Chanté Nwel à Mayotte

Ça fait du bien de rencontrer des compatriotes. Gloria in Excelsis Déo ! Ce Chanté Nwel a été formidable. Tout d’abord pour les rencontres que j’ai pu y faire mais aussi pour la gastronomie antillaise qui s’est exprimée comme il se doit. Nous étions une trentaine à Iloni,  Dembéni près de la plage sur l’écolodge de Carla, une guyanaise, Australes Resorts  ex Maji Parc, qui propose dans un  parc de 5000 mètres carrés une dizaine de lodges, un retsaurant ainsi que de nombreuses activités autour de la mer, la piscine et la mangrove. Cours de danse kazumba aussi. L’entreprise en est à ses balbutiements. Les projets sont nombreux ! En attendant je me suis renseigné : les lodges sont à 64 € la nuit pour une personne petit déjeuner inclus. Ajouter 15€ par personne supplémentaire. L’endroit est encore  confidentiel. Aucune pub ! Pas de signalisation ! Elle m’a quand même proposé d’y organiser en janvier ou février une journée à thèmes Brésil : je ferai une feijoada ou un cozido ou une maniçoba. Je n’ ai vu l’endroit que la nuit mais il semble agréable. A 20 mètres de la plage. Au pays des makis.

L’assemblée était à presque 100 pour cent composée d’enseignants. Le dress code était  rouge et blanc, ou rouge et vert. Bon, mon maillot de bain était blanc et rouge ! Sauvé ! Il y avait une participation : boissons : 1 boisson alcoolisée (rhum, punch coco, schrubb, anis rose) OU 3 bouteilles de vin (au choix: rouge ,blanc ou rosé) OU 1 pack  d’eau gazeuse et 1 pack de coca cola 0U un pack d’eau plate plus un  pack de Fanta ou Sprite, OU 4 litres de jus et 1 pack d’eau gazeuse. Nous nous sommes échangé  de bons plans sur comment obtenir le crabe, le bon mérou, le poulpe (à Hamouro le samedi ou le dimanche après midi) les gombos (à Combani, ou à Kaweni chez un marchand de légumes après la zone Nel appelé Kagna). J’ai oublié de leur demander où ils avaient trouvé le sang pour le boudin…J’étais aux anges. Ambiance typique.

Bon, bon, bon, accourons-y donc,
Bon, bon, bon, accourons-y vite.

J’ai commencé par deux punch coco (parce que ça faisait longtemps) suivis de deux shrubb (parce que ça faisait un an) et d’un planteur aux fruits de la passion (parce que je ne connaissais pas). J’avais quant à moi apporté trois bouteilles de Gewurztraminer. Oui car chacun devait participer. Au menu j’ai vu défiler des quiches aux crevettes et au piment, des samoussas viande et poisson. Tout cela en amuse-gueule avec des cacahuètes. Non, à ma grande surprise il n’y  avait pas d’accras. Il y avait aussi du Damoiseau mais je n’ y ai pas touché. Par contre les rhumiers se sont servis. Les rhumiers étaient même venus avec leur timbale en inox. L’un l’avait même accrochée au cou. Mais les enseignants ne sont pas des rhumiers ordinaires. De temps en temps je les voyais prendre un verre d’eau fraîche pour stabiliser la rhumerie. Et on chantait en choeur pour les encourager ce cantique hautement religieux:

Donnez-moi du rhum pour l’arroser

Celui qui a fait le rhum est un homme intelligent

Celui qui a fait le vin  est un homme insignifiant

Nous avons chanté sous la houlette de Marie, une martiniquaise bien rondelette et rigolote, tout le monde avait son livret avec les paroles et elle lançait la musique sur la sono. On chantait, on dansait, on rigolait. Michaud veillait, oh la bonne nouvelle, il est né le divin enfant, Les Anges dans nos campagnes, Dans le calme de la nuit, Allez mon voisin, et j’en passe des bonnes et des meilleures, tout le répertoire des cantiques y est passé.

