ce n’est pas l’homme qui prend le vent, c’est le vent qui prend l’homme

Fernando Pessoa, le poète portugais, disait Navegar é preciso, viver nao é preciso. La traduction n’est pas aisée ! Il faut naviguer, il  ne faut pas vivre ! Moi je pense un peu différemment :  il faut dériver, il ne faut pas vivre ! Et pour bien dériver il faut se laisser aller, il faut se laisser désirer, il faut se laisser cajoler, il faut se laisser courtiser, il faut se laisser taquiner, prendre, caresser, aimer et abandonner par le vent, par la terre ou par la mer ! il faut prendre le risque d’être emporté pour pouvoir jouir de la vie qui n’est rien d’autre en fait qu’un voyage!

Il y a  une chanson de Renaud  « c’est pas l’homme qui prend la mer, c’est la mer qui prend l’homme. »

C’est pas l’homme qui prend la mer
C’est la mer qui prend l’homme, tatatin
Moi la mer elle m’a pris

J’me souviens un mardi

J’ai troqué mes santiangs
Et mon cuir un peu zone
Contre une paire de Dock Side
Et un vieux ciré jaune
J’ai déserté les crasses

Qui m’disaient « Soit prudent »
La mer c’est dégueulasse
Les poissons baisent dedans

Dès que le vent soufflera
Je repartira
Dès que les vents tourneront
Nous nous en allerons

C’est pas l’homme qui prend la mer
C’est la mer qui prend l’homme
Moi la mer elle m’a prit
Au dépourvu
Tant pis

J’ai eu si mal au cour
Sur la mer en furie
J’ai vomi mon quatre-heures
Et mon minuit aussi
J’me suis cogné partout
J’ai dormi dans des draps mouillés
Ca m’a coûté des sous
C’est la d’plaisance, c’est l’pied

Dès que le vent soufflera
Je repartira
Dès que les vents tourneront
Nous nous en allerons

Ohohohohoh hisséo !

C’est pas l’homme qui prend la mer
C’est la mer qui prend l’homme
Mais elle prend pas la femme
Qui préfère la campagne

La mienne m’attend au port
Au bout de la jetée
L’horizon est bien mort
Dans ses yeux délavés
Assise sur une bite d’amarrage
Elle pleure
Son homme qui la quitte
La mer c’est son malheur

Dès que le vent soufflera
Je repartira
Dès que les vents tourneront
Nous nous en allerons

C’est pas l’homme qui prend la mer
C’est la mer qui prend l’homme
Moi la mer elle m’a pris
Comme on prend un taxi

Je f’rai le tour du monde
Pour voir chaque étape
Si tous les gars du monde
Veulent bien m’lâcher la grappe
J’irai aux quatre vents
Foutre un peu le boxon
Jamais les océans
N’oublieront mon prénom

Dès que le vent soufflera
Je repartira
Dès que les vents tourneront
Nous nous en allerons

Ohohohohoh hisséo !

C’est pas l’homme qui prend la mer
C’est la mer qui prend l’homme
Moi la mer elle m’a pris
Et mon bateau aussi

Il est fier mon navire
Il est beau mon bateau
C’est un fameux trois mâts
Fin comme un oiseau
Tabarly, Pageot,
Kersauson et Riguidel
Naviguent pas sur des cageots,
Ni sur des poubelles

Dès que le vent soufflera
Je repartira
Dès que les vents tourneront
Nous nous en allerons

C’est pas l’homme qui prend la mer
C’est la mer qui prend l’homme
Moi la mer elle m’a pris
Je m’souviens un vendredi

Ne pleure plus ma mère
Ton fils est matelot
Ne pleure plus mon père
Je vis au fil de l’eau
Regardez votre enfant
Il est parti marin
Je sais c’est pas marrant
Mais c’était mon destin

Dès que le vent soufflera
Je repartira
Dès que les vents tourneront
Nous nous en allerons
(2x)

De requin !

Dès que le vent soufflera
Je repartira
Dès que les vents tourneront
Nous nous en allerons
(2x)
De lapin

Moi pareillement je dis que ce n’est pas l’homme qui prend le vent c’est le vent qui prend l’homme ! Et voilà qu’encore une fois il me prend cette fois encore un jeudi! C’est une sensation étrange que celle d’être pris. D’être à la forme passive parfois, de laisser de côté la forme active. Je ne me sens pas pris dans  la tourmente, ballotté par des vents contraires, lessivé de rafales, non au contraire je nage dans le calme et la sérénité de l’oeil d’un cyclone qui me poursuit depuis ma plus tendre enfance de marcassin voyageur.

En route pour de nouvelles aventures, donc ! Destination Lunes de Satchidananda! Destination plurielle donc ! Lunes ! vous dis-je ! Le corsaire Jean-Marin met les voiles ! « Hisse et ho, Santiano, si dieu veut toujours droit devant nous irons jusqu’à San Francisco » comme chantait Hugues Auffray !

