Ti punch, signe de reconnaissance

Je suis installe depuis bientôt trois quarts   d’heure  au bar Chez  Cousin de Mamoudzou, Mtsapere sur ma chaise bleue et ma table bleue labellisée Glaces Nestle. 

Devant moi un verre de ti punch qui n’ a rien du ti punch, ni le goût ni la qualite. C’est du rhum réunionnais que je sirote en faisant la grimace. Du Charrette. Moi qui ne suis pas réunionnais j’ai du mal. Je souffre, osons le dire. Quelle tristesse m’envahit-elle tout à coup? Ou sont les Bologne, les Père Labat, les Damoiseau ? Docteur, j’aurais pas attrapé le mal de pays ? J’ai des hallucinations. Madame je vous avais demande de l’eau de vie , un bon difé, mais vous m’avez servi de l’eau de mort avec non pas du feu mais des glaçons. C’est la dernière fois que je mettrai mes pieds dans votre parc à manger-cochons. Awa.

 Mais il faut quand on est polyglotte trotter savoir en toute occasion garder le sourire et faire contre mauvaise fortune bon coeur. Je l’ai vu faire mon ti punch : la serveuse a tiré du frigo des tranches de citron jaune enveloppe sous papier alu, versé un peu de sucre, une cuillère de petits glacons et je ne sais combien de cl de rhum Charrette. Fleurant le piège je lui avais d’ailleurs demande d’abord une caipirinha mais m’a t elle répondu les caipirinhas c’est à partir de 19 h. La mort dans l’âme j’ai demandé mon ti punch national. 5€. Je savais que j’allais connaître  à la souffrance. Avec petite cuillère en plastique blanc pour touyer. Si vous êtes gwadada évitez de prendre un ti punch à Chez Cousin. Formellement déconseille. Mieux encore si vous êtes gwadadeen amenez avec vous votre médicament préfère. Avant d’atterrir chez Cousin je suis passé prendre un ti décollage de houblon , le petit décollage réglementaire du vendredi 16 heures. Et là j’ai voulu changer. Qu’est ce que tu as comme rhum, ai je demande à la gentille serveuse congolaise, pourtant diplômée en son pays, et récemment arrivée sur le territoire. Elle m’a dit ne pas savoir ce qu’était le rhum et m’a proposé un whisky à la place. Halte-la mamzelle, du respect pour mes cheveux d’albâtre, ce n’est pas parce que mon nom est Baltimore que je suis écossais. Moi, madame, j’ai été élevé au lait Guigoz vitamine au bon tafia agricole à 50 degrés de la Guadeloupe. 

Moi je voulais commencer à fêter mon anniversaire. Dans un mois et un jour j’aurai 65 ans et je me suis promis de fêter ces 65 ans jusqu’au 30 octobre, date fatidique, par un ti punch chaque vendredi samedi dimanche, synonyme de santé pour cent ans . Quatre weekends de rhum ne seront pas de trop pour fêter en grand style loin des miens cette étape glorieuse.

S’approche de moi un homme un peu plus âge que moi qui me dit. « Monsieur d’après ce que vous avez dans votre verre vous devez etre guadeloupeen comme moi. » 
Il a une sorte de noblesse dans le port, noblesse de canne oblige.

