Jour -8. J’ai envoyé mon estomac en éclaireur dans l’Océan Indien

Eh oui à jour -8 il faut commencer à activer les mandibules, les glandes salivaires ! J’ai donc envoyé mon estomac en éclaireur à Mayotte. Cela fait déjà dix jours qu’El Traidor était parti et ne me donnait pas de nouvelles. Je lui avais demandé expressément de mener une enquête approfondie sur le marché de Mamoudzou et les autres sept marchés de l’île, sur le prix du kilo de gombo, d’ignames et de corossol, sur la cherté des fruits de mer et spécialement des palourdes. Je lui avais demandé de prendre note du vocabulaire en shimaoré de la gastronomie locale. Surtout je lui avais dit « garçon, ne m’adresse plus la parole tant que tu ne sais pas comment on dit gombo en shimaoré. »

Vous savez entre moi et mon estomac c’est comme entre le président et son premier ministre : je décide, il exécute ! A moi la stratégie globale, à lui la gestion du quotidien ! Mais depuis qu’il sait qu’il va devoir s’acclimater ses papilles intestinales  à d’autres nourritures terrestres il stresse quelque peu. Que voulez-vous les ventres creux de marcassin voyageur ronflent comme des barrils de steel band quand ils ne voient pas venir de l’horizon métropolitain de la Case Antillaise les fumets entremêlés d’un dombré pois rouges ou pwadibwa qui mijote à côté d’une fricassée de chatrou amoureusement concoctés par Jean-Noël Grandu, grand-maître artificier du bon goût antillais! Résultat de l’affaire, il se croit à Montpellier. Alors pour lui remettre les pieds sur terre : je l’ai envoyé en éclaireur dans l’Océan Indien. Du coup c’est moi qui maigris à vue d’oeil, lui là-bas, moi ici. Avant hier 92,200, hier 92 kilos, aujourd’hui 91,800. A ce rythme-là quand notre couple exécutif se retrouvera à Dzaoudzi, ancienne capitale de Toutes les Comores, le 11 août au matin pour le petit déjeuner intime de retrouvailles eh bien j’en serai à 90,2 kilos. Ca me fait penser qu’il faut que j’achète des bretelles, tiens !

Bon, il n’a toujours pas trouvé comment on dit gombo en shimaoré. Il en est lui même navré. Il parle bien le bougre quand il veut. Il me dit : j’en suis marri. Il n’aime pas me faire e la peine, il baisse la tête. quand il fait cette tête la, cette tête de chien battu et de lolojmaten je fonds, je lui pardonne ! Mais il faut le comprendre: il ne parle pas shimaoré lui non plus ! Il me rappelle qu’en kikongo gombo se dit ki-ngombo, le shimaoré et le kikongo étant deux langues bantoues, on devrait s’y retrouver ! ah ce ventre, je l’adore, il est irrésistible, on peut tout lui dire, tout lui faire, il ne se vexe jamais, il prend son mal en patience et dès qu’il le peut il me donne son coup de grâce et me happe comme un boa constrictor happe sa proie ! Il trouve toujours les bonnes solutions ! Lui, je le connais, le lascar,  il veut une vie de touriste, le farniente. Moi je veux  bosser, mon gars ! Je n’aurai qu’un seul tabou, je m’en excuse par avance auprès de  mes futurs amis mahorais, les mabawa, il le sait bien, lui, les ailes de poulet grillées, je laisse ma part ! le zébu, le mouton, le cabri, une petite exception par ci, une autre par là, une fois l’an ou le trimestre ou le mois, au diable l’avarice, on a le droit de se permettre de petites gâteries, non ? Mais le poulet, niet, le poulet, niet, awa, non merci bwana, ah oui je redeviens végétarien à l’heure même ! Il me parle de restaurants qui acceptent carte bleue avec vue sur le lagon, il me dit dos de vivaneau à la vanille, mataba poisson, zébu petsai (alors même que je l’ai prévenu que j’étais végétarien) (bon, il est vrai que je lui avais promis de faire exception pour le mouton et l’agneau et le cabri pour lesquels il a un faible depuis sa plus tendre enfance). Il me parle de compotée de fleurs de banane au lait de coco, il me fait reluire la brochette d’espadon sauce vierge (il me parle même en anglais le bougre, swordfish). Il me dit le samedi on ira à la plage à un voulé barbecue. il m’a proposé même un itinéraire gastronomique rien que pour ma premier weekend . Au menu  rougail avocat, jus d’avocat, bananes vertes frites (ah ça fait tellement longtemps que je n’ai pas mangé des ti-nains), fruit à pain, tartare de poisson  cornichon vanille, salade de papaye choux coco, marlin fumé maison. Je l’arrête, arrêtez la cour est pleine ! Mais il continue. Rillette d’espadon, carpaccio de thon rouge et d’espadon. il a même déja réservé pour mon arrivée des feuilles de combava, des ambrevades et des brèdes en veux tu en voila. Et comme il n’a pas réussi à trouver la traduction de gombo en shimaoré j’ai dû lui infliger une petite amende. Il devra apprendre par coeur dix nouveaux mots par jour exclusivement liés à la mangeaille dans les 8 jours qui nous restent.  ça nous fera 80 mots en sus des dix mots que nous maîtrisons déjà !  Pour aujourd’hui ce sera : shiazi (igname), pwedza (poulpe), mutsolola (un plat de bananes vertes), putu (piment), feliki (brèdes), kumvava (combava), maji (eau), papa (requin), dradraka (crabe), bambari (mouton) ! ah mais qu’est-ce qu’il croit, c’est moi qui le régule et non lui ! Non, mais …

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