Mayotte et les flibustiers réunionnais, sénégalais, malgaches et guadeloupéens

Entre Mayotte et la Réunion il existe, je le sen,s une histoire d’amour et de haine. La Réunion c’est l’antichambre de la métropole, là où on peut se faire hospitaliser, faire une formation, suivre des études, une île qui envoie sur Mayotte les meilleurs éléments de ses cabinets pour remporter les appels d’offres dans tout ce qui fait appel à une certaine technicité. D’ailleurs dans les années 70 lors de la construction des routes nationales beaucoup de travailleurs réunionnais sont venus travailler sur l’île hippocampe et y ont fait souche.

La Réunion a aussi une influence notable sur la gastronomie mahoraise. Achards de mangue, rougail tomate, poulet sarcive, massala, brèdes de toutes qualités, zourites, chèvres, samoussas, bouchons peuvent être achetés partout.

Même si la cuisine mahoraise ne se résume pas à bananes vertes et manioc rôtis, ailes de poulet (mabawa) et brochettes de boeuf, piment, mataba (feuilles de manioc pilées au lait de coco), riz omniprésent à tel point que la majorité achete le riz par sacs de 10 à 25 kilos et qu’on trouve peu de gens qui achètent par kilo ou demi kilo comme en métropole. La tomate, le concombre, l’ail, l’oignon, le curcuma, le lait de coco, les noix de coco sèches, les tarots sont les ingrédients de base avec les brèdes, les feuillages. On vend aussi du ghee, du beurre clarifié. Et beaucoup de conserves type tomates concassées. Le lait en poudre est aussi très prisé.

J’ai découvert hier en visitant pour la première fois le marché de Mamoudzou un nouveau plat : la soupe au riz. On vous sert un bol copieux de bouillon  de riz assaisonne de graines de cumin semble- t-il pilees ( 0,50 cts le bol). Il suffit ensuite de sucrer selon ses gouts. Cela s’accommode au petit déjeuner avec bananes et manioc rôtis, ailes de poulet ou brochettes de viande grillees et de l’eau. Étonnamment dans les gargottes qui proposent ces petits dejeuners on ne vous propose pas de café mais du thé ou du coca.

Mais Mayotte c’est aussi d’autres îles.

On propose aussi quelque part une daurade, taboulé salade verte en tartare (citron, huile d’olive) ou en tahitienne (coco, citron, épices)

Là encore on vous propose des jus artisanaux frais  (evie, passion, papaye, melon) en contenance de 20 et de 45 cl

Sur la rue du Commerce près de Balou j’ai découvert un charmant petit restaurant nommé Moifaka. J’y ai gouté à un carry de thon blanc façon réunionnaise délicieux servi avec riz blanc, salade et piment pour la modique somme de 8€. Le carry comporte pommes de terre et haricots verts. Une belle réussite. J’ai aussi apprécié l’accueil et la décoration de ce restaurant et en particulier ses tables et chaises en métal colorées orange et mauves achetées chez Balou ( je voudrais les mêmes chez moi) mais aussi la bouteille dans laquelle on y sert l’eau vraiment très belle elle aussi. La cuisinière ou propriétaire, je ne sais, Moina est malgache et veuve d’un guadeloupéen. Elle m’ a bien fait rire en me disant que son mari aimait faire des dombrés ( elle avait oublié le nom mais dès qu’elle m’a dit avec de la farine mon visage s’est illuminé) et en mettait dans son curry de thon. Je lui ai dit que moi aussi chaque fois que je le peux je mets des dombrés dans mon colombo ou mes haricots rouges ou lentilles. Et je l’ai félicitée pour ses haricots verts dans le carry. Le mari de Moina était alcoolique et en est mort à Mamoudzou. Triste destin. Le monde est infiniment petit parfois. J’aurais dû lui demander le nom de famille de son mari. Et de quelle ville il venait en Guadeloupe.

