A l’enterrement d’une île morte

Jazirat al Mawet, autrement dit Mayotte, c’est l’Ile de la Mort. Ce n’est pas moi qui l’ai inventé, ce surnom. C’est le nom macabre que lui ont donné les premiers navigateurs arabes. Ils avaient sans doute leurs raisons.

Dans les cimetières pas de trace de nom, ni de stèles, ni de couronnes, ni de fleurs. Seul celui qui a enterré sait où se trouve son défunt. C’est dans l’anonymat complet que les morts dorment le corps tourné vers la qibla de la Mecque, vers le Nord ! Les rites mortuaires musulmans et ancestraux se chevauchent !

En effet, « dans un premier temps, on ferme les yeux, la bouche, on couvre le corps d’un linceul composé de trois étoffes blanches et on lui assure un bain mortuaire digne comprenant l’usage d’eau chaude additionnée ou non d’eau de Zamzam, des plantes aromatiques, du camphre nommé ”Kanuru”, des feuilles de “Mtsinavu” et du coton pour boucher les orifices ainsi que du parfum ». Par ailleurs, « la pratique du bain mortuaire doit suivre des étapes précises », « Par le biais de massages, on appuie sur l’abdomen du mort pour vider les viscères. Les écoulements et les selles sont recueillis dans un trou fait sous le lit ou dans des bassines placées sous le lit.

Avant de les enterrer dans un linceul blanc ils ont été nettoyés à l’eau de Zamzam, puis mis dans une caisse pour être portés à la mosquée où une prière est faite en leur honneur puis on les retire de leur caisse et on les enterre à même la terre. Des planches sont placées sur le cadavre puis on le recouvre de terre. Cette terre est ensuite arrosée d’une eau spéciale.

Une fois mort  les anges  exterminateurs  Munkar et Nakir sont deux capitaines qui vont pratiquer dans la tombe votre interrogatoire et décider du chemin que votre âme va suivre selon que vous avez prié et été bon musulman. Ils vous dispatchent au bout de 40 jours après l’enterrement soit au paradis soit en enfer.

Lors d ‘un décès il y a 4 moments importants :

  • le jour de l’enterrement proprement dit, au plus tard vingt–quatre heures après le décès,
  • le troisième jour, qui est une sorte de petit deuil : un boeuf doit être sacrifié
  • le neuvième jour ou moyen deuil : on offre des gâteaux
  • le quarantième jour ou grand deuil; un autre boeuf doit être sacrifié
  • A chacune de ces étapes la communauté se retrouve dans la demeure familiale du défunt. On offre à boire et à manger. La nourriture consiste en général en riz et lait fermenté auquel on ajoute du sucre, du kangué, du poulet, des bananes vertes, du manioc.

On peut aussi offrir des Coran aux convives pour qu’ils puissent prier en communion fraternelle.

il existe aussi un plat à base de papaye verte coupée en tranches arrosée de lait fermenté et de sucre.

Les convives hommes les plus importants repartent avec le douan, qui est un sac en plastique transparent où se trouvent 2 ou 3 boissons non alcoolisées, une bouteille d’eau, des gâteaux.

Une mort coûte très cher car c’est comme le grand mariage. Ce n’est pas tant le mort que l’on pleure mais sa puissance et celle de son clan que l’on expose lors des funérailles.