A mon enterrement en Macroniaisie

« I planned my own burial », dit à qui veut la suivre cette jeune fille avenante débordante de vitalité qui nous propose quelques solutions d’enterrement trendy, pas chères et iconoclastes ! Parmi celles-ci donner son corps pour qu’il intègre des expositions comme Body Worlds – Le cycle de la vie ou Our Body ou encore Bodies qui exhibent pour certaines depuis  environ 30 ans des cadavres dépecés à travers le monde à partir de la technologie allemande de la plastination imaginée par le Dr Gunther von Hagens. Eh oui il n’y a pas de petit profit en ces temps de crise d’Emmanuélite aigüe où l’en même temps est devenu l’idéal républicain de règle et de bon goût en Macroniaisie ! Loin d’être macabre la mort est devenue fascinante parfois, dérangeante parfois, polémique toujours mais surtout et avant tout fashion, les  lampes torches des portables ayant remplacé les flammes des bougies  et la mort roulant en Harley Davidson rutilante et chromée plutôt qu’en corbillard hippomobile démodé. On pose en grandes pompes des crayons noirs à la place des chrysanthèmes sur les catafalques bleu blanc rouge comme pour rehausser les pleins et les déliés du bling bling des oraisons.

La mort qu’elle soit le fruit de guerres, de fanatiques religieux, d’accidents ou naturelle est toujours exclusivité, prime time médiatique. Voir l’autre mort c’est se croquer symboliquement l’orteil et constater ainsi au prix d’une (légère) blessure narcissique qu’on est bien vivant, alive and kicking. On se sait mortel, car la mort est la chose la mieux partagée du monde,  mais la mort de l’autre, surtout si cet alter a été un grand de ce monde, fascine le Macroniais lambda, le conforte dans sa théorie du milieu, de l’équilibre et de l’harmonie. La mort consensuelle apparaît ainsi sur les écrans des chaines news sur un mode subliminal. Toute mort devient soleil !

Il est mort, il est mort le soleil,

Quand tu m’as quittée il est mort l’été

 

chantait déja en 1967 Nicoletta. A cette époque-là encore l’amour et le soleil c’était pareil. repris par Ray Charles, non voyant, qui disait:

The sun died, the sun died with my love,

When you left me blue, the summer died too

Chacun a sa propre vision de son dernier voyage, de son  enterrement inéluctable. Léo Ferré, dans  la ligne de François Villon en fait une chanson : A mon enterrement, écrite en 1971 soit 22 ans avant sa mort.

A mon enterrement j’aurai des cheveux bleus
Des dingues et des Pop aux sabots de guitare
Des cheveux pleins de fleurs des champs dedans leurs yeux
Hennissant des chansons de nuit quand y en a marre
J’aurai des mômes de passe, ceux que j’ai pas finis
Des filles de douze ans qui gonflent sous l’outrage
Des Chinoises des Russes des Nordiques remplies
Des rues décapitées par des girls de passage

A mon enterrement

Et je ferai l’amour avec le croque-mort
Avec sa tête d’ange et ses dix-huit automnes
Douze pour la vertu et six mourant au port
Quand son navire mouillera comme un aumône
A mon enterrement j’aurai un coeur de fer
Et me suivrai tout seul sur le dernier bitume
Lâchant mon ombre enfin pour me mettre en enfer
Dans le dernier taxi tapinant dans la brume

A mon enterrement

Comme un pendu tout sec perforé de corbeaux
A mon enterrement je gueulerai quand même
J’aurai l’ordinateur facile avec les mots
Des cartes perforées me perforant le thème
Je mettrai en chanson la tristesse du vent
Quand il vient s’affaler sur la gueule des pierres
La nausée de la mer quand revient le jusant
Et qu’il faut de nouveau descendre et puis se taire

A mon enterrement

A mon enterrement je ne veux que des morts
Des rossignols sans voix des chagrins littéraires
Des peintres sans couleurs des acteurs sans décor
Des silences sans bruits des soleils sans lumière
Je veux du noir partout à me crever les yeux
Et n’avoir jamais plus qu’une idée de voyance
Sous l’oeil indifférent du regard le plus creux
Dans la dernière métaphore de l’offense

A mon enterrement

Quant à Sanseverino voici sa version :

Les yeux humides et rougis
Fatigués et transits
La gorge nouée par le chagrin
Vous avancez en cortège
Un silencieux cortège
Mais un verre à la main
Parmi les compères
Il fallait désigner
Quelques volontaires
Quatre costauds pour me porter
À mon enterrement
Pour le transport de mon lit de mort
À mon enterrement
Vos glandes lacrymales
Ne vont pas y couper
C’est nerveux c’est normal
Vous boirez du vin
À ma santé
Quand ce sera terminé
J’ai évité la morgue
Et j’en ai fini
En crevant dans mon lit
Piétinez doucement en allant
À mon enterrement
Pas à pas…
Comme à la Nouvelle Orléans
À mon enterrement

Dommage qu’il soit trop tard
Si j’avais eu quelques dollars
Je me serais sûrement payé une fanfare

Rendez-vous là-bas pour la crémation
L’ultime cuisson
Ça brûle
Hey
Venez faire du bruit
Venez tourner d’l’oeil
Venez taper l’deuil
Sur le bois de mon cercueil

Hey…
Des hystériques et des sorciers vaudous
À mon dernier barbecue
Ça va chauffer sauvagement
À mon enterrement
Venez passer du bon temps
À mon enterrement
Quelle réussite cette réception
Y’avait d’la tristesse et d’l’espoir
Ne me laissez pas tout seul dans l’noir

À mon enterrement
À mon enterrement
À mon enterrement

Il y a la version de Bwatazik

Il y a la version de Rémi Boibessot

Moi à mon tour je l’ai déjà dit et je le redis haut et fort à mon enterrement, ne m’enterrez surtout pas, ne m’emmurez pas, je vous en conjure ! Quand bien même la Cour de Cassation, garante des bonnes moeurs, décide que cela est indécent,  laissez plutôt  les quatre vents me déraciner de l’estran, laissez-les m’ensevelir plutôt dans le flux et reflux  du large, permettez qu’ils me jettent aux crêtes des vagues et me fracassent sur le limon des rochers et si disséqué je dois être que ce soit par les poissons abyssaux ou les méduses, et si embaumé je dois être que ce soit par l’iode et le sel, et si vêtu je dois être que ce soit d’algues et de corail !

salar-de-uyuni-bolivia

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