Bilan linguistique provisoire

1ER-JOUR-timbre-SALON-PHILATELIQUE-DE-L-OCEAN-INDIENPresque deux mois et demi de présence continue à Mayotte ! Où en sont mes apprentissages linguistiques ?

Quelles sont les langues en présence ? Le comorien, le kibushi, le malgache, le français, le créole réunionnais, le lingala…

Le comorien est une langue svo agglutinante dotée de l’iso 639.3. Les comoriens eux mêmes appellent leur langue shimasiwa ou shikomori. Le comorien possède 4 variétés ou dialectes proches du swahili, qui est une langue bantoue faisant partie des langues nigéro-congolaises

  • le mahorais (swb) ou shimaoré qui se parle à Mayotte
  • le mohélien (wlc) ou shimwali qui se parle à Mohéli
  • l’anjouanais (wni) ou shindzani qui se parle à Anjouan
  • le grand-comorien (zdj) ou shingazidja qui se parle en Grande Comore

Même si ces 4 variétés sont proches entre elles deux par deux (anjouanais et mahorais peuvent facilement communiquer entre eux, ainsi que mohélien et grand comorien) il est plus facile parfois pour un grand comorien de communiquer avec un tanzanien qui parle swahili qu’avec un mahorais.

Le kibushi est une langue malgache de la famille austronésienne, proche du sakalava de Madagascar

Le français est la langue officielle de communication mais comme aux Antilles il ya aussi des médias, surtout les radios qui communiquent en shimaoré. je n’ai  pas entendu sur les 3 ondes parler les autres langues comoriennes qui sont pourtant parlées par de nombreux milliers de migrants venant d’Anjouan ou de Grande-Comore.

On enseigne le shimaoré à l’université.

Le trajet individuel de chaque comorien fait qu’il peut parler facilement deux ou trois langues français, shimaoré, kibushi, voire français, shimaoré, malgache, grand comorien, shimaoré, français

On trouve aussi des réfugiés politiques congolais en nombre, des commerçants indiens, des expatriés venant de métropole , des Antilles, de l’Afrique Francophone (surtout Senegal et Togo), de la Réunion,etc.

Voila le tableau; Et moi qu’ai-je appris ? eh bien le bilan est triste. je l’avoue. Je ne sais toujours pas dire une phrase en shimaoré. Oui je peux dire Caribou ou anba gégé ou kwezi pour dire bonjour mais je ne sais pas dire au revoir. je sais dire merci , maharaba.


Je connais des mots épars tous liés à la bouffe : magi  (l’eau), mutsohole (le riz), mataba (feuilles de manioc pilées au lait de coco) , mabawa (ailes de poulet), putu putu (le piment), feliki (feuilles, brèdes), muohogo (manioc) n’ont pas de secret pour moi. Je ne mourrai pas de faim, ça c’est sûr ! Mais je ne sais même pas compter de zéro à dix,  ni même dire excusez-moi, ce qui fait que quand je suis dans un environnement qui ne parle que shimaoré, ce qui est trés fréquent sur les marchés et dans l’univers des personnes âgées, je suis particulièrement vulnérable.

Mais culturellement par contre j’ai progressé à une allure folle : je sais ce qu’est un mazaraka, un ngondro, un mindzano, un cadi, un muezzin, un banga, un frizou, je sais plus ou moins comment fonctionne une mosquée, comment fonctionne une école coranique, que l’arabe littéraire est enseigné aux enfants pour lire les textes sacrés mais que personne ne le parle à moins d’avoir vécu quelques années ou avoir fait ses études dans un pays arabe comme l’Arabie Saoudite où beaucoup vont faire le hadj sacré. Je sais l’importance des fleurs et particulièrement du jasmin, je sais qu’on croit outre à l’islam aux génies, aux esprits, les jinns, je sais qu’il y a des marabouts qui ont pignon sur rue, je sais que l’islam règne sans partage sur l’île et qu’il n’y a qu’une église catholique, je sais que les hommes ne peuvent pas se mettre du mindzano sur le visage et que la cuisine c’est l’affaire des femmes, je sais que les mariages durent une éternité pour se réaliser et coûtent les yeux e la tête et après avoir vu trois mariages je n’ai toujours pas vu une seule mariée. Il faut sortir les billets ! Je sais que le prophète Mohamed est né à La Mecque et mort à Médine et qu’il a eu 14 femmes légitimes. Je sais que boire de l’alcool est un péché ! Mais que avoir quatre femmes est une bénédiction ! Je sais que les femmes d’ici, les bouénis, ont bien au chaud de leurs salouvas de larges boutiques et arrière-boutiques rebondies qui font les délices de ces messieurs. Je sais que le vendredi, jour de la grande prière les femmes se mettent sur leur 31 et font exploser leurs bodys. Je sais qu’après 18 heures quand tombe la nuit il faut être vigilant car certaines mauvaises ombres rodent. Je sais que dans les toilettes il n’y a pas de papier et qu’on se nettoie les parties à l’eau fraîche. Je sais que les séries indiennes font un tabac ! Je sais, on me l’a assez dit, que ce n’est pas l’Afrique, ce n’est pas la France, que c’est la souffrance ou la sous-France, allez savoir, je sais que la tension migratoire est forte, je sais que Canal Plus, SFR et Orange se partagent le gâteau télévisuel, je sais que je voudrais visiter les Comores, Madagascar et le Mozambique, voire la Tanzanie mais surtout je sais que je ne connais rien encore de Mayotte, je suis pire qu’un maki qui vient de venir au monde. Bouéni, Kani-Kéli, Sada, Coconi, Bandrélé, Chiconi pourtant si proches me semblent à l’autre bout du monde. Savoir qu’on ne sait rien c’est déjà un bout de chemin accompli, non ?!

 

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s