Le petit déjeuner au port de M’Tsapere dans la baraque Sans Nom

La baraque ne paie pas de mine. Une grande table jaune aux pieds peints en vert pouvant contenir 4 chaises d’un côté, un banc de l’autre. Trois thermos rouges alignés et une thermos bleue. 6 bidons huile de marque Tropical et 4 grosses boîtes de lait de marque Two Cows. Une femme pile consciencieusement du gingembre. J’ai identifié un petit lolo mahorais. J’ y vais d’abord parce que j’y vois des gens d’un certain âge. C’est un à-priori de ma part, désolé jeunesse, mais en matière culinaire je fais toujours confiance à la maturité. Le fruit mûr cuisine comme j’aime. Je l’ai vérifié partout dans ma vie. La semaine dernière il y a tout juste une semaine j’avais cru voir s’y dérouler un jeu de dames et j’étais passé sans m’arrêter. Aujourd’hui je profite d’un passage en pharmacie pour  me prendre de l’Ibuprofène 400 mg contre la toux et les maux de gorge pour me charger de bonnes vibrations culinaires. En fait le café local jouxte un semblant d’épicerie locale qui vend je ne sais quoi (je suppose des boissons) et c’est là que les joueurs jouent ou que les hommes font la palabre. Je demande qui est le patron. On me dit qu’il n’est pas là. Je ressens une gêne à ma question. Je n’insiste pas. La communication est difficile. L’un des clients bien plus jeune me donne tous les prix. Je m’assieds. Je commande un café noir. La plupart des hommes boivent un bol de thé au lait avec du pain, certains un bol de café au lait , d’autres du thé au gingembre, aucun ne prend de café noir. L’endroit est ouvert tous les jours à partir de 6 heures du matin. J’y vois une clientèle fidèle. On arrive en voiture ou en Vespa, en boubou et kofya ou en short. D’autres aussi à pied. Des jeunes et des moins jeunes. Tout le monde parle en shimaoré ou en comorien, je ne sais pas. Mais quand ils parlent argent ou chiffres je n’entends que du français. Exemple: deux quatre, huit, seize, trente deux méga. J’entends ces chiffres déclinés à l’infini. Quelques-uns se trompent même car j’entends deux, quatre, huit, seize, dix-huit, trente-deux. J’imagine qu’ils parlent de deux puissance  deux, trois, quatre, cinq, etc. Le débat durera bien 2 minutes.
Celui qui semble être le patron pour moi, un homme de plus de 70 ans ne parle pas un mot de français. En fait si, il sait dire les prix qui s’échelonnent entre 10 centimes d’euro pour la boule de gula-gula a 1,50€ pour l’omelette. Un gros pain coûte 50 centimes, une crêpe 20 centimes, 3 samboussas au poisson délicieusement pimentés 1€, un café noir 1€, un bol de thé au gingembre 1€. Je me sers d’abord un café noir, un pain, 3 samoussas et une omelette que je badigeonne comme tout un chacun de piment. Je paie. Puis au moment de partir je me dis qu’au lieu de prendre le médicament que je viens d’acheter contre la toux je vais prendre ce thé au gingembre. C’est un bol qui m’est présente. C’est tellement bon que je décide de ramener à la maison 12 samboussas et une portion d’omelette. Je goûterai aux gula gula et aux crêpes à  une autre occasion. Je demande le nom de l’échoppe. Elle n’a pas de nom. Je la baptise Sizugu, ça veut dire gingembre en mahorais. La dame qui pilait le gingembre officie maintenant à côté d’un revendeur de chemises. Je vois interloqué certains de ces hommes avec trois chemises à manches longues sur eux. Il doit être environ 9 heures du matin. La température oscille autour des 27 degrés. Étrange. Je sais désormais ou acheter mes chemises à manches courtes

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