C’est vrai que de loin j’avais observe la coloration jaune citron de son verre mais sans en tirer aucune conséquence. Tout le monde après tout a le droit, sinon le devoir, de boire son ti punch quand même. Il se présente : André de la famille Popote, des Abymes, retraite de la SNCF et de l’armée, en vacances à Mayotte. Je trouve son accent peu conforme  à  l’accent antillais mais  qu’importe. Pourquoi douter de quelqu’un qui se dit être votre compatriote. Puis petit à petit je comprends c’est un homme d’origine malgache et mahoraise qui a épousé en secondes noces une guadeloupéenne et  de ce fait  avec le temps il est devenu guadeloupéen comme moi je suis devenu  brésilien  en quelque sorte. Nous débatons sur la piètre qualité de ce ti punch. En français car pas un mot de créole ne sort de sa bouche. Il parle au telephone. C’est du shimaore ou du kibushi, du comorien peut être mais pas un ak de creole need sort de sa bouche Je lui tends la perche. On parle dombres, on parle colombo. Boug-la pa ka pale pyes kreyol ! Il me parle des Abymes,  de la Grande Terre, d’un voyage qu’il a effectué avec son épouse entre Guadeloupe, Martinique, Dominique et JamaIque. Mais quand je lui dis s’il   connait Antigua ses yeux paguaient dans le vide. C’est où Antigua ?Jugement final, pas besoin de délibéré: gwadadeen d’importation. Peut mieux faire. Au moins nous sommes d’accord sur le crime de lése-majesté constitue et avéré par la présence de glaçons dans la chose. Caipirinha c’est glace pilee. Ti punch c’est sans  à glace, cher ! À défaut de grives on croque les merles, que voulez vous!  Il me dit avoir vu une bouteille de Damoiseau au supermarché vendue 29 € !  Moi personnellement j’ai vu du Charrette facture 24€45 au Doukabe  de M’Tsapere. Mais il me semble avoir vu du rhum malgache moins cher dans un Lolo malgache de Cavani Sud. Mais c’était peut être un mirage. Il me dit encore qu’il y a un p’tit restau malgache sympa a Passamianti où ils font bien à manger, un restau malgache près du terrain de foot, où il y a aussi du bon rhum malgache. Il m’invite pour y manger demain a midi, il insiste sur l’heure, midi, je sens  là le bon vieux militaire à la papa. C’est le deuxième guadeloupéen que je rencontre ici, après le senegalo-guadeloupeen, le mahore-guadeloupeen d’importation. Demain nous allons faire meilleure connaissance car il est en cet instant avec un groupe d’amis parmi lesquels un certain Commandant et l’un de ses cousins et ne veut pas trainer le soir dans  les rues car à partir de 19 heures les  mauvais larrons sont de sortie. Je lui dis qui je suis, de quelle famille, d’où je suis et ce que je fais à Mayotte. Demain on se verra c’est promis, c’est jure. Je prendrai pour 1,40€ le taxi pour Passamanti. Parole de créole, parole sacrée quand proférée autour d’un verre de rhum.

Mon signe de reconnaissance antillais c’était le madras jusqu’à aujourd’hui, maintenant que je mets les pieds définitivement dans le troisième âge ce sera aussi le rhum. À défaut de Père Labat et de Bologne ce sera peut être à Mayotte du rhum malgache mais c’est crache, promis jure: pas de Charrette. Quoi que. Je ne dis jamais jamais. Je ne dis jamais fontaine je ne boirai pas de ton rhum. Il y a des cas de vie ou de mort ou même un Charrette pourrait se transformer en divine ambroisie.

Hum. Le pire ti punch de ma vie. Il va falloir que j’aille ailleurs ce soir pour effacer ce mauvais esprit et inaugurer comme il se doit mon soixante-cinquième printemps. Vite un petite bière HB malgache chez Sophia, qui coïncidence étrange  à se trouve être  à la nièce  a du neo-guadeloupeen, accompagnée de samboussas de viande et de brochettes d’espadon, achards mangue, piment, frites et salade.

 Ah je respire, mes narines se dilatent, mon ventre se décontracte. Merci Seigneur pour ce repas et pour toutes nos joies. Demain, si Dieu le veut, à Passamanti le soleil fleurira à nouveau de fine guildive le fond de mon gosier. Inch Allah !

Le lendemain des 11h30 je suis installé à nouveau sur ma table bleue labellisée Glaces Nestor. Je suis à Passamanti au restaurant malgache Mahazatra. Devant mon rhum mangoustan à 5€.
Avec citron pile, sucre de canne et glaçon et rhum malgache. Monsieur arrive et prend un Martini car il se réserve le rhum comme digestif. Il commande une pintade rôtie et moi un ragout de fruits de mer.

 Nous refaisons le monde, entre mariages, enfants, pays. Il a 71 ans. Et aime visiblement les femmes et la bonne chère mais ne peut pas conduire suite à une récente opération de la cataracte. Il vit entre Metropole, Guadeloupe, Réunion, Madagascar, Mayotte et habite comme moi pour quelques mois M’Tsapere où il est en train de construire une maison.
On s’échange nos téléphones.

Pour ce rhum du jour je dis hip hip hip hourrah. je reviendrai. Mais j’ai remarque pas trop loin de ce restau malgache sur l’autre trottoir un restau qui fait du poulpe. Ce sera le prochain sur ma liste. Qui sait. Peut-être demain.

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