Brochettes, piment, banane ou manioc grille 

Les brochettes sont une institution ici à Mayotte. Il y a des lieux de plaisir appelés brochetteries. Elles peuvent être de viande de boeuf, de poulet ou de poisson. Boeuf et poisson coûtent normalement un euro les trois unités. Le poulet coûte un peu plus cher deux euros les trois. Ces brochettes sont servies à même les broches, longues et effilées. Pas de fourchette, pas de couteau. On vous sert dans une assiette vos brochettes. Dans un autre assiette deux trois cuillères de sauce piment. Un verre et une bouteille d’eau. Vous avez le tableau. Un bon mangeur prendra pour trois euros de brochettes et recevra donc neuf broches au fil desquelles sont embroches cinq morceaux de viande. Ce n’est pas la viande la plus tendre mais d’astucieux assaisonnements vous en font oublier la durete de la chair. Moi j’ai pour habitude, je le dis assez et je le redis encore, d’aller là où je vois ou des seniors ou des mères de famille accompagnées de leurs enfants. C’est pour moi un gage de qualité. 

Or aujourd’hui je me baladais dans M’Tsapere en cette fin d’après midi quand mes narines frémissent d’aise. Je renifle profondément. Ah je les connais mes narines, je les ai larges et profondes, ce n’est pas deep throat c’est deep nose. Franchement c’est de la maltraitance d’exciter ainsi les narines des gens. Harcelement de tous les sens. Mes décodeurs olfactifs ont fonctionné au quart de tour. Brochettes, brochettes, on entend au fond de moi retentir des sirenes. Les lumières rouges clignotent. La pompe, ban nou le ! 

Je presse le pas pour fuir de cette pollution mais j’ai eu le temps de voir que l’antre de perdition était plein de  personnes de tous âges. Je continue ma promenade. Discute avec un bonhomme à tête de rasta ne en 1950 qui me dit vouloir travailler la terre et distiller de l’ylang ylang. Je lui dis que ce serait plus rentable de distiller du rhum Mahorais. C’est la faute à la France si on n’a pas de rhum me dit notre homme. Il me dit qu’en me voyant arriver dans sa direction il a cru que j’étais d’Anjouan. Puis il me demande une cigarette. Je ne fume pas. Désolé. Alors tu peux me donner 5€ pour acheter un paquet. Ah mais je viens d’arriver. Grosses dépenses pour le billet d’avion. D’ailleurs je cherche un appart. Vous en connaissez un à louer dans les 300€ ? Je continue la route. Je comptais aller à une brochetterie près du port mais les odeurs de viande grillée de brochettes Kinaza m’ont brouille la vue et je me retrouve l’air de rien devant le premier brochettis. On me sert une assiette de piment, une assiette de manioc grille et une assiette avec trois brochettes . Car je ne fais jamais confiance absolue en matière de mangeaille. Je suis comme Thomas je veux goûter pour croire. Hummmmmmmm la viande fond dans ma bouche et pourtant elle n’est pas fondante. Le piment me fait sauter, mais bon sang d’Anjouanais ne saurait mentir. Heureusement qu’une bouteille d’eau m’a été servie. Je remarque des mots en arabe écrits sur la bouteille. Mon verre est ciselé d’arabesques. Je n’ose demander une bière. D’ailleurs je doute qu’on en serve. J’ai appliqué conscencieusement toute la force de mes machoires sur ces morceaux de viande. Il n’y a rien à dire, ils sont goûteux, on pourrait meme se passer de piment, ça n’a pas duré cinq minutes. J’appelle la serveuse. S’il vous plaît je voudrais encore 2 euros de brochettes.

Après cela je paie mes 4 euros. Je reviendrai demain pour goûter les bananes.

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