Mon premier mazaraka

Un mazaraka c’est à Mayotte un mariage. Sur l’île de la Grande Comore cela s’appelle un yada. C’est un mariage simple juste pour dire, pour faire savoir, pour officialiser les épousailles. Mais ce n’est qu’un échelon, une toute petite marche, par rapport à l’apothéose, le grand mariage, qui lui rime avec extravagance, richesse. On va à la mosquée, on prie puis tout le monde est convié à manger et boire. Au menu du jour du riz, du lait caillé, du kandé (de la viande de boeuf), des tripes de boeuf en sauce, un rougail et du mataba. 

C’est tout à fait par hasard que j’ai été invité. Je me baladais comme d’habitude et je vois dans une ruelle à huit heures du matin quatre ou cinq feux de bois. Sur l’un d’eux une marmite bout déjà. Ce sont des brèdes. Je vois aussi une vingtaine de boîtes de lait de coco, des ambrevades encore dans leur sac plastique, les tripes de boeuf. Je pense. Il doit y avoir une brochetterie en plein air le samedi midi. Je m’approche de celui qui semble être le propriétaire. Vous allez faire des brochettes? Oui me répond-il. De poulet, de poisson, de viande? Seulement de poulet et de viande. Et des plats, je vois un sac de 20 kilos de riz, vous devez faire des plats. Sa femme approche, souriante. Oui on va faire du mataba, des brèdes, du riz et du kangué. Super, ce sera prêt pour quelle heure? Treize heures. Et vous faites le plat à combien? C’est gratuit. C’est gratuit? Mais pour quelle raison? C’est une fête religieuse. Quelle fête religieuse? C’est le mariage de notre fille. Ooh excusez moi, j’ai cru que vous étiez une brochetterie au grand air. Mais il n’y a pas de problème. Venez à 13 heures manger avec nous. Oui ce sera avec plaisir mais laissez moi vous donner au moins un coup de main. Mais non cuisiner c’est le travail des femmes. Je lui demande si je peux venir comme je suis là en short, en tunique indienne et en sandales. Non, vous mettez un pantalon et une chemise. Je dois amener quelque chose, une boisson ? Non, vous êtes invité.

Je rentre chez moi, je me pomponne, me mets sur mon 31 avec mon vieux pantalon de shingteng. Ma belle chemise mauve et mes souliers de cuir marron achetés en promotion à Montpellier. J’arrive à 13 heures pile. Les hommes sont déjà là assis par terre en cercles comptant sept ou huit personnes. Je dois ôter mes chaussures pour m’asseoir sur les nattes. 90 pour cent des hommes portent koffyah et boubou. Le père de la mariée m’installe à une table où se trouvent les plus anciens et remet à tous ces seniors un sac jaune contenant 3 boissons (une bouteille d’eau, un Coca, et une Oasis Tropical) et 3 morceaux de gâteau enveloppés dans du papier alu. Mon guide est un professeur d’arabe et anglais à la retraite. Il m’explique un peu les plats. Surtout le lait caillé qu’on peut mélanger au riz et manger salé ou sucré. C’est délicieux. On m’offre aussi une sorte de coca à base de fraise. Pas d’alcool. Pas de fourchette, pas de couteau. Juste une grande cuillère. Et on me dit que si je veux je peux manger à la main. Très rapidement tout le monde s’éclipse. Je prends moi aussi congé. Je remercie le père de la mariée. Mais c’est lui qui me remercie. On m’explique que j’ai mangé et que manger c’est un travail. J’ai donc travaillé pour lui même si je n’ai pas prié. Je leur demande de m’appeler pour travailler à nouveau e cette façon  dès qu’ils en auront besoin, que je veux bien faire cet effort… je récupère mes chaussures. Je pars avec mon sac de victuailles. Je n’ai vu ni le marié ni la mariée mais j’ai bien mangé.

À la sortie les femmes cuisinent. Les cuisinières n’ont toujours pas mangé, me disent-elles. Mais je suis sûr que vous avez goûté. Bien sûr, me répondent-elles en riant. Elles sont en train de concocter dans un énorme faitout des brèdes mourongues. Le mariage ne fait que commencer. J’ai fait ma part de travail. Je me suis fait de nouvelles connaissances. Vivent les mariés. Le mois d’août s’achève.

 Je n’ai rien vu, il n’y a eu ni chants ni  danses mais en rentrant chez moi j’entends les échos des femmes d’Anjouan qui chantent leur mélopée. Je les ai souvent entendues mais jamais  vues. Je sais où elles sont. Je vais au spectacle. Là encore c’est gratuit. La cérémonie s’appelle Tahri. C’est une répétition. Il n’y a que des femmes si on omet les 3 hommes de la sono, un caméraman et un photographe. Et un homme âgé portant koffiah et boubou que je décide être le père de la mariée. Au centre dix-sept instrumentistes tambourinaires vêtues de jaune et blanc et parmi elles une ou deux solistes au chant assises sur des chaises vertes. Oui aussi douze femmes qui  portent des couleurs différentes, le meme imprime. Aux cheveux toutes ont un diadème de fleurs blanches. Je remarque aussi ds colliers de fleurs blanches et rouges. Il y encore 6 jeunes filles arborant des salouvas imprimés de rouge. J’essaie d’identifier la mariée. Tout le monde chante. Tout le monde danse. Il y a aussi l’assistance, le troisième cercle. Je ne rentre pas, je reste une heure debout. Espace de femmes et enfants ce soir. Je suis pour ainsi dire le seul homme extérieur qui regarde le spectacle.

Comme ce midi était l’espace des hommes. Le rythme est torride mais où est donc la mariée? Je cours sur internet pour retrouver un article sur Plaisirs d’Anjouan.

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