et aimer l’enfant qui continue caché en chacun de nous et sentir la grandiosité de la participation au mystère cosmique qui nous unit aux montagnes, à la mer, aux pluies, aux arbres, aux petits oiseaux et à tous les animaux, aux enfants, aux jeunes, aux adultes, dans un agrandissement géant de notre être et dans une prise en compte de notre originalité personnelle. En français DIBS

Deuxième image de moi : Milton Nascimento : « eu caçador de mim », moi chassseur de moi

Troisième image: une réflexion de Teca qui disait : ta querendo se salvar de que ? De quoi veux-tu te sauver ?

Quatrième image:  une autre réflexion : o que é que essa alma quer ? Que veut donc cette âme ?

Voici les paroles de Eu caçador de mim de Sérgio Magrão / Luiz Carlos Sá avec ma traduction à la hache, comme on dit, mais vous pouvez préférez au coutelas, au sabre, à la machette, aux ciseaux, au coupe-coupe puisque toute traduction coupe et trahit mais allons y malgré tout :

Por tanto amor, por tanta emoção (par tant d’amour, par tant d’émotion)
A vida me fez assim (la vie m’a fait ainsi)
Doce ou atroz, manso ou feroz (doux ou atroce, gentil ou féroce)
Eu, caçador de mim. (moi chasseur de moi)
Preso a canções (prisonnier des chansons)
Entregue a paixões que nunca (livré aux passions qui jamais)
Tiveram fim (n’eurent de fin)
Vou me encontrar longe do meu lugar (je vais me rencontrer loin de mon endroit)
Eu, caçador de mim (moi chasseur de moi)
Nada a temer (rien à craindre)
Senão o correr da luta (sinon la course de la lutte)
Nada a fazer (rien à faire)
Senão esquecer o medo (sinon oublier la peur)
Abrir o peito à força (ouvrir la poitrine de force)
Numa procura (dans une recherche)
Fugir às armadilhas da mata escura (fuir les pièges de la forêt obscure)
Longe se vai sonhando demais (loin on va en rêvant de trop)
Mas onde se chega assim (mais où arrive-t-on ainsi)
Vou descobrir o que me faz sentir (je vais découvrir ce qui me fait me sentir)
Eu, caçador de mim (moi, chasseur de moi)

Nada a temer
Senão o correr da luta
Nada a fazer
Senão esquecer o medo
Abrir o peito à força
Numa procura
Fugir às armadilhas da mata escura
Longe se vai sonhando demais
Mas onde se chega assim
Vou descobrir o que me faz sentir
Eu, caçador de mim

Je ne sais si ma thérapeute privée a raison, si elle a tort, peu importe en fait, son rôle est de me faire élargir le débat, de le porter au dela de moi même tout en me forçant à sa façon regarder au fond de moi-même. Parfois devant cette introspection nécessaire je râle, je tempête, j’esquive parfois, je dilue, je grossis le trait  mais toujours j’avance. Dans le cas qui nous occupe de sanglier/marcassin voyageur, source de l’introspection du jour, si je devais choisir une chanson de Milton Nascimento celle que je choisirais entre toutes est Encontros e Despedidas que je traduirai à la serpette encore une fois comme Rencontres et départs (Milton Nascimento, Fernando Brant)

Mande notícias do mundo de lá (envoie des nouvelles du monde de là-bas)
Diz quem fica (dit celui qui reste)
Me dê um abraço venha me apertar (donne moi l’accolade, serre moi dans tes bras)
Tô chegando (j’arrive)
Coisa que gosto é poder partir sem ter planos (une chose que j’aime c’est de pouvoir partir sans avoir de plans)
Melhor ainda é poder voltar quando quero (mieux encore est pouvoir revenir quand je le veux)

Todos os dias é um vai-e-vem (tous les jours c’est un seul va-et-vient)
A vida se repete na estação (la vie se répète dans la gare)
Tem gente que chega pra ficar (Il ya des gens qui arrivent pour rester)
Tem gente que vai pra nunca mais (il ya es gens qui s’en vont pour plus jamais)
Tem gente que vem e quer voltar ( il y a des gens qui viennent et veulent retourner)
Tem gente que vai e quer ficar -(il ya a es gens qui s’en vont et veulent rester)
Tem gente que veio só olhar (il ya des gens qui ne sont venus que pour regarder)
Tem gente a sorrir e a chorar (il y a des gens qui sourient et qui pleurent)

E assim chegar e partir (c’est ainsi arriver et partir)
São só dois lados da mesma viagem (ce ne sont que les deux côtés du même voyage)
O trem que chega (le train qui arrive)
É o mesmo trem da partida (est le même train du départ)
A hora do encontro é também despedida (l’heure de la rencontre, du rendez-vous  est aussi celle de l’adieu)
A plataforma dessa estação (le quai de cette gare)
É a vida desse meu lugar.(c’est la vie de cet endroit qui est le mien
É a vida desse meu lugar. (c’est la vie de cet endroit qui est le mien
É a vida… (c’est la vie)

Version de Raquel Diniz

2 réflexions sur “je suis un marcassin voyageur, héritier de pigeon voyageur, paon, macaque singe, caïman et sanglier ! Je suis chasseur de moi-même

  1. […] Moi pareillement je dis que ce n’est pas l’homme qui prend le vent c’est le vent qui prend l’homme ! Et voilà qu’encore une fois il me prend cette fois encore un jeudi! C’est une sensation étrange que celle d’être pris. D’être à la forme passive parfois, de laisser e côté la forme active. Je ne me sens pas pris dans  la tourmente, ballotté par des vents contraires, lessivé de rafales, non au contraire je nage dans le calme et la sérénité de l’oeil d’un cyclone qui me poursuit depuis ma plus tendre enfance de marcassin voyageur. […]

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