le cardinal et le gombo

Il y a à Mayotte une aquarelliste ! Elle s’appelle Christine Louzé et j’aimerais bien la connaître. Non pas parce que moi aussi j’ai commencé l’aquarelle et que je voudrais sinon des cours du moins quelques conseils pour m’améliorer mais parce qu’elle m’a intrigué par sa collection de timbres. Des timbres qu’elle a réalisés pour la Poste de Mayotte entre 2001 et 2011. Rien ne dit qu’elle habite Mayotte. Mais son portfolio me transporte plus que mille mots en shimaoré. J’y vois d’abord la nature mahoraise dans toute sa majesté tropicale : le jasmin, l’ylang-ylang, les manguiers, l’hibiscus, le cocotier, les régimes de banane, la jaque,  le tamarin , toutes choses que je connais bien si on excepte l’ylang ylang ! Il y a les femmes mahoraises, les ponts, la mer ! Et il y a l’éminentissime cardinal !

Je m’attendais moi à y trouver des brèdes, des ambrévades, de l’igname, mais non c’est un cardinal qui a trouvé grâce à ses yeux ! « Où sont mes gombos ? » me suis-je dit, déçu au premier abord. Puis je me ravisai en disant que moi, Cyclone Baltimore, aquarelliste, je les peindrai en aquarelle les gombos et qu’on n’en reparlerait plus ! Les gombos sont néanmoins présents de façon subliminaire puisque l’hibiscus est présent et que le fruit de la fleur d’hibiscus s’appelle gombo même si par définition cet hibiscus s’appelle depuis Linné  Abelmoschus esculentus! 

Ce fut alors que je vis apparaître comme une épiphanie le timbre glorifiant le cardinal ! Non je ne parle pas des éminences grises telles Richelieu aux calottes et aux robes pourpres, je ne parle pas de ces éminences qui peuplent les cités papales et qui de leur fumée blanche élisent chaque fois que l’un des leur trépasse le successeur de l’homme aux clés.

Non je parle du cardinal, l’oiseau.

Celui qui est l’emblème des Baltimore Orioles, une sorte de lore, de loriot ! Celui qui s’appelle comme moi Baltimore ! Je  l’avais égaré dans l’un de ces tiroirs oubliés qui s’ouvrent au détour d’un parfum ou d’une image, il revenait, il repartait avec son petit chant aigu « tiiiu, tiiiiu, tiiiu » et moi je ne savais plus où j’avais mis l’appeau capable de le charmer et de le faire revenir ! un tiroir c’est ce matin entrebaillé et je viens de le retrouver ! Je savais qu’il existait depuis le lycée, un oiseau des îles, je crois même avoir dit en certaines occasions lointaines « je m’appelle Baltimore comme l’oiseau des îles » . De quelles îles il s’agissait, je l’ignorais ! Mayotte, Madagascar, les Seychelles, les Comores me paraissaient des îles irréelles où mes cardinaux batifolaient avec des oiseaux de paradis mais personne là ou j’étais ne connaissait cet oiseau donc j’ai changé pour « je m’appelle Baltimore comme la ville » et là tout de suite on savait comment écrire mon nom même si je devais toujours préciser avec un e à la fin !

Foudi des Comores. Famille des Plocéidés. Ordre : Passériformes

Il y aurait donc des Baltimore, des cardinaux endémiques à Mayotte, sous le nom de Foudi des Comores !  Ici on les appelle Foudy et leur nom scientifique est Foudia eminentissima. C’est Bonaparte qui fut le premier descripteur en 1850 à le systématiser. Il formula ainsi qu’ils appartenaient à l’ordre des passériformes, à la  famille des plocéidés, au genre foudia et à l’espèce eminentissima. Il y a une sous-espèce qui se dénomme Foudia eminentissima  algondae, décrite par Schlegel en 1867 et qui est endémique à Mayotte. Les ornithologues aiment pinailler sur la classe, l’ordre, le genre, l’espèce, la sous espèce, moi je dis que tous les passériformes sont des cousins. Il y a des théories zoologiques très élaborées qui disent que la famille des passériformes est divisée en 11 genres et 109 espèces et que le genre foudia comprend 7 espèces vivantes (ils évoquent à part bien entendu les espèces éteintes). Ils font ainsi la distinction entre le foudi de Madagascar, le foudi de Maurice, le foudi des Comores, le foudi de Rodrigues, le foudi des Seychelles. on pourrait continuer comme ça la liste ad vitam aeternam  le foudi d’Amirantes, le foudi de Chagos, le foudi de Providence, le foudi de la Réunion ! Pour moi ce sont tous des foudi de l’Océan Indien, point final, bâton de maréchal ! Ils appartiennent   tous à l’ordre suprême des passériformes comme le Baltimore Oriole, tous cousins ! Merci Christine pour me l’avoir signalé par ce timbre.

Mon frère Jean-Claude m’a raconté hier que quand il est allé en Afrique pour la première fois (au Sénégal puis ensuite en Côte d’Ivoire) ce fut pour lui comme un pèlerinage sur la route de l’esclave. il y a dans pèlerinage un succédané mystique qui m’effraie un peu. Je préfère le mot de Césaire:  Retour au pays natal ! Mais je le transformerai en retour au pays du cardinal.

Ce cardinal, mon oiseau-totem en quelque sorte, qui est une espèce protégée de la faune mahoraise, et moi avons sans doute un passé et un destin commun, une parenté spirituelle, au-delà du nom et c’est ce que je m’attacherai à découvrir une fois fois que j’aurais mis les pieds sur l’île hippocampe.

Première question : pourquoi les Baltimore Orioles ont-ils choisi ce volatile pour les représenter

Réponse : Ils ont choisi en fait un autre oiseau, le baltimore oriole qui lui s’appelle Icterus galbula et qui est le symbole de l’état du Maryland et  depuis 1894 le symbole de l’équipe de Base-Ball Baltimore Orioles. Ictérus galbula est lui aussi de l’ordre des passeriformes mais de la famile des    icteriae genre Icterus et fut décrit le premier par Linné en 1758

Deuxième question : pourquoi l’avoir appelé cardinal ? Pourquoi pas évêque, pape, nonce apostolique, curé, abbé, diacre ?

Réponse : tiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiu tiiu

Troisième question : Est-il apparenté aussi à Claudia ? (Cardinale)

Réponse : tiiiu tiiiu tiiiu

Quatrième question : Pépie-t-il en  shimaoré ou en shibushi ? Ou est-il bilingue, voire polyglotte  ?

Réponse : tiu tiu tiuuu tiu tiu tiuuu

Cinquième question : Est-il comme moi fou de gombo, d’igname, de bananes vertes, de palourdes, de gombo et de corossol ?

Réponse : zipilip zambo zambo lambo lambo

Sixième et dernière question : comment a-t-il atterri ici ? est-il un oiseau endémique d’ici dans !

Réponse : titi tutu toto titi tutu toto

Question subsidiaire : Sait-il comment on dit gombo en shimaoré ?

Réponse : ding deng dong tiiiiu tiuuuuu ding deng dong

eh bien me voilà frais, non seulement il faudra que je me mette au shimaoré mais encore il va falloir que j’apprenne le tiiiiu et je ne sais toujours pas comment on dit gombo en shimaoré

3 réflexions sur “le cardinal et le gombo

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