Extra-Muros n’est pas une exo-planète, c’est le ventre où j’ai vu le jour

Quand j’étais petit en Guadeloupe et que je disais mon nom ça ne faisait tiquer personne. Des Baltimore à Saint-Claude, il y en avait avant moi et il y en eut après. Mon ancêtre Jean Baltimore né à Bouillante, quartier Village, hameau Marquis, le 12 mars 1857, fils légitime du sieur Petit-Frère Monrose  Baltimore, décédé à Bouillante le 26 juillet 1860, et de la dame Baltimore, née Jeannille Bandini,  fut le premier à s’éprendre d’une Saint-Claudienne et quitta le giron bouillantais au bord de la mer pour se réfugier dans les Bains-Jaunes ombrageux de la Soufrière. Oh la belle geste ! C’est une belle romance, c’est une belle histoire. Il furent heureux et eurent beaucoup d’enfants, pourrait-on dire. Trop beau pour être vrai !

Car tout d’abord  le 10 mars 1882 à Bouillante, Jean, devenu cultivateur, reçoit à deux jours de ses 25 ans un joli petit cadeau de mariage emmailloté dans des langes impeccablement virginales. Un héritier, le premier fruit de ses entrailles, qu’il appellera Marc et qu’on surnommera Hermann. La mère se prénomme Marie Exilie, de surnom Evélie, c’est une demoiselle Kali, originaire comme lui de Bouillante, âgée alors de 16 ans et demi, puisque née le 10 octobre 1865.

Le 23 août de la même année il épouse à Saint-Claude  avec le consentement de sa mère alors âgée de 62 ans non pas Marie Exilie, la belle Evélie, comme on aurait pu s’y attendre mais une demoiselle Siphax-Coldy, Louise de prénom, Bise de surnom, née quant à elle le 5 juillet 1864, à Saint-Claude qui vient donc d’avoir ses dix-huit ans. Cette dernière est fille légitime de  sieur Siphax Coldy Benjamin Louisy, décédé le 9 novembre 1869 à Saint-Claude et de dame Siphax Coldy née Emerance Rybour, âgée de 41 ans, devenue par remariage dame Ssossé.

Moins de 3 mois après naît le second fruit des entrailles de Jean, cette fois-ci de sa femme légitime.  Léon Irénée Baltimore naît en effet le 19 octobre 1882 à Saint-Claude, quartier Centre, hameau Belfond au domicile de ses parents. Viendront ensuite Jeanne, ma grand-mère, née le 28 avril 1885, Saint-Omer, né le 2 mars 1887, Paul François né le 26 janvier 1889, Clermont Félix né le 17 janvier 1890, Rose-Marie née le 18 avril 1893, Marie Valentine née le 18 février 1895.

Que se passe-t-il entre 1895 et 1897 ? Mystère. Toujours est-il qu’on retrouve Manzè Bise dans les bras du cultivateur Antoine Abel Beauvue, né le 20 juin 1870 qui reconnaîtra à sa naissance  Vincine Marie Beauvue, appelée en famille Mayotte, née le 19 juillet 1897.

L’histoire ne dit pas si Jean fut invité en 1897 au baptême de l’enfant de Bise, ni si Bise fut invitée en 1882 au baptême de l’enfant de Jean. L’histoire ne dit pas non plus  les raisons de la séparation du couple. Se fit-elle à l’amiable,  fut-elle orageuse ? Nul n’en sait plus rien. Le temps a tissé sa toile de pudeur et les bouches se sont cousues ans leur motus. Les pistes d’explication ne sont pas dix mille: Mari volage ? Femme volage ? Mari vagabond ? Femme vagabonde ? Retour de bâton ? Aliénation mentale ? Alcoolisme ? Liaisons fatales de part et d’autres ou d’un seul côté ? Longue Maladie ? Alzheimer ? Sorcellerie ? On se perd en conjectures !

Ce que l’acte de décès raconte simplement de façon on ne peut plus laconique c’est que le 26 mai 1900 Jean Baltimore meurt à l’âge de 43 ans à l’hospice civil saint Hyacinthe, sis sur l’habitation Thillac, section de la Rivière des Pères et qu’il laisse une veuve de 36 ans. J’ajoute quant à moi que la dite désormais veuve Baltimore reste avec 6 enfants sur les bras à élever, dont cinq sont les oeuvres légitimes du feu sieur Jean (l’une de ses filles, Rose-Marie  étant décédée toute petite) . On enterre Jean en terre baillifienne.