Quelle coïncidence. La veille j’avais rencontré dans mon bar préféré de Cavani Sud, au Baraka de Mohammed le Grand Comorien et de la Congolaise Angèle, j’avais rencontré Aristide, professeur d’espagnol de deux ans mon cadet, grand amateur de vin rouge, et Alexandre, sénégalais par son père et guadeloupéen par sa mère apparentée aux Gace et aux Serin. Je lui ai immédiatement communiqué sa généalogie bouillantaise où j’avais une trentaine de Gace et Serin. Alexandre est plus jeune qu’Aristide, il a fait des études de droit à Paris, a vécu aux Antilles où il a travaillé aux Impôts à Basse-Terre et a été muté je crois il y a un an à Mamoudzou.

Avec ces deux phénomènes polyglottes comme moi j’ai passé une bonne soirée.

Une bonne soirée à parler de Sénégal, des Antilles, de Mayotte, des États Unis, du Brésil. Ils m’ont offert une bière et un ballon de rouge. Je n’avais pas bu de vin depuis que j’étais arrivé à Mayotte. Nous avons échangé nos numéros de téléphone. Alexandre est très axé sur les voulos au bord de plage et les fêtes antillaises. Aristide ne boit que du vin. Il m’a surpris en me disant que la Casamance est lusophone. Il parle espagnol et portugais. Il est docteur en espagnol diplômé à la Sorbonne. Je ne sais pas s’il est heureux comme Alexandre ici à Mayotte qui aime bien Mayotte mais préfère les Antilles et surtout les poissons grillés au feu de bois. Ici malheureusement les poissons sont frits. Je leur ai parlé de gombos, que je savais cuisiner le mafé, le soupoukandja mais pas le thiéboudienne mais qu’à l’occasion je pourrais faire une colombo party avec dombré et poisson puisque tous deux vu leur ascendance sénégalaise ne mangent pas de porc. Ou alors une bonne feijoada de fruits de mer, un bon cozido ou une bonne maniçoba puisqu’ici la feuille de manioc pilé est partout disponible.

Attendez que je m’installe, attendez que je m’organise. Le monde est vraiment petit. A un moment donné j’ai évoqué le terme ZamZam qui est le nom de l’épicerie de Wally, un autre sénégalais qui habite tout près de chez moi. Je leur ai donné l’explication du terme qui vient du Coran ainsi que du terme Baraka. C’est alors qu’Alexandre me dit qu’il était allé à Los Angeles dans un bar africain appelé ZamZam. Je présume donc qu’Alexandre n’est pas musulman ou s’il l’est n’est pas trop pratiquant. Ou bien qu’il a été élevé dans la tradition catholique et musulmane. Ce que je sais c’est qu’Aristide est athée et se fatigue vite après quelques verres de rouge. Il s’endort alors. Il me fait penser à mon ami cachaceiro Jaldo Caatingueiro du Brésil. J’ai déjà compris qu’il ne faut jamais le contredire car il se braque aussitôt. Je sais être diplomate. Il est athée et c’est assez rare. Nous avons au moins ce point de convergence. Il aime le bon vin, la bonne conversation, nous avons fréquenté tous deux la Sorbonne, sauf que lui a fréquenté la vraie Sorbonne alors que moi je n’ai fréquenté que la Sorbonne Nouvelle. Quant à Paris VIII n’en parlons même pas.

Mais c’est moi qui ai le dernier mot. Je suis le plus âgé de tous. Respect pour mes cheveux blancs et ma barbe blanche.

Je les écoute tous, suis leurs conseils d’habitués plus que moi dans la région. J’entends Dakar, Dubai, Métropole. Wally, l’épicier marabout, qui depuis que je lui ai parlé en anglais ne me parle qu’en anglais, Aristide le prof d’espagnol sorbonnard déclassé, Alexandre le gwado-sénégalais qui fait plus jeune que son âge, employé aux Impôts, ancien prof. Ces polyglot-trotters tous unis sous le haut patronage des hippocampes et des makis. Nous sommes en quelque sorte les baroudeurs, les corsaires, les flibustiers, les pirates de ce brave nouveau monde.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s