je vous sers un petit café au gombo ?

Parfois, je dirais même souvent, je m’étonne qu’on oublie les recettes tropicales d’antan. Le monde s’homogénéise, se pasteurise  ! On traverse les océans, on franchit les espaces et toujours la sacro-sainte frites, le sacré saint hamburger, la sacrée sainte bière de malt et d’orge, la sacrée sainte farine de blé. De temps en temps une petite cuillerée de maïs ou de seigle, ou d’avoine pour se donner bonne conscience, un sucre d’orge et hop on retombe dans la guimauve, la bouillie, la purée de patate. Il est bon de jeter un petit coup d’oeil dans le rétroviseur  car souvent dans le passé se trouvent les solutions pour l’avenir.

Prenons l’exemple du gombo (comme ça au hasard) :

 

J’ai déjà suffisamment évoqué ça et là dans ce blog la passion qui me lie à ce légume visqueux ! Abelmoschus a un frère jumeau qui s’appelle Hibiscus cannabinus, le gonkura, appelé aussi chanvre de dakan, jute, kenaf, dont les feuilles sont utilisées en Inde pour faire du chutney. ah la généalogie du gombo est gourmande et passionnante. Et j’apprends ainsi que l’empereur Bhulokamala Someshwara III de la dynastie  des Chalukyan de l’Ouest qui régna entre 1126 et 1138 , surnommé « le lotus de la terre », appréciait lui aussi plus que de raison le gombo selon Charaka. Bienvenue dans le clan !

Je viens de retrouver un article dans le très sérieux  Journal de Chimie Médicale, Pharmacie et Toxicologie daté de  janvier 1835. Il y a de cela donc 182 ans on savait que le café à base gombo était meilleur marché, aussi bon et meilleur pour la santé que le café. C’était un médicament comme la guimauve ! On prend encore de nos jours ce café au Panama, en Turquie. Certains l’imprègnent de café pour lui donner le goût de café mais en lui même il a son gout spécial qui vaudrait la peine d’être savouré !

Car à bien y réflêchir avant le café le monde tournait déjà ! Idem avec la pomme de terre ! Avant nos nouvelles dépendances au café et au tabac que buvaient et que fumaient  les gens ? Avant le coca-cola ? Quoi qu’il en soit, et quoi que soit le nom sous lequel il existe et est encore consommé de nos jours, café de gombo, okra coffee, café de quiabo au Brésil, café de quimbombo au Panama, café de bhindi en Inde, café de lalo c’est un excellent succédané, un excellent substitut pour le café qui on le sait a comme inconvénient majeur la caféine ! Comment expliquer qu’alors qu’on trouve partout outre le café la chicorée en France on ne trouve pas dans les pays qui produisent le gombo le café de gombo. Cherchez dans les boutiques bio spécialisées, fouillez leurs catalogues, elles  pourtant si promptes à remettre au gout du jour les dernières panacées, on n’y trouve le gombo ni en poudre, comme épaississant naturel ni en grains  séchés, ni en gélules, ni en comprimés, ni nature ! Il y a certainement des intérêts économiques en jeu. Osons le dire : des lobbys ! Mais nous pouvons tous à notre échelon produire notre propre café, planter, récolter, voire acheter des graines de gombo séchées, comme autrefois on achetait le café en grains  et qu’on le torréfiait, puis moulait. Je crois beaucoup à une qualité de vie. Ce n’est pas nouveau : il n’y a rien de nouveau depuis Henry David Thoreau (1817-1862) et son retour à la nature et à l’autosuffisance. Il est aussi connu pour ses idées autour de la  désobéissance civile qui souvent m’inspirent par leur bon sens. Ce visionnaire écrivait en 1854 ceci à propos de la glycine tubéreuse, un légume racine que mangeaient les Amérindiens , dans son chef d’oeuvre Walden or Life in the Woods:’

« Digging one day for fish-worms I discovered the ground-nut (Apios tuberosa) on its string, the potato of the aborigines….Cultivation has well nigh exterminated it….This tuber seemed like a faint promise of Nature to rear her own children and feed them simply here at some future period. In these days of fatted cattle and waving grain-fields, this humble root, which was once the totem of an Indian tribe, is quite forgotten…; but let wild Nature reign here once more, and the tender and luxurious English grains will probably disappear before a myriad of foes…but the now almost exterminated ground-nut will perhaps revive and flourish in spite of frosts and wildness, prove itself indigenous, and resume its ancient importance and dignity as the diet of the hunter tribe. » House-Warming, pp. 200-201

 A l’heure où j’apprends que les oeufs contaminés aux insecticides commercialisés  en France viennent de Hollande, je me félicite quand à moi d’essayer au maximum de mes possibilités de manger local où que je sois. Nous laissons tous notre empreinte en gaz carbonique, moi j’essaie que mon empreinte soit la plus invisible possible. Cela peut tenir à un grain de gombo  qui dans deux jours deviendront pour moi mon légume local. Alors, chiche, un petit kawa au gombo, ça vous tente ?

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