Etrange ! Arrière-grand-papa Jean, arrière-grand-maman Bise  j’invoque vos deux noms! Parlez sans haine et sans crainte ! Dites toute votre vérité et rien que votre vérité ! Dites je le jure ! Arrière-grand-papa Jean aurait dû en toute logique reposer à Saint-Claude où il vivait depuis 18 ans. Saint-Claude où sa grand-mère Magdeleine, première Baltimore répertoriée en Guadeloupe, y née à Bouillante vers 1783 de parents inconnus, esclave jusqu’en 1848 sur l’habitation Ernest Lafages, était morte le 10 novembre 1855 sur l’habitation Ducharmoy de Saint- Claude (qui s’appelait encore à l’époque Extra-Muros) à l’âge de 72 ans. A sa mort les témoins sont ses voisins cultivateurs un certain Anatole Beauvue âgé de 26 ans et un certain  Célébé Vulbeau de 33 ans… Pourquoi diantre cette inhumation à Baillif ! L’humble descendant que je suis et d’autres à venir sans doute brûlent de le savoir pour mieux chanter votre geste ! Saperlipopette !

Irma Léocadie Beauvue naît à son tour des oeuvres d’Antoine Abel Beauvue et de  la désormais Veuve Baltimore le 10 décembre 1907 à Saint-Claude, soit dix ans après ma soeur de père et mère. Mais entre temps sa mère aura eu des oeuvres de Paulin Didier né à Saint-Claude en 1878 une fille née le 1er mai 1903,  Anastasie Félistine Didier dite Acia, la future Madame Jéhu Thionville, qui sera ma Da, ma porteuse, le jour de mon baptême le 16 novembre 1952.

Le 19 janvier 1918 mon arrière-grand-mère Man Bise épousera quelqu’un en deuxièmes noces, je le suppose, je n’en suis pas sûr, car je n’ai pas vu de mes yeux vu l’acte de mariage, mais je tiens l’info pour certaine d’un cousin Guy Bruno, et je suppose, car tout le prête à croire, que l’élu fut le cultivateur devenu maçon Antoine Abel Beauvue. Elle mourra à Saint-Claude le 22 août 1949, à l’âge de 85 ans.

Extra-Muros, Basse-Terre Extra-Muros n’est pas une exo-planète, c’est le nom du ventre qui m’a porté. C’est de là que me vient mon complexe maternel comme disent les spécialistes junguiens. Je suis Baltimore mais comme je l’ai déja dit j’aurais pu tout aussi bien m’appeler Bardus, Vin, Fronton, Vadimon, Valérius, Hubbel, Louiserre, Siphax Coldy, Cortana, Bandini, Rybour, Louiserre, Caïus, Célestine, Anin, cela ne change rien à l’affaire.

En arrivant en métropole en 1961 j’ai découvert que j’avais un joli nom. Premièrement on me disait qu’il était joli et deuxièmement on me demandait s’il était originaire des Etats-Unis. IL y avait en effet une ville au Maryland qui s’appelait Baltimore et le nom provenait d’un Lord Baltimore venu d’Angleterre. J’ai par la suite découvert qu’il y avait d’autres villes nommées Baltimore, l’une en Angleterre et l’autre en Irlande. C’est vrai que ça faisait rêver ces origines américaines d’autant plus qu’à l’école j’étais invariablement premier ou deuxième en anglais. Donc je disais souvent quand on me demandait d’épeler mon nom : comme la ville B-A-L-T-I-M-O-R-E, ce que je fais jusqu’à aujourd’hui. J’ai dû faire de premières recherches vers l’âge de 15 ans ou seize ans et je me suis dit que ma foi c’était tout à fait possible que mes ancêtres aient été esclaves de Lord Baltimore et que comme cela se faisait souvent les esclaves prenaient ensuite le patronyme du maître. Mais cette notion d’esclavage étant un peu dure à avaler à l’époque j’ai remis à plus tard l’examen de ma généalogie. Le jour est venu sur mes 40 ans où j’ai donc commencé à poser des questions à mes parents. Cela a été assez compliqué au départ. Il se demandaient pourquoi je voulais fouiller dans leur passé. Il a fallu que j’insiste, que je revienne à la charge, que j’aie du tact, il a fallu beaucoup de persévérance. Je me souvenais que mon parrain c’était Pierre Hubbel, ma marraine Justine Augustin mais j’appris que ma Da, celle qui m’avait porté le jour de mon baptême, s’appelait Tante Acia. Et que cette Acia, de son vrai nom Anastasie Félistine Didier, était une descendante de ma grand-mère Man Bise, Veuve Jean Baltimore et de Paulin Didier. J’ai aussi appris que mon père portait Baltimore car il était le fils naturel non reconnu de sa mère une vendeuse de feuillages, on dit vendeuse de simples, sur le marché de Bouillante qui serait morte d’un coup de sang. Plus tard j’ai appris entre chuchotements, car ces choses-là ne se disent qu’à voix basse, qu’elle était aussi gadédzafè, spécialiste en sorcellerie, kkk.