Puis après avoir bien sautillé, brenné et chanté on fit mine d’autoriser enfin  l’accès au rhum par cette chanson Ti punch sur l’air de Lundi matin, le roi, la reine et le petit prince :

Lundi matin le rhum, le sucre et citron

Sont venus chez moi pour me couper la gorge

Comme j’étais pas là La Mauny a dit

Puisque c’est comme ça nous reviendrons mardi.

Mardi matin le rhum, le sucre et le citron

Sont venus chez moi pour me couper la gorge

Comme j’ étais pas là Damoiseau a dit

Puisque c’est comme ça nous reviendrons mercredi

Ensuite ce fut au tour de Saint Etienne qui reviendra le jeudi, Bernus le vendredi, Bologne le samedi et Clément le dimanche.

Après de nombreux chants chrétiens repris avec entrain et malice  vint enfin l’heure de la pause dîner . Je sautai sur un morceau de boudin : il n’y en avait pas beaucoup car ils avaient éclaté. Mais débrouya pa péché, vous savez ! J’ai eu ma part ! Dieu reconnaîtra les siens au Jugement Dernier ! Mais j’ai pu goûter l’un des rescapés. Bon je ne dirais pas que ce fut le meilleur boudin de ma vie. Loin de là. Mais cela fit du bien là où cela passa. Ensuite j’ ai goûté pour la première fois un peu de bébélé de  Marie-Galante à base de fruit à  pain.

 http://www.dailymotion.com/video/x2kkg86

 J’allais apprendre un peu plus tard en discutant avec un prof de génie civil qu’avec la poudre de fruit à pain on fait maintenant du chodo.

Ensuite j’ai confectionné mon plat de réjouissances natalines : pois d’angole, pois rouges, à nouveau bébélé, riz, colombo cochon. Le colombo cochon était pout moi un peu salé mais j’ai tout de même rincé mon plat sans me faire prier ! Et pour accompagner ces délices caribéens deux verres de Gewurtz alsatien.

J’aurais aimé entendre alors ce titre de Daphné : Calée mais je n’ai eu droit qu’à Alice ça glisse. Après toutes ces réjouissances une sorte de torpeur m’a envahi. Alors je suis passé à l’eau glacée. Puis nous avons repris mais avec moins d’ entrain le chant sauf que la plupart étaient maintenant assis. Sauf Marie et deux ou trois comparses qui s’évertuaient à animer le groupe de quinquagénaires et sexagénaires pour la plupart. La fête devait commencer à 19h30. Moi-même je suis arrivé à 20h30. Et il n’y avait presque personne. Je crois bien que les chants ont commencé à 22 h. À 1h30 fin des réjouissances. Louise, la dame qui m’avait non seulement invité mais aussi gentiment emmené à l’aller  puisque je ne suis pas motorisé m’a trouvé un monsieur pour me ramener sur Mtsapéré.

Je fais désormais partie de la liste des Antillais de Mayotte. Je sais qu’ils sont nombreux et qu’ils organisent des soirées sous n’importe quel prétexte. Il y a semble-t-il beaucoup de policiers et personnes issues d’autres milieux qui se retrouvent aussi à Petite Terre. Affaire à suivre. A Pâques, c’est la fête du crabe. C’est noté ! Mwen adan ! Beaucoup rentrent dès la semaine prochaine en métropole ou aux Antilles ou sillonnent l’ Afrique du Bénin au Togo, de l’Angola au Kénya. J’ai parlé mon gros créole un petit peu, j’ai rencontré des personnes charmantes, ouvertes, faciles d’accès, d’autres plus distantes comme dans toute société. Je ne sais pas si j’étais le plus âgé mais je le crois. La plupart rentreront aux Antilles une fois leur mission terminée ici après 4 ans, 7 ans ou plus de loyaux services. La plupart sont ici pour le pognon et ne se privent pas de le dire. Ils rentrent souvent en été aux Antilles. Ont une maison là-bas ou en métropole ou les deux. Certaines sont mariées avec des métropolitains enseignants eux aussi qui étaient là. Beaucoup sont seuls, enfin c’est l’impression qu’ils me donnent. Mais ce que j’ai aimé c’est leur vitalité à réactualiser la tradition. Le Chanté Nwel est une tradition catholique, mais chacun peut le revisiter à sa sauce. Moi en tout cas j’ai aimé cet aspect burlesque quand par exemple Marie a dansé avec Joseph sur l’air de Joseph mon cher fidèle

Marie :
Joseph, mon cher fidèle,
Cherchons un logement,
Le temps presse et m’appelle
A mon accouchement.
Je sens le fruit de vie,
Ce cher enfant des cieux,
Qui d’une sainte vie,
Va paraître à nos yeux.

