Je m’avancerai jusqu’à l’autel de Dieu

J’ai récemment discuté avec une Congolaise réfugiée politique à Mayotte qui m’a chanté un cantique catholique que moi même j’avais oublié mais qui sommeillait quelque part au fond de mon inconscient collectif.

Je m’avancerai jusqu’à l’autel de Dieu,

La joie de ma jeunesse

Elle m’a chanté ce refrain quand je lui ai dit que ce dimanche (aujourd’hui) j’irai à la messe à 9h30 à l’Eglise Notre Dame de Fatima à Mamoudzou chanter quelques cantiques suite à une promesse que j’ai faite il y a de cela deux semaines à  une Catholique à la foi fervente qui m’a pris en stop. Et à ma grande stupeur, la dite congolaise qui est musulmane,  m’a chanté deux cantiques, le premier que je ne connaissais pas puis celui-là. Elle a été éduquée comme moi chez les Soeurs. Elle au Congo, moi en Guadeloupe. Nous en avons bien ri.  Et comme bien souvent il suffit de tirer un fil pour que tout se démaille. Je me suis ensuite rappelé alors quelques refrains de ma prime jeunesse catholique car les couplets se sont évanoui depuis longtemps faute de pratique dominicale, comme celui-ci de Chez nous soyez Reine,

Chez nous soyez Reine ,

Nous sommes à vous

Régnez en souveraine

Chez nous, Chez nous

Soyez la madone

Qu’on prie à genoux,

Qui sourit et pardonne,

Chez nous, Chez nous.

ou encore Pitié mon Dieu, le chant des catholiques nationalistes depuis sa création par Aloys Kunc pour l’inauguration de la Basilique du Sacré-Coeur en 1872 après la défaite de la France face à la Prusse en 1870 et la spolation des Etats Pontificaux qui font rimer catholique et français toujours.

Dieu de clémence, ô dieu vainqueur

Sauvez Rome et la France

Par votre Sacré-Coeur.

Quand à ce Je m’avancerai jusqu’à l’autel de Dieu, étrange ! Ce chant a-t-il disparu des églises et du  répertoire chrétien ? Il n’est pas sur youtube ! Mais en voici néanmoins les paroles, refrain et couplets.

Je m’avancerai jusqu’à l’autel de Dieu,

La joie de ma jeunesse

Soyez juste envers moi, ô mon Dieu

Délivrez votre enfant de tout mal

Je m’avancerai jusqu’à l’autel de Dieu,

La joie de  ma jeunesse

Si vous êtes ma force, ô mon Dieu

Pourquoi donc suis-je triste et inquiet ?

Je m’avancerai jusqu’à l’autel de Dieu

La joie de ma jeunesse

Donnez moi la lumière et la foi

Qui me guident et m’attirent vers vous

Je m’avancerai jusqu’à l’autel de Dieu

La joie de ma jeunesse

Et je vais vous chanter, ô mon Dieu

Pourquoi donc suis-je triste et inquiet ?

Je m’avancerai jusqu’à l’autel de Dieu

La joie de ma jeunesse

Confie-toi dans le Père des Cieux

Car il est ton Sauveur et ton dieu.

Je m’avancerai jusqu’à l’autel de Dieu

La joie de ma jeunesse

Gloire au Père, à son Fils, à l’Esprit

Dans les siècles des siècles. Amen !

Je m’avancerai jusqu’à l’autel de Dieu

La joie de ma jeunesse

Quoi que je dise, quoi que je fasse, il semblerait que toutes ces années de catéchisme, de pratique régulière de la messe ont fait que le catholicisme et plus généralement le christianisme fasse, même si c’est à mon corps défendant, partie de mon héritage wolfokien. Longtemps je l’ai nié. Il m’en coûte d’admettre que cette inculcation forcée avec la permission et la bonne grâce de mes parents a fait son chemin. C’est pour cela que je considère la religion comme un lavage de cerveau. C’est une programmation mentale qui crée en nous des archétypes, des représentations qui ne sont pas basées sur la raison mai sur la foi, donc sur l’arbitraire.

La véritable « joie de ma jeunesse » ce n’est pas d’avoir avancé jusqu’à l’autel de Dieu mais au contraire de m’en être éloigné suite à la lecture de Nietsche. Certains soutiennent que Dieu maintient l’homme au-dessus de l’abîme. Moi je pense au contraire que Dieu est une espèce d’abîme où seuls plongent ceux qui ont les foies de la mort, un abîme de résurrection éternelle. Je n’ai jamais vu une foi déplacer une montagne, contrairement à l’adage. Des montagnes intérieures peut-être mais pas de montagnes physiques.