Elle eut d’abord un enfant de père inconnu nommé Maurice Marin dont je ne sais rien mais qui portait donc Baltimore et que je n’ai découvert que récemment en fouillant dans les archives. Personne ne m’a jamais parlé de lui. Peut-être est il mort jeune, peut-être pas ! En tout cas il est né le 3 mars 1906 à Saint-Claude. Elle avait eu deux enfants reconnus avec un monsieur Théodore Louiserre (Colette et Alexandre) puis deux autres avec un sieur Bardus de Marie Galante (Germaine puis Ludovic Baltimore), enfants naturels non reconnus. Par la suite Joseph Bardus s’était marié avec une autre demoiselle avec qui il avait eu ses enfants légitimes. C’est vrai que tout petits on donnait du tantante par ci et tonton par là mais je ne comprenais pas vraiment les relations entre tous les membres du clan. Dans la famille il y avait des Noirs, des Blancs, des Zendyens, des rouges, des jaunes, des kako,  et c’était comme ça. Plutôt noirs du coté des Baltimore, plutôt mulâtres du coté des Bardus, plutôt Zendyen du côté des Augustin-Minatchy, plutôt noirs du coté des Vin, plutôt café au lait du côté des Hubbel. Mon père disait toujours pourtant que sa mère c’était une négresse caraïbe. D’ailleurs il avait des cheveux coolie et pas les cheveux grainés que j’ai toujours eus, héritage donc de ma mère du coté Vin et Hubbel. Il avait une soeur Germaine, ça je le savais et je crois qu’on se voyait souvent. Mais je n’avais pas encore intégré le système de soeurs ou demi-soeurs ou demi-frères et frères. Comme mon grand père, le père de ma mère, Hubbel Maurice, avait eu plusieurs relations, évidemment les fruits de ses entrailles étaient mes tantes ou mes oncles. Evidemment on ne me disait pas: « Tiens celui-la c’est le fils que ton grand-père a eu avec une demoiselle Untel ». On disait « dis bonjour à ton oncle Marceau » par exemple. Et c’était à moi de m’en arranger. On disait « Voici ta tante Sissi », en fait c’était ma grand-tante ou tonton Zéphyrin, le frère de ma grand-mère, Charlise Julienne Augustin que moi j’ai toujours appelé Mémé. Quant à son époux Jules Augustin, qui en fait aurait dû s’appeler Minatchy, je l’appelais Gigi, d’autres petits-fils du côté des demi-soeurs de ma mère, Laurette et Justine Augustin, l’appelaient Madidi. On ne me disait pas « ton arrière-grand-mère Man Bise a eu des enfants avec 3 hommes différents dont les premiers avec ton ancêtre Jean Baltimore ». Non, on ne parlait pas des ancêtres du côté de mon père. Jamais. Il a dû souffrir une grosse blessure narcissique, probablement, dans son enfance. D’ailleurs quand il parlait de son père Joseph Bardus, il disait toujours Monsieur Bardus. Je crois qu’il considérait le mari de sa demi-soeur, ma tante Fifine, Théophile Colette dite Fifine, Louiserre, épouse Hubbel, comme son père. Il l’estimait plus car il l’évoquait comme le Père Hubbel. Mais je sais qu’il était très proche de ses soeurs du côté Bardus et en particulier d’Eliane et de Monique. Je sais qu’il en a voulu toute sa vie à Antoinette qui l’avait un jour traité de sale bâtard. Il ne le lui a jamais pardonné ! Sa sœur aînée Fifine était devenue sa mère adoptive d’une certaine façon et il la respectait. Je me souviens que la veille de sa mort sa dernière pensée fut pour elle. Il me dit à l’hôpital de Troyes où il se trouvait. « Ne dis rien à Fifine. Elle est déjà bien vieille. Ca risque de lui faire du mal. » Fifine lui a survécu encore quelques années avant de s’éteindre elle aussi à Saint-Claude ruelle de l’Externat. Mon père me racontait tout de même que sa mère était morte quand lui avait dix ans et qu’il était resté à pleurer toute la journée dans son lit à Bouillante où il était en vacances chez de la famille et que ce n’est qu’après l’enterrement de sa mère qu’il est donc venu habiter à Saint-Claude chez sa soeur aînée, Colette LOUISERRE, dite Fifine, elle aussi issue d’un père différent, mariée avec le père de ma mère, Aquilin Claironisse dit Maurice HUBBEL, un Martiniquais de Schoelcher venu s’installer en Guadeloupe. J’ai su aussi qu’il avait un autre frère du coté Louiserre, Alexandre, qui était mort pendant la guerre en 1939. Mon père qui a fait partie de la résistance, il a fait l’Indochine, me disait que son père aurait voulu le reconnaître mais que lui à l’âge de 16 ans par orgueil aurait préféré continuer comme ça avec le nom Baltimore. Et moi qui toute ma vie avait cru que mon père était orphelin de père ! C’est vrai que son père était décédé quand moi je suis né. De plus mon père avait peu de relation aux Antilles avec les Baltimore. Comme nous habitions Saint-Claude ou Basse-Terre jusqu’à l’âge de 9 ans je ne me souviens pas une seule fois avoir rencontré un autre Baltimore. Je sais maintenant qu’il y en avait un certain nombre à Morne à Vaches et à Matouba et ma mère me raconte qu’autrefois il y avait un Baltimore qui travaillait à l’hopital Biérose mais je ne m’en souviens pas; je ne me souviens pas avoir passé un seul jour à Bouillante pour voir la famille. Ma famille c’était les VIN, les HUBBEL, les CELESTINE, les AUGUSTIN tous du côté de ma mère. Comme mon père n’avait que des soeurs de même mère, puisque ses deux frères l’un du côté des BALTIMORE et l’autre du côté des LOUISERRE étaient décédés depuis belle lurette quand je suis né et que le seul frère que j’ai connu portait BARDUS, je n’ai jamais connu petit un oncle, un cousin, un beau-frère, un grand-père qui porte BALTIMORE. Quand nous sommes partis sur Paris en 1961 c’est là que pour la première fois j’ai entendu parler d’un autre Baltimore, Adonaï BALTIMORE qui nous rendait visite de temps en temps. Plus tard j’ai su que mon père fréquentait aussi Maxime Baltimore puisque ce dernier fut parrain à Vernouillet de mon frère Pascal en 1964. Mais le gros des visites était des VIN, HUBBEL, PRADEL, AUGUSTIN, CELESTINE.

