Que faire à Mayotte à part manger, s’interroge une compatriote de Haute-Basse-Terre


La question n’est pas innocente. On a coutume de nos jours de considerer la mangeaille comme un bas plaisir. Manger, boire, danser, parler seraient des plaisirs primitifs. Eh bien je réponds. Tout est découverte. Par la gastronomie, par la danse, par la boisson, par la langue  j’entre dans la culture de l’autre, ses croyances, ses tabous, ses totems.  J’entre en contact, j’entre en langue, je me mets en phase, j’entre en transe. Ce ne sont que des portes d’entrée minimales, des ppcd et des ppcm (du plus petit commun denominateur au plus petit commun multiple, il  a ne sera pas dit que je nai rien retenu de mes annees de cancre en mathématiques) qui ouvrent une infinité d’autres. Certains font contact par le sport, d’autres par le sexe, d’autres encore par la prière ou par l’art, la musique, la peinture, le théâtre, que sais-je. Chacun possede ses propres codes d’entree. J’ai les miens, comme tout un chacun, rien de plus. Je n’en connais pas d’autres meilleurs quand les codes linguistiques ne sont pas partages. Je vais vous donner deux exemples de ma maniere de proceder.

Aujourd’hui j’ai décidé enfin de visiter la capitale Mamoudzou. Un dimanche quand presque tout est fermé, sauf justement quelques supermarchés, les églises et les mosquées. Je portais mon chapeau mon Stetson, histoire de protéger ma tête des rayons ardents du soleil de 10 h du mat. Ce n’est pas très commun de porter un Stetson ici. La norme c’est de porter un bonnet, un kofiah musulman. Il y en a de très beaux et je vais un de ces jours m’en procurer un, peut être aussi un boubou. Histoire de me tirer un portrait Mahorais. Sans que je le veuille ce chapeau me signale comme quelqu’un d’étrange. Je passe devant un revendeur de dachine. Comme j’adore les dachines il a du voir une flamme dans mes yeux. Je lui demande le prix juste pour info. Je sais que le prix normal est 2,5 € le kilo. Il me dit effectivement ce prix mais ajoute je les achète 2€ et je les revends, je ne fais que 50 cts de bénéfice. J’aime sa franchise. Il me demande si je vais partir de Mayotte si c’est bientôt la fin de mes vacances. Je dis non que je viens d’arriver et que je  travaille ici. Que je suis de Guadeloupe. Il me dit qu’il est d’Afrique du Sud et qu’il est ici depuis deux ans qu’il a ses papiers. South Africa ?! J’embraie en  anglais. Je lui dis que je recherche un nouveau logement à partir du 29 août. Il me dit qu’il paye 60 € de loyer plus les charges en eau et électricité. Il vend des légumes tous les jours à la sortie de Sodifram. Et il peint. Mais son véritable métier c’est la cuisine. Il me montre des copeaux de manioc sèches au soleil qu’il veut me vendre 6 € . C’est la première fois que je vois ces copeaux de manioc. Je lui en montre certains qui me semblent moisis. Il me répond que ce sont les meilleurs et que plus ces copeaux deviennent noirs plus ils sont appréciés des Mahorais. Il me donne en 5 minutes au moins 5 plats qu’il sait faire à base de poisson, de langouste, de poulpe. Je lui dis que bien que je sois enseignant j’ai déjà eu moi aussi deux aventures comme propriétaire de restau, une à Nîmes en France et l’autre à Feira de Santana au Brésil. Il évoque la possibilité d’un partenariat. Je lui dis que je ne suis pas contre, que c’est une idée à creuser. Ce serait un à côté mais il faut qu’il assume l’intendance mais que tout cela ne sera possible que quand j’aurai trouve un studio ou un deux pièces sur MTsapere où il me dit habiter lui aussi. Je lui dis en vouloir un aux alentours de 200 €. Nous échangeons nos numeros de téléphones. Et voilà grâce à ce regard de vorace je trouverai peut être un appart, un associé, et peut être un futur ami. 
30 minutes plus tard, je suis à Mgombani et je vois un homme d’age certain comme moi même au crâne brillant en train d’essayer de faire tomber avec une sorte de gaule en fer quelque chose d’un arbre. Je m’approche et je lui demande ce qu’il essaie de faire tomber. Il essaie de faire tomber des citrons de son arbre. Il me raconte que les gens lui volent ces citrons qui ont pignon sur rue pour les revendre sur le marché. Il était en vacances en métropole et ils en ont profité. Malheureusement en cette saison les citrons sont tout petits et n’ont aucune valeur marchande car ils n’ont aucune eau. Cela explique pourquoi je n’en voyais pas sur les marches ou je ne vois que deux fruits : oranges et ananas. Il ne comprend pas pourquoi on s’acharne sur son arbre, on lui arrache les feuilles car les feuilles de citronnier sont bonnes pour faire des tisanes. Il comprend qu’on puisse prélever quelques feuilles mais casser des branches pour essayer de faire des plants , ça non. Et voilà qu’il me montre un autre arbre que je ne connaissais pas. Il me dit que même les fruits de cet arbre ne peuvent pas dormir tranquille. Pour moi cet arbre n’avait rien de particulier. Il me dit c’est du tamarin. Je dis non, je connais le tamarin. Il me confirme c’est du tamarin d’Inde. On l’utilise pour faire des achards. C’est très bon pour accompagner le poisson. Il me parle d’un endroit pour acheter le poisson fumé. Et me fait gouter un de ces tamarins d’Inde. C’est très rafraichissant. Il me dit venir d’Anjouan, me raconte qu’il a vécu à Madagascar, qu’il y a travaille dans l’industrie du textile. A quelques mois près nous avons le même âge. Ses enfants habitent en France. Sa femme est assise sur le perron de la porte. Il me montre son pied d’ylang ylang, son pied de jasmin dont on lui préleve régulièrement des gerbes qu’on revend au marché. Il n’a en lui aucune colère. Je dirai même qu’il a une bonne bouille de bon vivant. Nous avons parle entre 20 minutes et une demi heure. Nous nous serrons la main. Je me présente, lui aussi. Je sais que nous nous reverrons car non loin de chez lui j’ai remarque un endroit où je sais par intuition que les brochettes sont de première qualité.

