Joyeux Anniversaire, très Saint Prophète, de la part d’un libre-marcheur, ex carabinier de La Féclaz

Aujourd’hui First of December le monde musulman fête Maoulida, Al Mawlid, l’anniversaire de la naissance du prophète, le Messager d’Allah, j’ai nommé Mohammed alias Mahomet. Pour faire court on dira que c’est le Noël musulman. Ici à Mayotte jour férié donc ! D’après ce que j’ai entendu la tradition ici est de manger du mouton. Yépa !
Cette année la lune a décidé que ce serait le premier décembre car comme le Ramadan la date n’est pas fixée dans le marbre comme Noël et varie en fonction de la position du croissant de  lune ! J’imagine que c’est une fête de famille et qu’on va mettre les petits plats dans les grands ! J’imagine seulement car dans les rues de mon quartier hier en tout cas je n’ai rien vu qui prête à croire que le lait caillé allait péter de toutes parts. Je n’ai pas vu de promotion sur le mouton aux devantures des supermarchés car le bon mouton adore se faire égorger en toute discrétion dans la brousse mais il est fort possible qu’aujourd’hui dans les rues on retrouve l’ambiance conviviale des veilles et des jours de mariage ou d’enterrement quand  les boueni cuisinent à même la rue ou dans les patios et les cours de leur maison. J’imagine aussi que comme pour le nouvel an musulman les mosquées seront pleines, d’autant plus que ça tombe un vendredi.

J’ai quand même consulté ma Bible de l’Islam pour savoir les us et coutumes globales du monde musulman en matière de boire et de manger.

eh oui je ne veux pas commettre d’impair. L’agneau ça me va bien en tout cas ou à défaut le mouton, la brebis, je ne suis pas difficile, en brochettes ou en sauce, riz coco, mataba, sauce vanille, avec bananes rôties, fruit à pain rôti et manioc rôti, rougail tomate, achards mangue concombre et putu à gogo moi ça m’irait bien. Avec une assiette de bon lait caillé local de dame zébu puisque telle est la tradition mahoraise.

Puisque personne jusqu’à ce jour ne m’invite à un voulé en bord de plage je  vais de mon propre chef prendre un taxi brousse et me rendre à Bouéni où, m’a-t-on dit, il y aurait une antillaise qui a un restau en bord de plage. Comme ça, à défaut de mouton ce sera peut être un ti moso bouden que je m’offrirai ! Comme je dis toujours: à défaut de grive on mange des cailles ou des ortolans.

Problème: pour prendre les taxis-brousse il faut se rendre près de la barge à Mamoudzou. En temps normal le trajet Mamoudzou – Bouéni ça coûte 8  € aller et 8 € retour. Mais aujourd’hui jour férié ça va probablement friser au moins les 10 €. J’ai vu une maison d’hôte à Bouéni abordable à 30 € la nuit plus petit déj (ca s’appelle Les Pieds dans l’Eau) mais je me tâte, j’attends de voir quelle tête il va avoir ce matin, le ciel, car la saison des pluies a commencé et je ne voudrais pas passer le week-end sous un parapluie. Je compte y passer 2 nuits, celle de vendredi et celle de samedi. Est-ce bien raisonnable ? Bon j’imagine que je vais dépenser dans les 200€ tout compris pour ce week-end de Maoulida. Mais je le vaux bien et puis depuis le temps que j’y pense, au diable l’avarice. C’est sûr que je pourrais aussi aller le 24 décembre à Noel faire un Chanté Nwèl sur Petite Terre mais bon, je pourrais aussi fêter deux fois, non ?!!! Ah triste incertitude de l’homme décidé mais parfois fainéant que je suis quand il doit choisir où aller. Noël j’hésite encore : un jour je pense Réunion, l’autre Madagascar, un autre les Comores, un autre Maurice, un autre Bouéni, un autre Mozambique ! ah je vous jure, vaut mieux l’avoir en photo ce païen qui ne pense qu’à boire et manger ! Je suis comme  Saint-Laurent : Peu me chaut, ( la prière, la foi, le pardon, la charité, la pénitence, la confection des sapins de Noël et des couronnes de Noël à base de houx et bois tressé) rien ne me cuit ! Ce qui me chaut bien par contre c’est la mangeaille, la buvaille, sonnante et trébuchante, vieille canaille !