Parallèlement à mes recherches sur les Antilles et la métropole j’ai commencé à faire des recherches sur les Baltimore aux USA. J’ai vu qu’il y avait en gros deux lignées: Une noire et une blanche. Avec des ramifications sur le Canada. Je me suis au début intéressé aux deux pôles, j’ai parcouru généalogiquement les Etats-Unis en long et en large et j’ai pu vérifier que le patronyme Baltimore est en pleine vitalité partout aux USA et au Canada. Puis en poussant plus loin mes recherches j’ai vu qu’il y avait un grand nombre de Baltimore aux Etats-Unis originaires des Caraïbes, et plus spécifiquement originaires de l’île d’Antigua et Barbuda tout comme des Iles Vierges Américaines comme Britanniques. Comme tous les Baltimore qui s’intéressent un peu à la généalogie je croyais que j’avais une ascendance américaine. Mais à la découverte de ces infos j’ai privilégié rapidement une approche inter-caribéenne. Ma thèse c’est que les Baltimore de Guadeloupe et ceux d’Antigua sont de la même origine. Il y a aussi des Baltimore aux Etats Unis mais en principe s’ils ne sont pas de souche caribéenne (et il y en a beaucoup qui le sont, qui ont quitté leurs îles pour les USA ou le Canada) ils n’ont rien à voir avec nous et encore moins avec Lord Baltimore qui aurait fondé la ville de Baltimore aux Etats Unis dans le Maryland; par contre il n’est pas exclu qu’ils aient un rapport avec la ville de Baltimore en Irlande que j’ai visitée en 2013. J’avance à petits pas désormais mais j’avance piano piano. Et je suis bien sûr entré en contact via internet et via téléphone avec quelques-uns de ces Baltimore qui pour la plupart habitent Willeskies à Antigua.