Voilà deux scènes représentatives de la façon dont j’envisage mes voyages. Ils se basent sur la rencontre. 

Je peux donc répondre enfin à ma compatriote des hauts plateaux de Guadeloupe. Je me place dans une globalité qui se nomme Tout Monde. Mayotte est l’une des rhizomes multiples de ce Tout Monde.C’est une île et comme toutes les îles on peut s’y adonner à la plongée sous marine, à l’observation des baleines, des tortues de mer ou a la recherche des coelacanthes ou des maki. On peut s’y adonner au trekking puisque c’est une île volcanique. On peut aussi s’adonner au farniente sur des plages paradisiaques. Mais la vocation de toute île est une incitation permanente à l’envol vers le large. De la meme façon qu’on peut de la Guadeloupe visiter Marie Galante, les Saintes, Desirade, qu’on peut aller sur Martinique, Sainte Lucie, Porto Rico, Saint Martin, Saint Barthelemy, Cuba, Panama, le sud des États Unis et l’Amerique du Sud on peut de Mayotte visiter les Comores, Madagascar, le Mozambique, l’Afrique du Sud, la Tanzanie, le Kenya, Maurice, Rodrigues, la Réunion puis s’enfoncer si on le desire dans l’Afrique profonde. On peut aussi tourner son regard vers l’Inde. Il est très symptomatique qu’on trouve ici deux chaînes communautaires spécialisées, une indienne et une autre africaine. Mayotte est en océan Indien, ce n’est pas pour rien donc on peut aussi aller un peu plus loin vers le Sri Lanka, l’Inde, l’Australie, la Nouvelle Zélande, la Nouvelle Calédonie, Wallis et Futuna… mon rêve à moi c’est après avoir visite Comores, Madagascar, Mozambique, Afrique du Sud, Tanzanie, Kenya, Maurice, Réunion, Seychelles, Rodrigues c’est de connaître le Sri Lanka et la Papouasie Nouvelle Guinée. Mais je garde les pieds sur terre. Je suis à Mayotte. Il y a toute une île à découvrir et des milliers de vies de chats à neuf vies n’y suffiront pas

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