6h du mat je palpe le ciel ! Je le regarde, il me regarde, on se regarde les yeux dans les yeux ! De gros rayons de soleil filtrent à travers de gros nuages ! On va encore attendre un peu, hein :! oh y a pas écrit bécasse sur mon front quand même ! Je ne le sens pas bien ce Maoulida. De toutes façons il va falloir que  j’aille retirer des sous au distributeur et que je prenne le temps d’un petit café, parce que je le vaux bien ! Un petite marche va me permettre de prendre ma décision et aïe de Maoulida si je me fais arroser par  ne serait-ce que deux gouttes. Oh je ne suis pas du genre à me plaindre pour un pisser pour un caca, non frère, une averse fait du bien parfois mais ici quand il pleut ce n’est pas la pluie fifine que j’ai connue dans ma mère patrie gwadadéenne au pied de la Soufrière ou à Deshaies enbodlanmè ! Ici ce n’est pas fifine c’est lavalasse, l’avalanche, brother ! Comment t’expliquer ça en bon français autrement que par la pluie t’avale, te bouscule (la pli ka enki varéw), te dévore, tu n’es plus que menu fretin face à la magmatique magnificence fluide du liquide ! Et moi, ou ja savé, je ne sais pas nager pièce !

6h 30 le vent semble pousser les nuages menaçants vers le Nord !     youpie moi c’est au sud que je vais ! Allez je me décide ! Je m’habille, je me prépare. allez le caatingueiro est prêt ! On se prépare un petit sac à dos tranquille avec de l’eau, un maillot de bain deux shorts, un portable et les médicaments inséparables sans oublier un kway et un chapeau ! Lets’ go ! L’aventure est au bout du chemin et comme le dit mon fugace compagnon de voyage Paris-Dzaoudzi du mois d’août dernier, Francis, je vais me payer ma pause récré.

7h25 je pars de Mamoudzou en taxi brousse direction Boueni où j’arrive à 8h25. Problème : personne ne connait mon antillaise. Il faudrait aller à N’Gouja à 10 km. Eh hop je prends mon bâton de pélerin direction M’Zouazia à 4 km où me dit-on j’ai une chance de trouver un taxi qui pourra m’emmener à N’Gouja. Sous le soleil de l’Océan Indien mon crâne chauffe mais qu’importe je vais à N’Gouja, paradis des tortues et des makis. Alors je chante pour me donner du courage.

Un kilomètre à pied ça use ça use. Nous sommes les carabiniers, nous arrivons toujours en retard au réfectoire et au plumard. Dans la soupe y a pas de jambes de bois y a des moules mais ça ne se voit pas, la meilleure façon de marcher c’est encore la nôtre c’est de mettre un pied devant l’autre et de recommencer. Une deux. Nous sommes les carabiniers…

Eh oui ça sert d’avoir été scout et fait les colonies de vacances dans les Pyrénées et en Haute-Savoie à la Féclaz. Les quatre kilomètres entre Bouéni et M’Zouazia sur la D4 sont bouclés dans la chaleur et la bonne humeur. J’engloutis ma bouteille de 50 cl d’eau originaire Dubai, Emirats Arabes Unis. De l’eau de Dubaï, mon frère, et y a même pas le goût du pétrole, je te jure ! Il en reste encore au moins 5 de kilomètres à pied entre M’Zouazia et N’Gouja pour arriver à ma plage et là je dis stop. En fait je fais du stop et un chauffeur de taxi s’arrête et me dépose à l’entrée de N’Gouja. Il ne me fait pas payer. Aujourd’hui il ne travaille pas. Il va chercher sa femme a Kani-Kéli et la ramener à Bouéni. Merci Monsieur pour ce joli cadeau de Maoulida. Charité musulmane n’est pas un vain mot. Je continue à pied. Où me suis-je fourré ? Il est déjà 10h30. Me voilà dans une ecolodge chic. Le Jardin Maoré.

