un bakoko au Baraka

Le Baraka est un snack bar afro comorien. Ici on appelle africain ceux qui sont nés sur le contient africain. Je sais par exemple qu’il y a une grosse communauté de congolais. Eh bien justement le Baraka a un comorien et une congolaise aux commandes. Ils se relaient, chacun avec ses spécialités. L’une est congolaise mais aujourd’hui elle se repose. D’elle je ne sais rien de plus sinon qu’elle fait aussi d’autres petits jobs à côté , qu’elle concocte des  plats pour sa communaute et qu’elle a moins de quarante ans et appelle son associé le vieux. Yepa y aura des gombos, des mulanda? L’autre est musulman et comorien. Il a 59 ans, le pauvre vieux. Si lui qui a moins  de 60 ans est traité de vieux par son associée, moi vous pouvez m’appeler Mathusalem ou carrément  Jonathan comme la tortue geante plus que centenaire de Sainte-Helene ou encore coelanthe, espèce de vieux débris fossile à nageoires. Il s’appelle Mohammed. Il a vécu de nombreuses années en France où il a travaille comme technicien du froid. Puis le chômage est venu, le RSA. Il a décidé de rentrer non pas aux Comores mais à Mayotte voulant travailler dans sa branche. Mais la concurrence ici est féroce et pour remporter les marchés publics il faut lutter avec les grosses entreprises réunionnaises qui viennent jusqu’ici démarcher les clients. Il fait donc des jobs pour survivre. Sa femme et ses enfants sont restés en France. Et comme il est musulman il a pris ici à Mayotte une deuxième épouse  a qui lui a donné  à un fils. Sa première épouse ne s’en offusqué pas puisqu’elle a envoyé un cadeau  à pour célébrer  à la naissance du dernier ne son demi-mari. Il a au total donc 5 enfants. Il me parle de sa culture comorienne beaucoup plus traditionnelle que celle de Mayotte. De l’insécurité d’ici et de la sécurité de là-bas ou on peut dormir avec la porte ouverte sans risquer de se faire dépecer comme ici. Il y a selon lui deux types de Mahorais: ceux qui sont plus français que les Français, qui se croient supérieurs en tout et les autres. Il y a ceux qui oublient qu’ils ont été comoriens, ceux qui oublient qu’ils sont africains. Je lui rapporte le propos de Benoît Lenclume disant qu’à la base ici tout le monde est malgache. Il répond que dans le cas de l Grande Comore  dont il est originaire ils ont des origines de Zanzibar en Tanzanie donc africaines et arabes. Il me dit que les Comoriens sont accueillants et communicatifs. C’est un musulman pratiquant. Il me parle des piliers de sa foi: Allah, Mohammed, les cinq prières quotidiennes, l’interdiction du porc et de l’alcool. À propos de l’alcool je lui fais remarquer qu’il me vend de la bière, ce à quoi il répond que c’est son associée qui vend pas lui. Il vend pour son associée donc ce n’est pas un péché. Un musulman peut boire mais il sait en connaissance de cause qu’il commet un péché. Ceux qui a Mayotte boivent sont donc des pêcheurs. Celui qui mange trop où celui qui boit trop comme celui qui danse jusqu’à  y en perdre l’esprit sont en état   de peche. L’islam prône la tempérance, la moderation. Mais moi je demande  si la prière n’est pas une rédemption. Il me signale un autre pilier de la foi : c’est faire le pèlerinage à la Mecque, si on en a les moyens. Et celui de faire le ramadan et de faire zaka (la charité) s’il en a les moyens. Un homme peut avoir plusieurs épouses s’il en a les moyens. Il évoque avec moi la tenue du bon musulman :le boubou qu’ici on appelle kandu et le bonnet kofyia. Et pour la bonne musulmane le voile, le body, le salouva. D’ailleurs il y a un kofyia très beau sur la table de couleur beige brodé que je meurs d’envie de porter pour faire une photo. Je lui en demande le prix. 100€ . Brode main, de la belle ouvrage certes mais,non merci monsieur, je ne suis pas musulman, c’est juste pour faire une photo. J’ai déjà mon Stetson américain que j’ai paye une fortune à Stockholm. Non merci bakoko  !

