La procession de monsieur : de la mosquée à chez madame

Chez les Mahorais la procédure est simple  on va habiter chez Madame. C’est elle qui est maîtresse chez elle. En cas de divorce ou de séparation c’est l’homme qui prend ses cliques et ses claques. Bye bye mari. Moi je reste chez moi. En contrepartie si l’homme veut avoir d’autres épouses comme la loi musulmane le lui permet il suffit d’aller enregistrer la chose devant le cadi pour être en règle avec dieu. On paie une petite somme pour sceller l’arrangement entre passereaux et la choses est faite. L’homme peut aussi répudier. Il suffit de deux témoins. À la femme le patrimoine immobilier au monsieur les émois de coq. En réalité sous les apparences de la pudeur matérialisée par les salouvas et les boubous qui cachent au regard une grande partie du corps sans pour autant réussir à masquer les formes bien rebondies des demoiselles, les spécialistes de la chose s’accordent pour penser que la société mahoraise est l’une des plus permissives en matière de sexualité débridée du monde musulman. Mais tout se passe en cachette. Il n’y a pas d’exhibitionnisme ni  corporel ni sexuel. Tout se passe sous le boisseau. Il y a donc sous les couches du rigorisme apparent des salouvas et autres foulards, les masques cosmétiques une sexualité cachée exacerbée que l’islam n’a pas réussi à éliminer .  N’oublions pas que les  mahoraises sont des bantoues et que la sexualité bantoue ne s’embarrasse  pas de préceptes religieux. Des douze ans, la cause est entendue: c’est une femme, en puissance, je dirais même en toute puissance. On est certes loin de la sexualité publiquement assumée des brésiliennes et des antillaises pour ne prendre qu’elles. Mais entre quatre yeux sous l’alcôve, la femme mahoraise n’aurait rien à envier à ses congénères américaines.

Bon, moi à vrai dire, je n’en sais rien, je vous vends le poisson comme on me l’a vendu. Il a peut-être des arêtes. A vous de consommer avec précaution d’usage. Les pêcheurs qui me l’ont vendu sont Mahorais, sénégalais, comoriens, congolais. La femme mahoraise est une femme sans problème car même si la polygamie est abrogée dans les textes depuis Sarkozy, dans les faits elle continue au grand jour grâce à l’institution du cadi. Car ce qui compte pour les mahoraises c’est qu’Allah légitimise leur relation charnelle. Le Grand Mariage et ses nombreuses festivités ou hommes et femmes se côtoient sans se mélanger, ou se suivent à distance est en ce sens très révélateur. Il y a le monde des femmes, le monde des hommes avec des rôles clairement répartis. Mais la société, quoi que dominée par l’apparatchik musulman profondément machiste et paternaliste comme toutes les sociétés religieuses, est dans son essence une société matrifocale comme la plupart des sociétés caribéennes issues de la traite négrière. Le kikongo qui a donné de nombreux mots en créole et qui structure la phrase créole, est une langue bantoue comme le swahili et comme le comorien et le shimaoré. Nous avons les mêmes effluves sanguins du pays bantou, mettez un boubou à un Antillais et une keffiah: il passera sans problème pour un Mahorais ou Anjouanais ou Comorien. Et vice versa. Ce qui nous différencier ce sont les systèmes de représentation du monde, le système des clans et des tribus, le rapport à l’alcool, au corps, à la mort…etc.

Bref.  À la fin de la procession entre la mosquée de Doujani et l’appartement à l’étage de Madame à 300 mètres environ de la mosquée, le marié entre chez sa femme après force prières et incantations. Le premier cercle des privilégiés, les témoins, les amis proches, les dignitaires religieux, les notables  politiques et économiques, les parents, les frères et soeurs participent au repas. Il leur est permis de voir le couple princier. Lequel couple vit déjà sur place depuis belle lurette puisqu’ils  y ont eu leur fille. Leur appartement qui est récent a été construit au-dessus de la maison qu’on appelle ici la maison familiale. La maison familiale c’est celle  de la mère. Moi je fais partie du deuxième cercle, pourtant je ne connais le père du marié que depuis deux mois. Je m’ interroge néanmoins  sur le fait que le père biologique du  marié qui a le visage et  le cou grêlés ne fasse partie que du deuxième cercle comme moi. Alors que celui qui l’a élevé, mon ami Wally, est dans le premier  cercle. Juste après la procession j’ ai pu voir le père biologique raccompagner le père de son ex-femme. J’avais trouvé admirable  cette communauté spirituelle entre ex membres d’une même famille. J’avais vu aussi les deux pères lors de la cérémonie  sur la place de la mosquée  anjouanaise. Le père biologique était au premier rang mais c’est celui  qui a élevé l’enfant qui avait  une position prédominante au pinacle.

Nous voilà 30 installés à plusieurs tables, que des hommes, la plupart âgés de plus de 50 ans dans une autre maison toute proche que je crois être celle de l’oncle du marié. La table est chargée de victuailles, du boeuf kangué, du riz, du pilau, du giraumon, une salade de concombre avec des oeufs et de la tomate, du jus de tamarin frais et bien glacé, de l’eau, aucun alcool, Islam oblige. Je meurs de faim car on m’ a invité à midi midi et demie et je croyais manger vers ces heures là. Il est près de 16 h30 quand nous passons à table. Les gens sautent sur les plats comme des morts de faim, des dévorants. Un vieux à la main tremblotante réussit à se servir trois fois une assiette fêtée de viande qui outrepasse les limites de la décence. Ici c’est au plus rapide, au plus rappia comme dirait ma mère…Pourtant dès qu’ un plat se vide des jeunes filles de chargent de le remplir à nouveau. Nous sommes aux petits soins. J’ imagine les délices par lesquels doivent passer le premier cercle puisque nous au deuxième cercle sommes si gentiment choyés. On m’attache une fleur de jasmin à la boutonniere. Je me laisse faire. J’ai vu tout à l’heure une femme jeter du riz sur les mariés. Quand le marié est entré chez lui on a caché le visage de l’épouse. Seuls les initiés, ceux du déjeuner du premier cercle pourront la voir. Les autres devront payer s’ils veulent la voir. Mon naturel radin reprend le dessus. Je la verrai bien un jour quand elle viendra voir son beau-père. Oh mais y a pas écrit bécasse sur mon front, quand même ! Vient l’heure des desserts. Je prends du raisin. Voilà. C’est est fini. On nous remet un sac souvenir chargé de pâtisseries diverses et de deux canettes de boisson non alcoolisée. Je remercie mes hôtes de leur hospitalité. Je me retrouve avec deux connaissances du jour, des enseignants franco-sénégalais qui étaient aussi de la fête et d’ un commun accord nous nous retrouvons un moment au pavillon des femmes pour récupérer leurs épouses, dont l’une est sénégalaise et l’autre mozambicaine, qui y mangeaient et nous partons en voiture prendre au Cinq Cinq près de la barge de Mamoudzou une pinte de bière bien méritée. Je  retire le keffiah de la tête car non compatible avec la consommation de bière. Fin.

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