Moi qui me croyais beau comme du rhum béni je dois plutôt être du genre pied de canne maudit

Pourquoi je dis ça ? Eh bien hier voulant me prémunir contre la mauvaise saga du rhum de dimanche dernier et désireux de m’éviter une nouvelle déconvenue ce week-end ou j’ai prévu une excursion samedi dans les îles du nord avec une vingtaine de collegues, je me présente toutes dents dehors au dit magasin Somaco de MTsapere port. Pour acquérir mon précieux breuvage. Ma bouteille de rhum made in Maurice. Le fameux Blue Bay from Mauritius ! A l’entrée du magasin qui vois-je? Mon ami André, dit Papy, le retraite. Rien de surprenant je le croise maintenant presque tous les jours. Il est facilement repérable il porte toujours le même pantalon, la même chemise, les mêmes lunettes de soleil, la même serviette pour s’essuyer le caca zye de miel qui lui coule en permanence au coin de l’oeil suite à son operation. Bon, j’espère tout de même qu’il les a lavées depuis vendredi où nous sommes rencontres pour la première fois. J’arrive et je lui raconte ma mésaventure du dimanche. J’en ris. Etrange. Tous les Mahorais a qui je la raconte tombent des nues. Ah je ne savais pas. Ce qui les étonne c’est qu’on limite sur certains horaires seulement car à Sada par exemple aucun magasin ne vend ni bière ni alcool du 1er janvier au 31 décembre. Chaque village édicte ses propres règles. La loi islamique est donc fluctuante, heureusement. Mais aujourd’hui c’est du passé tout ça, je vais enfin pouvoir ramener « à case » mon élixir de vie. Donnez-moi mon sésame, dis-je au tenancier, d’un ton vengeur et débonnaire. Il retire l’unique bouteille de rhum Blue Bay qui reste sur l’étagère et me la pose sur le comptoir. André, le neo-gwadeen qui a fort mauvaise vue suite à une récente opération  de la cataracte, quand je lui lis l’étiquette rhum de Maurice et surtout le prix 14,90€ , commence à tourner comme un chien fou en rut autour de la bouteille. Oui, ma bouteille, lui dis-je, car techniquement depuis dimanche elle est à moi. Je fais le beau, je sifflote, je grigne, je me pavane. Je continue mes achats tranquillement dans l’antre de perdition : du sucre, deux jus d’orange, deux bières, une boîte de haricots blancs de la Réunion, une glace au chocolat. Et me voilà goguenard qui sort ma carte bleue. Enfer et damnation! Il n’acceptent pas les cartes bleues dans ce Somaco maudit. Il n’y a pas assez de passage qu’ils me  disent. Faudrait que je passe au distributeur le plus proche à au moins un kilometre. J’abandonne. Je jette l’eponge. Vaincu par double k.o. technique. Allez on remballe tout. Adieu sucre, bière, jus d’orange, haricots blancs, glace et rhum.

De son côté le sagouin d’Andre ne perd pas le Nord et s’est emparé  de la dive bouteille et comme le corbeau dans la fable s’est saisi de mon fromage, ici symbolisé par mon rhum, et la place sans même passer par la caisse dans son cabas. Je le vois déjà en train de se faire son ti punch, il ouvre son large bec et laisse tomber sa proie aurait dit Esope et La Fontaine en trinquant. Le tenancier des lieux rappelle André à l’ordre et lui intime de faire enregistrer son achat. C’était la dernière bouteille. Ce ne sera pas ma dernière séance en tout cas. Je suis têtu.

Moi je repars tout penaud, beau perdant, mais ou bien je suis maudit ou cet endroit est maudit. Je penche pour la deuxième alternative. Changeons de crèche. Ce Somaco est maudit! Vite je vais chez Doukabe pour essayer de récupérer l’affaire. Là il n’y a que du Charrette. Tout sauf ça. Je me bourre de jus 100 pour cent pur fruit orange, pomme, raisin en provenance de Chypre, d’Orangina imprimé à l’envers, de Schweppes agrumes, de sirop de menthe, de vin rouge espagnol Gandia et de bières. Surtout je découvre une pépite: du sucre roux pur canne à 2,75€ le kilo, des Sucreries de Bourbon, de Le Port à la Réunion.

Bon, tout ça ne compensera pas la perte incommensurable de cette bouteille de rhum qui m’était pourtant promise. Philosophe je me dis: canne pour canne je gagne peut être au change, pardi ! Mais surtout cela fait du bien de se défouler sur sa carte bleue. J’ai le citron, j’ai le sucre, il ne manque plus que le tafia béni maudit.

Je l’aurai ce rhum, je l’aurai ! Il me le faut ! Il est hors de question que  mon rituel de passage aux 65 ans soit bouscule de cette facon pour des raisons aussi futiles que superfétatoires.

Je l’aurai ce rhum, je l’aurai ce Blue Bay, mort ou vif aujourd’hui même !

À défaut de grives on accepte les merles, les bécasses et les ortolans, mais en matière de rhum pour les soixante cinq bougies j’ai fait une fixation sur Blue Bay. Je ne l’ai même pas goute. Mais pire que Charrette il ne sera pas, enfin je l’espère. Il porte le drapeau de Mauritius. Pour moi c’est un gage de qualité.


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