Joseph :
Dans ce triste équipage,
Marie allons chercher,
Par tout le voisinage,
Un endroit pour loger.
Ouvrez, voisin la porte,
Ayez compassion
D’une vierge qui porte
Votre Rédemption.

Les voisins de Bethléem :
Dans toute la bourgade,
On craint trop les dangers,
Pour donner le passage
A des gens étrangers,
Au logis de la lune,
Vous n’avez qu’à loger,
Le chef de la commune
Pourrait bien se venger.

Marie :
Ah ! Changez de langage,
Peuple de Bethléem,
Dieu vient chez nous pour gage,
Hélas ! Ne craignez rien.
Mettez-vous aux fenêtres,
Ecoutez ce destin,
Votre Dieu, votre Maître,
Va sortir de mon sein.

Les voisins de Bethléem :
C’est quelque stratagème
On peut faire la nuit,
Quelque tour de bohème,
Quand le soleil ne luit.
Sans voir ni clair, ni lune,
Les méchants font leurs coups,
Gardez votre infortune,
Passants, retirez-vous !

Joseph :
O ciel quelle aventure,
Sans trouver un endroit,
Dans ce temps de froidure,
Pour coucher sous le toit.
Créature barbare,
Ta rigueur te fait tort,
Ton coeur déjà s’égare
En ne plaignant mon sort.

Marie :
Puisque la nuit s’approche
Pour nous mettre à couvert,
Ah ! Fuyons ce reproche,
J’aperçois au désert
Une vieille cabane,
Allons mon cher époux,
J’entends le boeuf et l’âne
Qui nous seront plus doux.

Joseph :
Que ferons-nous Marie,
Dans un si méchant lieu,
Pour conserver la vie
Au petit Enfant-Dieu ?
Le monarque des anges
Naîtra dans un bercail
Sans feu, sans drap, sans langes
Et sans palais royal.

Marie :
Le ciel, je vous assure,
Pourrait nous secourir,
Je porte bon augure,
Sans crainte de périr.
J’entends déjà les anges
Qui font d’un ton joyeux,
Retentir les louanges,
Sous la voûte des Cieux.

Joseph :
Trop heureuse retraite,
Plus noble mille fois,
Plus riche et plus parfaite
Que le louvre des rois !
Logeant un Dieu fait homme,
L’auteur du paradis,
Que le prophète nomme
Le Messie promis.

Marie :
J’entends le coq qui chante,
C’est l’heure de minuit,
O ciel ! Un dieu m’enchante,
Je vois mon sacré fruit,
Je pâme, je meurs d’aise,
Venez mon bien-aimé !
Que je vous serre et baise !
Mon coeur est tout charmé.

Joseph :
Vers Joseph votre père
Nourrisson plein d’appas,
Du sein de votre mère
Venez entre mes bras !
Ah ! Que je vous caresse,
Victime des pêcheurs,
Mêlons, mêlons sans cesse,
Nos soupirs et nos pleurs.

et pendant tout ce temps Marie faisait semblant d’avancer avec son gros ventre prêt à accoucher tandis que Joseph (dont c’était lui aussi le vrai prénom) la suivait de très près. Plus tard aussi quand Les anges dans nos campagnes a été entonné et que quelqu’un a cité un vers de Victor Hugo « Demain, dès l’aube, à l’heure où blanchit la campagne, je partirai » qui n’a rien à voir avec l’histoire. C’est de l’humour antillais, bref ! Disons ! Et cric et crac ! Excusez moi pour la vidéo tremblotante. Boire et filmer il faudrait choisir.

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