Cela ne m’empêchera pas aujourd’hui d’aller à la messe pour la première fois depuis plus de 50 ans. Certes je suis déjà allé dans des églises mais j’avais chaque fois une bonne excuse: j’étais parrain (deux fois), j’étais père (4 fois), je me mariais (1 fois), j’étais témoin d’un mariage (1 fois), j’allais à un baptème antillais ou brésilien (une dizaine de fois), j’étais à un enterrement (3 fois) mais surtout je rendais visite à ma mère que ce soit à Romilly-sur-Seine, à Bagneux ou à Basse-Terre et désormais à Gagnac-sur-Garonne. Ma mère étant une grenouille de bénitier, j’allais à l’église pour l’accompagner, pour lui faire plaisir.  Je suis même allé un jour à un enterrement de quelqu’un que je ne connaissais ni d’Eve ni d’Adam à Gagnac-sur-Garonne, enterrement dont c’est elle qui était l’organisatrice en chef. J’allais donc à l’église comme j’allais autrefois au marché ou au pmu avec mon père. Mais je crois avoir été touché par la force de la foi de Claude. Et puis être un terre musulmane à 95 pour cent et aller à l’église est un luxe que je veux savourer en ces temps de terrorisme. Et cerise sur le gateau j’aurai accompli ma promesse.

Tout d’abord il me fallait retirer des € sonnants et trébuchants car je sais que dans toute messe il ya une quête or je n’avais pas un centime vaillant sur moi. Une fois localisé le distributeur, et puisé dans mes ressources je pénétrai dans l’église qui dès 9 heures était occupée par les fidèles souhaitant se confesser.  J’ai choisi de m’installer au trois quarts du fond du côté gauche le long de l’allée centrale. Une énorme quantité de ventilateurs à droite, à gauche et au dessus de moi m’ont immédiatement rassuré. On chante, on chante. Mais j’ai oublié d’acheter de l’eau.

Petit à petit les travées se sont remplies. Au départ j’étais seul sur la mienne puis soudain deux jeunes filles aux formes sinueuses sont passées sur le prie-dieu et se sont assises sur mon banc. Je portais mes lunettes noires et j’étais tout vêtu de bleu. Une feuille nous a été distribuée avec tous les chants du jour. Pour les prières chacun est censé les connaitre par coeur.  Je me suis senti un peu gauche quand il fallut faire le signe de la croix. Le notre Père fut presque parfait. Je n’ai oublié que l’avant dernière phrase Et ne nous laisse pas entrer dans la tentation. Le fiasco total ce fut à l’occasion du   je crois en dieu :

Je crois en Dieu le Père tout-puissant créateur du ciel et de la terre et en Jésus Christ le fils unique notre Seigneur

Puis ce fut le triangle des Bermudes. Plus rien. Le vide sidéral. Normal pour quelqu’un qui ne croit pas en Dieu. Pour info : voici la suite :

Qui a été conçu du Saint Esprit, est né de la Vierge Marie,
A souffert sous Ponce Pilate, a été crucifié,
Est mort et a été enseveli, est descendu aux enfers ;
Le troisième jour est ressuscité des morts,
Est monté aux cieux, est assis à la droite de Dieu le Père tout-puissant,
D’où il viendra juger les vivants et les morts.
Je crois en l’Esprit Saint, à la sainte Église catholique, à la communion des saints,
A la rémission des péchés, à la résurrection de la chair, à la vie éternelle.

Amen

Le problème c’est que je ne crois à aucun de ces mythes. Je suis complètement hermétique. Par contre l’Eglise a changé : il y a des enfants de choeur filles (deux sur six), les enfants de choeur font la quête et ensuite serrent la main aux paroissiens en chaque bout de rangée, il y a des tambours, les deux prêtres sont congolais et outre le français utilisent le lingala et le swahili pour illustrer certains de leurs propos. Par exemple il a été question dans le prêche  qu’il ne fallait pas convoiter la femme de son voisin. Le neuvième commandement, semble-t-il. Pour illustrer son propos le prêtre a évoqué un proverbe en lingala et un autre en swahili. Le fait que la majorité de l’assemblée soit d’origine africaine explique peut-être cela. Le mari d’autrui est un champ d’épines. Et comme l’a dit le prêtre même le grand Maître Franco (Luambo Makiadi)(1938-1989) et son Tout Puissant TP OK jazz le disait dans ses chansons. J’avoue que des messes avec Franco et le TP OK jazz comme grand prêtres pourraient me compter comme fidèle chaque dimanche.

il y a même eu une chanson en latin, alors que je croyais ceci aboli depuis au moins le concile de Vatican 2 qui modifiait la liturgie catholique à partie du 7 mars 1965. Aucun mot en mahorais. Il y a un rite que j’ai oublié, celui où l’on doit s’asseoir, celui ou l’on doit se mettre debout, celui où l’on doit s’agenouiller. A un moment j’ai commis un impair. Je crois qu’il s’agissait de se confesser, je ne sais plus. Certains se sont agenouillés sur le prie-dieu, d’autres sont restés debout. Moi, seul de toute l’assistance, je suis resté assis. Je dois avouer que j’étais là un peu perdu. J’entendais le son des clochettes mais cela  ne faisait plus aucun sens. Vint l’heure de la distribution d’hosties. Enfin l’ite missa est. Les prêtres et les enfants de choeur sont sortis comme ils étaient entrés par la grande porte. Puis tout le monde est resté sur le parvis pour papoter de choses et d’autres. Moi je me suis contenté de rejoindre Claude qui se trouvait sur l’une des latérales et de lui souhaiter bonnes vacances. Je n’ai ni foi, ni fé ni faith. Je suis un hors-la-foi, un fora-da-fé, un outfaith ! And I love it !

 

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