Le cimetière de Manzarisoa entre histoire et infini

Quelque part entre les favelas de M’Tsapéré il y a un étrange îlot de verdure, une sorte de quadrilatère planté ici et là de pieds de fruit à pain et de manguiers. Des fleurs roses posent et semblent émettre un cri de silence strident dans la verdure.

Quelque part au centre de ce nulle part un énorme buisson d’épées-de-saint-Jacques vertes. Ces épées-de-saint-Jacques qu’on appelle au Brésil espada de Ogum sont des plantes grasses vertes striées de jaune qui assurent la protection des habitations. Leur office est de terrasser les démons. Leur présence ici  a Mayotte me rappelle qu’ici comme ailleurs au Brésil, dans l’Etat de Bahia, aux Antilles, en Guadeloupe, l’esclavage a sévi. Et qu’ici comme ailleurs on navigue entre histoire  et infini, infini étant pris dans le sens d’irrationnel, d’impalpable. Le temps à fait son œuvre mais je repère les traces de petits quadrilatères de pierre dont on ne sait si ce furent des tombes. Je pense à un cimetière d’esclaves. L’endroit a été clos. On voit les grilles vertes qui ont clos l’enceinte. Mais à plusieurs endroits le grillage à été défoncé. Dans ce havre de paix aucune âme ne pénètre. Les enfants jouent à la frontière de ce périmètre. Quel interdit les empêche de pénétrer dans un tel paradis? Parfois je pense qu’autrefois une rivière passait par là, car cet espace est vallonné, et que jadis des lavandières y faisaient leur lessive. À deux pas, séparé de ce parc étrange, il y a un terrain désaffecté où les jeunes jouent au foot, où ont lieu les répétitions de cérémonies de mariage coutumier. Les tambours y résonnent au milieu des graffitis. On se croirait aux portes de ce quadrilatère aux portes du triangle des Bermudes.

Le cimetière n’est pas désaffecté. Il y a une partie semble-t-il catholique, une autre musulmane. Le jour de l’an musulman le 22 septembre 2017, soit en l’an 1439 de l’ère musulmane, j’ai vu un groupe de personnes, tous des hommes, à la nuit tombée, sous la lumière de torches, creuser la terre, la bêcher, la retourner. Puis amener sur place de leur domicile d’énormes roches qui ont servi à circonscrire l’espace du tombeau où est enseveli un parent ou un ancêtre.

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