C’est un fameux trois-mâts, fin comme un oiseau
(Hisse et ho, Santiano)
Dix-huits noeuds, quatre cents tonneaux
Je suis fier d’y être matelot

Tiens bon la vague et tiens bon le vent
Hisse et ho, Santiano
Si dieu veut, toujours droit devant
(Nous irons jusqu’à San Francisco)

Je pars pour de longs mois en laissant Margot
(Hisse et ho, Santiano)
D’y penser, j’avais le coeur gros
(En doublant les feux de Saint Malo)

Tiens bon la vague et tiens bon le vent
Hisse et ho, Santiano
Si dieu veut, toujours droit devant
(Nous irons jusqu’à San Francisco)

On prétend que là-bas, l’argent coule à flots
Hisse et ho, Santiano
On trouve l’or au fond des ruisseaux
(J’en ramènerai plusieurs lingots)

Tiens bon la vague et tiens bon le vent
Hisse et ho, Santiano
Si dieu veut, toujours droit devant
(Nous irons jusqu’à San Francisco)

Un jour je reviendrai, chargé de cadeaux
(Hisse et ho, Santiano)
Au pays, j’irai voir Margot
(À son doigt, je passerai l’anneau)

Tiens bon le cap et tiens bon le flot
Hisse et ho, Santiano
Sur la mer qui fait le gros dos
Nous irons jusqu’à San Francisco

je partirai à la saint-Laurent et j’arriverai à la sainte-Claire !Onze heures de voyage ! Et comme chaque fois que je prends mon envol retentit en moi comme pour la première fois cette chanson de Jimi Hendrix:  « Drifting »

Drifting on a sea of forgotten tear drops (à la dérive sur une mer de gouttes de larmes oubliées)
On a life boat sailing for your love (sur un radeau qui vogue vers ton amour)
Sailing home  (voguant  vers mon pays)
Ahahahah

Drifting on a sea of old heart breaks (à la dérive sur une mer de vieilles peines de coeur)
On a life boat sailing for your love  (sur un radeau voguant vers ton amour)
Sailing home (voguant vers mon pays)
Sailing (voguant)
Oooo ooo

C’est dans cette ambiance zen que je me retrouve toujours quand je pars. Le pays inconnu, le pays lointain est toujours chez moi, mon pays c’est là-bas. Il me semble non pas y aller pour la première fois mais y retourner. Mais il y a la dérive. Un mot que j’aime beaucoup et qui me rappelle drive. Il y a la drive. En créole drive veut dire vagabondage, promenade, errance ! J’aime driver c’est vrai mais dans drive il y a bien sûr en anglais to drive qui veut dire conduire, mener (mener implique qu’on ait une direction, un azimuth) mais je pense surtout qu’on est conduit par son instinct, par son vent intérieur. C’est ce vent intérieur, intime, intemporel, intime et collectif à la fois, cet inconscient qui nous mène, qui nous donne cet élan qui nous permet de nous affranchir des barrières, des limites et des profondeurs de l’océan et du ciel aussi sûrement que l’élan sexuel, le sex drive ! Il faut cette appétence particulière pour l’inconnu pour se mettre en route encore une fois à la veille de mes 65 ans !

Il me revient en mémoire des milliers de chansons sur le départ, le voyage. J’ai déjà évoqué par ailleurs Encontros e Despedidas, Adieu Foulards, Adieu Madras,  il y en a d’autres mais j’aime celle qui suit, une marchinha brésilienne, plus particulièrement en cette phase de ma vie en ce qu’elle exprime la saudade, qui n’est ni tristesse ni joie, de partir. Je ressens une certaine saudade en pensant à ceux que je laisse sur cette rive de mes songes, mais ce n’est qu’un au revoir, mes frères, oui nous nous reverrons mes frères, oui, nous nous reverrons au pays des lunes, qui sait, ou bien ailleurs !

Quem parte leva saudades de alguém (celui qui part emporte avec lui le manque de quelqu’un)

Que fica chorando de dor (qui reste à pleurer de douleur)

Por isso eu não quero lembrar (aussi je ne veux pas me souvenir)

Quando partiu meu grande amor (quand mon grand amour est parti)

Quem parte leva saudades de alguém (celui qui part emporte le manque de quelqu’un)

Que fica chorando de dor (qui reste à pleurer de douleur)

Por isso eu não quero lembrar (aussi je ne veux pas me souvenir)

Quando partiu meu grande amor (quand mon grand amour est parti)

Ai, ai, ai ai, ai ai ai (Aïe aïe aïe aïe)

Está chegando a hora (l’heure arrive)

O dia já vem raiando, meu bem (le jour se lève déjà, mon trésor)

Eu tenho que ir embora (il faut que je m’en aille)

J’entame dans 20 lunes ce nouveau voyage ! J’avais pensé Karukéra, j’avais pensé Brasil, j’avais pensé Guyane, j’avais pensé Swaziland, j’avais pensé Colombie, j’avais pensé South Africa et voilà Siklon en a décidé autrement ! C’est aux îles des cent lunes que me mènera ce nouveau vent ! On se reverra tous qui sait un jour, très chers bougs et très chères bougresses, aux îles des cent lunes mahoraises de Satchidananda.