Ramasseur de coquillages


Il y a deux types de ramasseurs de coquillages. Ceux qui les ramassent vides et ceux qui les ramassent en vie.  Ceux qui les ramassent vides sont mus par des souvenirs d’enfance. Ils collectionneraient volontiers aussi des galets noirs, des papillons morphos, des feuilles de chêne, des glands, des châtaignes, des timbres, des fleurs séchées, ce sont les ramasseurs romantiques, les contemplatifs, les éthériens…

Il y a ceux qui au contraire ne veulent rien d’inerte. Il faut que ça bouge la-dedans. Ce sont les ramasseurs dévorants. Ils déclinent leur proie en ragout, grillade, comparant une espèce avec une autre, les lambis se cuisent comme des bigorneaux, l’important c’est l’assaisonnement. Ils prélèvent de la nature tout ce qu’elle consent à leur donner sans le moindre effort.

Je fais partie tantôt d’une espèce, tantôt de l’autre. Ce weekend end j’étais sur l’îlot Croizil et sur l’île Blanche au large de M’Tsamporo et j’ai fait comme je le fais rituellement chaque fois que je vais au bord de la mer mon ramassage de coquillages. J’allais me restreindre au ramassage de cauris car il y en avait de fortes beaux quand j’aperçus un petit coquillage que je qualifiai de mini petit lambi. Un lambi loin d’avoir atteint la taille adulte.

Nous étions partis  à quatorze pour cette excursion et deux des membres étaient partis au ramassage. Au loin beaucoup d’hommes et de femmes arpentaient consciencieusement le rivage à marée basse, chacun avec un sac au bras pour ramener sa pêche miraculeuse. Je crois comprendre par la façon dont ils fouillaient la vase qu’ils cherchaient à déterrer des poulpes . Mais ne voilà-t-il pas qu’elles me reviennent les bras chargés de ce qu’elles me disent s’appeler en comorien kwizit

Moi j’ai reconnu des bébés lambis, des juvéniles, et je me pose la question sur la pertinence de leur pêche. Mais les deux ramasseuses exultent. Et évoquent la cuisson des bestioles. Ça ce cuit comme des bigorneaux ensuite on assaisonne comme on veut.

Nous partons sur l’île Blanche et nous voilà désormais 6 à ramasser. J’ai vite fait d’en ramasser une quarantaine. Je me dis moi même que cuits au feu de bois ça pourrait avoir fière allure. Puis finalement je préfère les prendre en photo autour d’une coquille vide de bière réunionnaise Bourbon que je viens d’ingurgiter.

Il ne s’est pas passé 5 minutes avant que la nature ne se venge et ne mue notre excursion tranquille dans les îles du nord en opération commando. L’île Blanche n’est île qu’a marée basse. La marée monte, il faut évacuer sous l’avalasse. Le bateau tangue. Nous nous réfugions sur une troisième île où est notre bivouac. Notre seul refuge c’est la mer, car il pleut des grélons qui piquent comme des frelons en plein Océan Indien. Mais nul ne perd le nord. Au contraire. On sabre le rosé. Cabernet d’Anjou. Il va pleuvoir une bonne partie de l’après-midi. On fait contre mauvaise fortune bon coeur. Et moi qui ai oublié de prendre ma bouteille de rhum. Peu importe je crée en honneur des esprits de la mer le dernier cocktail miel, citron, jus de gingembre, jus d’ananas et eau de pluie avec eau de mer. Enfin les éléments s’apaisent. Moi en tout cas je ne ramasserai plus de kwizit, j’ai compris ma leçon. Triton oblige !

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