Bakoko veut dire vieillard. Moi je suis un bakoko qui s’habille différemment des bakoko d’ici. Partout où je passe je sens les regards braques sur moi. Hommes, femmes, enfants, cabris, rats, chats tout le monde me regarde.  Ce n’est pas de la moquerie car on respecte les plus de 65 ans (mon proche futur état)) qui ne representent guere que 4 pour cent de la population mais eux ils portent boubou et bonnet ( kandi et koffya). Ils vont aux aurores à la mosquée parfois s’appuyant sur une canne puis on retrouve les plus agiles dans un bar ou ils tapent les dominos. J’ai déjà remarqué deux de ces repaires l’un au port de M’tsapere et l’autre à M’Bongani. J’irai y faire un tour un de ces quatre. Tiens peut être aujourd’hui 15 août. Quand je passe vêtu de mon tricot de corps à trou antillais comme seul vêtement sur le dos, mon tricot de peau comme disait mon père je m’imagine qu’ils se disent : il est « ousado » le bakoko. J’ai appris aujourd’hui par la future logeuse que tous, enfin la plupart des bakoko portent sous le boubou mon type de débardeur créole. Mais sous le boubou, cela fait partie du domaine de l’intime. Mais moi bakoko ou pas, je n’en démords pas, je vais continuer à les porter mes tricots de peau au vu et au su de la Mahorité  toute entiere. Et même pire encore je vais en acheter d’authentiques de Mayotte pour faire plus local. Il fut un temps au Brésil ou je possédais jusqu’à cinq de ces tricots de peau (en jaune, en vert, en blanc, en noir et en bleu) en coton. S’il y a un seul attribut de la culture antillaise auquel je sois attaché c’est bien ces tricots de corps quand ils sont portes comme des débardeurs. Ils sont parfaitement adaptés au climat tropical car ils permettent à la peau de respirer. Je vais aller à la foire de M’tsapere et ce serait bien le diable si je n’en trouve pas deux débardeurs à  trous à bas prix.

C’est grâce à mon ami comorien que je sais donc que suis un bakoko. Monsieur Mohammed a fait un grand mariage. Le mariage ne se fait pas à la mosquee. Cela fait partie du coutumier. L’idéal de tempérance n’y est pas présent. Un grand mariage fait de vous un notable. Vous êtes respecte. Vous êtes au premier rang du protocole. Vous pouvez être grand chef d’entreprise, grand intellectuel, champion du monde mais aux Comores vous n’êtes rien si vous n’avez pas effectué un Grand Mariage. Desole les célibataires! Monsieur Mohammed n’a d’ailleurs pu réaliser le sien qu’en 2004. Il s’est marié jeune aux Comores mais a du économiser toute sa vie pour pouvoir se payer ce grand mariage et entrer dans l’establishment, le Gotha des Comores. Il m’explique, me montre des photos, des détails de sa gloire passee. Le costume du marié , le djagla, il est vrai, a tout de celui d’un rajah, d’un maharajah. J’ai donc ci-devant moi une excellence, un « menne », un monsieur, un potentat qui me frit dans l’arrière cuisine quatre samoussas au poisson qui ne sont pas si exceptionnels que ça (je sais de quoi je parle : j’en ai gouté quatre ou cinq vendredi jour de mon arrivée, préparés par la mère d’une de mes collègues, et autrement parfumés). Je suis entre 18h30 et 20 heures le seul client. Le snack bar vient d’ouvrir il y a 3 semaines. Immeuble promet de me préparer pour 8 € samedi un plat comorien à base de riz, mataba et thon rouge en rougail. Je dis oui pour la forme. Mais je vais y réfléchir. Ses samoussas ne m’ont pas convaincu, loin de la, je pense que je ferai l’impasse sur sa cuisine. Mais il est de bonne conversation, je passerai prendre le café. Peut être que j’aimerais plus la cuisine congolaise. Il me dit justement que chez les Comoriens on mange les samoussas au petit déjeuner. Et son café ne coûte qu’un euro.

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