Mais revenons aux Baltimore de la Guadeloupe puisque tel est le sujet ici. Tout d’abord notons que Baltimor est une variante de Baltimore mais qu’il s’agit bien de la seule et même famille. J’ai même vu apparaître sur actes de naissance ou de décès un BALTIMORD et un BALTIMORT. Mais je précise à toutes fins utiles que les Baltimore à leur grande majorité ne mordent pas et meurent à un âge élevé ! Donc quand je dirai Baltimore pour moi il s’agit toujours des quatre graphies: celle avec e final, celle sans e final, celle avec t final et celle avec d final. Tout d’abord la plus ancienne Baltimore répertoriée est Baltimore Magdeleine, esclave née en 1783 à Bouillante, Guadeloupe, mère de Monrose dit Petit Frère Baltimore. Monrose meurt en 1860 et aura au total une descendance de 8 enfants avec Jeannille Bandini. 6 garçons et deux filles. Ce sont du plus vieux au plus jeune: Saint Prix, Etienne, Anne-Rose dite Maurestine, Marie Herminie, Louis dit Petit Pierre, Jean, Bastien et Henri. On peut donc dire que dans l’arbre des Baltimor(e) il y a grosso modo 8 branches potentielles qui chacune correspond à l’un des enfants de Monrose. Tous les descendants de Magdeleine Baltimore sont donc des descendants d’esclave. Donc je peux proclamer haut et fort que JE SUIS DONC DESCENDANT D’ESCLAVE, et fier de l’être. Il est vrai que ce processus d’acceptation ne s’est pas fait du jour au lendemain d’un cliquement de doigt. Je suis passé par de nombreuses étapes…Tout d’abord j’ai lu de nombreux livres sur le sujet et visionné de nombreux films aussi. Mais ce qui m’a vraiment fait changer radicalement ma perception et fait passer de l’acceptation passive à l’acceptation active a été la thèse de doctorat en philosophie pratique soutenue à l’université Paris Est le 5 décembre 2012 et intitulée : « La religion de l’escravitude, ou l’utopie des abolitionnistes ». L’auteur est un membre d’une famille alliée nommée Ericque COEZY. La thèse est depuis mai 2016 disponible dans une version un peu moins dense chez l’Harmattan, dans leur filiale les Impliqués. Je vous en recommande la lecture ! Je suis en paix avec moi-même, philosophiquement et pratiquement. L’esclavage fait partie de mon héritage et même si mon nom a été donné à mes ancêtres sans qu’ils aient eu leur mot à dire probablement en 1848, je l’assume et je le transmets fièrement par monts et par vaux ! BALTIMORE trompe la mort ! BALTIMORE Belphégor ! Même si autrefois j’ai admiré Malcom X et sa démarche je ne me ferai jamais appeler désormais Jean-Marie X ! Peut-être un jour saurai-je, au fil de mes recherches, qui était le père de Monrose Baltimore ou les parents de Magdeleine. Il suffit de chercher les archives des habitations qui les ont vus naître, de consulter les archives des notaires de l’époque et on trouvera sans doute d’autres ancêtres. Mais à l’heure où nous sommes j’en suis encore à faire le lien entre Magdeleine Baltimore et toutes les branches qui en sont originaires. Peut être même que le père de Magdeleine n’était pas esclave et que le père de Monrose ne l’était pas lui non plus. Peu importe. Je suis en paix avec mes ancêtres esclaves ! Ils sont le fruit d’une époque, d’une logique. Je sais que j’ai un pied en Afrique -j’aimerais quand même bien savoir où en Afrique précisément – un pied en Amérique. Mais j’ai aussi désormais par ma propre histoire un doigt aux Etats-Unis, quatre doigts au Brésil, un doigt en Hollande. Je me considère du Tout-Monde comme dirait Glissant, riche et singulier de mes expériences, de mes voyages et de mes rencontres. Français oui mais pas seulement, Antillais oui mais pas seulement, Guadeloupéen oui mais pas seulement, Martiniquais oui mais pas seulement, Africain oui mais pas seulement, Saint-claudien oui mais pas seulement , Brésilien oui mais pas seulement, Caribéen oui mais pas seulement, bientôt mahorais, oui mais pas seulement, et même pour terminer Baltimore oui mais pas seulement et toute généalogie est là pour prouver à la face du monde qu’au delà d’un patronyme on est ce patronyme mais pas seulement. Donc je suis un Baltimore, un Bardus, un Vin, un Hubbel, un Célestine, un Fronton, un Valérius, un Siphax-Coldy, un Bandini, un Caïus, etc . Je suis en même temps le cousin et l’oncle, le grand père et l’arrière grand mère et je me reconnais aussi pour racines ultimes celles du cyclone qui traverse l’océan pour venir fertiliser de sa houle les îles lointaines ! L’une de mes premières surprises a été de voir comment les Antillais aiment cacher leur prénoms, ils en ont souvent 2 ou 3 et cela permet de différencier l’un de l’autre. Mais il semblerait que ce soit un art caribéen. Se cacher son nom de baptême, le nom du saint car autrefois on donnait à l’enfant le nom du saint fêté le jour de sa naissance par exemple si vous naissiez le jour de la saint Gabin, eh bien vous en étiez quitte pour avoir du Gabin dans votre prénom. Donner son nom de baptême équivaudrait à retirer son protègement, se montrer nu. Donc j’ai remarqué que beaucoup hésitent à donner ce prénom et même à me livrer en pâture leur autre prénom, préférant les surnoms. Et cela ne date pas d’hier. Tenez ! Monrose surnommé Petit Frère Baltimore, Louis surnommé Petit Pierre Baltimore, Anne-Rose dite Maurestine Baltimore, Aquilin Claironisse dit Maurice Hubbel, Jeanne dite Fillote Baltimore, Marc dit Hermann Baltimore, Alphonsine dite Idora Célestine, Eléonore dite Itane Caius, Angèle dit Dicélisse Célestine, Gabriel Eusèbe dit Ardisson Caius, Marie dite Sainte-priette Baltimore, Calixte dit Robert Baltimore, Marc dit Hermann Baltimore, Edwige Rayann dite Man Néné, Félicité dit Sosthène Baltimore, Eulalie dite Annadore Baltimore, épouse Gabali, Aubierge Dominique dit Paul Baltimore, Urbain Angers dit Jirlin Baltimore, Bernard Germain dit Marceau Célestine, Joseph Etienne dit Doëns Celestine, Vincine Marie dite Mayotte Beauvue, Louise Siphax Coldy dite Man Bise, Paul François dit Maxime Baltimore, Anastasie Félistine dite Acia Didier, Théophile Colette dite Fifine Louiserre épouse Hubbel, etc. Vous voyez le travail. D’ailleurs moi même on m’appelait Harry quand j’étais petit jusqu’à ce que je refuse de me laisser appeler ainsi en arrivant en France. Si je ne l’avais pas fait tout le monde m’appellerait Harry ou Ari Baltimore  et personne ne saurait que mon vrait prénom c’est Jean-Marie et mon deuxième prénom Arsène.