  

Sauf que moi je ne retrouve plus Mayotte ici si ce n’est par le personnel de service. La plupart des clients sont des wuzungu. je n’ai rien contre les wuzungu mais venir à Mayotte pour se retrouver avec des wuzungu le jour de Maoulida et sans mouton de surcroît, trop peu pour moi. Si vous aimez le canoé kayak, le farniente, le luxe, le calme, les makis et les tortues, venez-y, je vous y encourage, venez en voiture car les taxis ne passent pas ici. Et préparez votre credit card car ….  (vous m’avez compris). Ça pue le fric. L’endroit est bel, rien à dire. Dame Bena aurait adoré, j’en suis sûr ! J’y prends même un jus de grenadille délicieux et un expresso. Mais des Antilles nulle trace. Toutes les lodges  ( I’m y en a une dizaine) sont louées. Heureusement, je ne me voyais pas débourser plus de 68 € la nuit, tarif minimum pour un bungalow de 13 mètres carrés logeant deux personnes. Grive oui, bécasse non! Je décide de rebrousser chemin et de retourner à Mamoudzou puisque personne ne connaît l’illustre antillaise ni d’Ève ni d’Adam ni d’Ali  ni d’Aïcha.. Une autre fois peut-être je reviendrai car la carte est alléchante mais aujourd’hui j’avais envie de mouton. Pendant qu’il en est encore temps car je subodore que le temps va changer. Et hop je reprends mon bâton de pélerin.

Un km à pied ça use ça use. Les monos c’est comme les cochons,, plus ça devient vieux plus ça devient bête, les monos c’est comme les cochons plus ça  devient vieux plus ça devient con.

Justement ici où le cochon est ralouf.

Une voiture s’arrête. Une femme. Vive la France finalement. Vivent les muzungus, vivent les muzunguettes. En l’occurrence c’est une muzungu haute-savoyarde installée depuis quatre ans à Mayotte, prof de vente en c.a.p. à Sada et qui habite Combani. Elle vient de faire Boueni-N’Gouja avec  un camarade à la nage. Deux heures de nage avec palmes. Je suis impressionné car moi, même avec combinaison flottante, je crois que je coulerais quand même à pic .  D’autant plus que j’imagine qu’elle  navigue dans des eaux temporelles  proches des miennes. Elle m’emmène jusqu’à Sada et refuse que je participe aux frais d’essence. De là elle arrête un taxi qui m’emmène à Mamoudzou pour 5 €. Deuxième cadeau du jour. Merci Claude, la sportive. Elle est catholique pratiquante. Elle a la foi. Elle m’a tellement touché par sa gentillesse que je lui promets dans un moment d’égarement ou de grâce d’aller à l’église ce dimanche à 9h30. Elle m’envoie plus tard un sms . Elle ira à la messe avec les militaires du Bsma. Donc si je comprends bien il y a plus d’une église  à Mayotte. J’ai capté: ça  doit être une chapelle. Nous échangeons nos coordonnées. Merci à mes deux anges gardiens musulman et catholique. C’est si bon d’être choyé fraternellement  par les croyants quand on est athée. Nous avons parlé religion. Elle me dit que les catholiques de Mayotte sont en majorité des Africains et des Malgaches, quelques wuzungu militaires et  deux ou trois Mahorais convertis, quelques Antillais. J’arrive chez moi à 14 heures alourdi de 5 ananas, un kilo de mataba congelé, un kilo de pulpe de corossol congelée et un kilo de papaye râpée congelée achetés dans un commerce que je ne trouve jamais ouvert habituellement, Green Fish. Mais je suis comblé de grâce, menm ! Je vais chez Soyfia où je suis habitué. Une brochette de poulpe. Une seule car c’est la dernière avec de délicieux achards mangue concombre. Et comme plat principal un pilao aux légumes et à la viande. Ce soir je mangerai du mouton à 19h30 pour évacuer mon trop  plein de grâce chez Moina, le restau malgache en face de chez Cousin. Enfin s’il ne pleut pas car il est maintenant 15h15 et il pleut averse. Pour terminer Soyfia me dit que c’est ce soir et demain que les musulmans fêtent, pas pendant la journée d’aujourd’hui. Ah je comprends mieux car j’en ai vu des tas qui travaillaient. Allez joyeux Maoulida. Mangez du mouton. Allah Akbar !

 https://youtu.be/2t3mYzINiK0

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