Une dernière chose : mon travail généalogique est publié sur le site Geneanet . Même s’il résulte d’efforts de plus de 20 ans de recherches le travail est loin d’être terminé. Le terrain est toujours en friches. J’ai beau débroussailler,  il y a beaucoup de labourage à faire encore. J’aurais aimé que d’autres de la famille se saisissent de leur houe, de leur pelle de leur pioche et se joignent à moi pour entrer dans le cœur du sujet c’est à dire la période avant 1848 et qu’ils se plongent dans les archives qui sont à Gourbeyre pour en savoir plus sur nos ancêtres à Bouillante car je n’habite plus la Guadeloupe depuis 1961 et n’y suis retourné pour de brèves vacances que 5 fois en 55 ans. La dernière fois c’était en 2006. Je pensais venir fair une halte en 2017, un petit séjour mais la vie en a décidé autrement et c’ets à Mayotte que je vais poser mon bâton de pélerin ! Ferai-je un ultime petit séjour là-bas. On verra bien mais je peux vous assurer que le jour où je mettrai pied sur la Guadeloupe, si j’y mets jamis les pieds  je passerai mes journées plus aux archives que « sous les cocotiers qui se balancent en silence » ! Je continue mes recherches via le net où je viens en aide à beaucoup de naufragés car la base de noms (16571 individus à la date d’aujour’hui parmi lesquels 733 BALTIMOR ou BALTIMORE) et d’expériences  que j’ai accumulée me permet souvent de répondre à leurs questionnements. J’ai parfois rêvé de fonder une association « Descendants de Magdeleine Baltimore ». Verra-t-elle le jour par un beau matin d’hivernage ou le lendemain d’un énième cyclone ? Je n’en sais rien. Advienne que pourra ! Je fais ma part en tout cas ! Votre serviteur, Jean-Marie Arsène, appelé dans son enfance extramurienne et bassetérienne Harry BALTIMORE

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